(Attention, billet pas drôle)
Cinq jours dans le Sud à regarder la pluie tomber et à se peler. Cinq jours de ce qui aurait pu être une joyeuse parenthèse avant de retourner en AMP (TEC 2 est en route, le Purégon Pen a repris du service). Cinq jours qui ont été tristes à pleurer (et d’ailleurs la fille a beaucoup pleuré).
D’abord le mariage d’une amie. L’occasion de la revoir et de faire la fête. Sauf que la mariée est enceinte de 3 mois. Et qu’avec son tout nouveau mari, ils l’ont annoncé le soir des noces, pendant le repas. La fille a testé pour toi pleurer dans les chiottes de la salle de réception. Puis dans le jardin. Puis dans les bras de l’homme. Comme à chaque fois, elle s’en veut de ressentir ça. Comme à chaque fois, elle se sent moche. Comme à chaque fois, elle se sent trahie. Trahie par cette amie qui bien qu’au courant de leurs difficultés à concevoir (euphémisme) et de la fausse-couche , ne lui en a pas touché un mot quand elles se sont eu au téléphone. Trahie par elle-même qui n’est toujours pas capable de se réjouir du bonheur des autres. De ce bonheur là. Idem quand elle a appris qu’une de ses cousines envisage aussi d’avoir un enfant.
La mariée et la cousine ont toutes les deux eu un enfant d’une première union. Ces enfants ont tout les deux 4 aujourd’hui. Et pour ces deux grossesses-là, la fille avait été sincèrement heureuse. Mais de l’eau a coulé sous les ponts. Aujourd’hui, la fille n’en est plus capable. Une partie d’elle se dit "c’est bien, elles font leur vie, c’est normal". Et l’autre se dit "et nous, combien de temps va-t-on encore rester dans cette entre-deux? Et comment va-t-on en sortir?". La fille envisage de plus en plus de vivre sans enfants. Elle arrive même a se dire que ce ne serait pas si terrible. Qu’avec l’homme, ils ont surmonté bien d’autres épreuves et que celle-là, ils la surmonteront aussi. Que l’important, c’est leur couple et que lui en dépit des coup de canifs de la vie, il va bien. Il va même très bien. Mais cette douleur quand elle apprend une nouvelle grossesse (ou une future nouvelle grossesse), elle ne sait pas comment faire avec. Et des annonces, il y en aura d’autres. De gens qu’elle aime pourtant. De gens dont elle serait paradoxalement désolée d’apprendre qu’ils sont aussi confronté au diagnostic d’infertilité. La vie n’a épargné ni la mariée, ni la cousine, alors au fond qu’elles aient droit à faire leurs enfants quand elles le souhaitent, ce n’est que justice. Sauf que ça ne marche pas tout le monde.
Et puis, il y a Elle. Elle qui n ‘est plus l’ombre d’elle-même. Elle qui lui manque même quand Elle assise sur le canapé juste à côté d’elle. Elle qui se fait du mal, encore et encore. Elle qui lui reproche à mots à peine couvert de ne pas être assez présente, d’être aller vivre à 700 bornes d’Elle. Elle qui fait tout pour s’en sortir mais qui replonge à chaque fois. Elle qui oublie ce qu’on lui dit, ce qu’Elle dit et ce qu’Elle fait. Elle qui a tellement honte qu’Elle se cache. Elle qui reproduit invariablement les mêmes erreurs et qui n’en fini pas de souffrir. Elle que la fille a quitté avec le terrible sentiment de l’abandonner, de ne pas pouvoir faire autrement, avec la peur de la perdre et de ne pas savoir quoi faire pour la retenir. Elle qui veut des petits-enfants mais qui en l’état actuel des choses serait incapable de s’en occuper. Elle qui est malade, vraiment malade. Elle dont la maladie est sale, vraiment sale. Elle qui est alcoolique mais qui est bien plus que ça et ne le sait pas. Elle qui est sa mère.
Dans la famille de la fille, il y a de la souffrance partout, tout le temps. Elle suinte par tous leur pores. Et cette souffrance, même si son frère et elle ont été plutôt plus épargnés que leurs cousins, ils l’ont reçu en héritage eux aussi. C’est drame sur drame, dépression sur dépression, dépendance sur dépendance, violence sur violence, déni sur déni dans cette famille. C’est horrible à dire parce qu’elle les aime tous infiniment mais la fille ne veut pas finir comme eux. Mais rompre avec cet héritage familial encombrant , c’est un peu les trahir aussi. Quand elle lutte pour se construire un semblant de vie équilibrée, elle a l’impression de les laisser tomber. Un peu comme si elle devait aller mal elle aussi pour légitimer leur propre souffrance, pour faire encore partie de cette famille. Sa famille.
Aujourd’hui, la fille pense a ses deux embryons qui dorment dans leur cuve d’azote et qui ne vont pas tarder à en sortir. Et elle se demande quel cadeau emprisonné elle est en train de leur faire. Comment va-t-elle pouvoir, si l’ un des deux s’accroche, les protéger de tout ça? Le peut-elle seulement? Un jour une psy avait dit à la fille qu’elle était résiliente. Ah ouais? Elle en doute. Elle en doute vraiment. Parce qu’en plus des casseroles de sa famille, elle se traîne les siennes propres. Et que tout ça commence à sérieusement peser lourd.
La séparation de ses parents, l’éloignement de son père, la longue descente aux enfers de sa mère, ses beaux-pères tous plus barges les uns que les autres (une vraie gageure parce qu’elle en eu des sévères), les fêtes de familles qui se terminent invariablement en pugilat (et elle pèse ses mots, t’en a vécu beaucoup, toi, des Noëls où on sort un flingue au dessert (pas pour l’admirer, hein, pour le braquer sur une tête), où on tente régulièrement de s’étrangler (au sens littéral du terme), où tu dois retenir quelqu’un (ta tante, une cousine, ta mère) de sauter du 5ème étage?), sa mère (encore elle) qui a failli aller en prison (c’est bien, ça forge la jeunesse d’accompagner un des ses parents au tribunal et de le voir condamner à du sursit), les ruptures amicales douloureuses (la fille est pas douée en amitié faut croire), le viol (ben ouais, parce que la fille a fait partie des milliers de femmes qui chaque années se voient contraintes de se soumettre à une relation sexuelle qu’elles n’ont pas voulu, pourquoi ne pas le dire), le choc post-traumatique (conséquence du viol), le désir de mort (puisque de toute façon elle est morte ce jour-là, autant finir le boulot et se jeter sous un train), la presque rupture avec l’homme parce qu’elle n’arrivait pas à dire ce qui lui était arrivée et qu’elle faisait n’importe quoi, la rencontre avec un psy qui lui a expliqué que si elle avait été victime de viol, c’était de SA faute, le cancer de l’homme, sa stérilité (apprise dans la foulée du cancer), la décision de passer par le don de sperme, l’entrée en AMP et tous les gestes intrusifs qui vont avec, une écho endo-vaginale qui lui a donné l’impression d’être violée une seconde fois pendant son bilan d’infertilité, les échecs des IAD, son cancer à elle (même si encore une fois, elle a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de chance), la FIV qui s’est terminée par une fausse-couche, l’échec du TEC… de tout ça, la fille s’est relevé. Et plutôt pas mal, c’est vrai. Mais faudrait pas voir à trop pousser mémé dans les orties quand même. Attention, la fille ne veut pas se la jouer Causette. Il y a des vies bien plus dures que la sienne. Au final, malgré tout ça, elle s’estime plutôt heureuse. Sauf que la fille, elle est comme tout le monde, à un moment, trop, c’est trop (c’est Tropico) (hahaha, humour).
Ce qui fait peur à la fille, c’est que pour continuer à avancer, elle s’est blindée. Beaucoup. Trop. Et que si un jour elle ouvre les vannes, elle a peur de ne pas savoir les refermer. Et de s’enfoncer dans ce même mal-être qui ronge les membres de sa famille. Et de faire vivre à ses propres enfants (si elle en a) ce qu’elle-même a vécu. Et de ça elle ne veut pas.
Bref, tout ça pour dire que ça ne va pas fort. Que ça ira mieux demain. Que la stim pour le TEC a commencé. Qu’elle a très envie d’avoir un enfant mais qu’elle a peur de devenir mère. Que la vie est une pute mais pas tout le temps. Que ouais, les coups durs, on s’en relève mais, putain, pas indemne. Que ce qui ne nous tue pas, nous rend peut-être plus fort mais que ça vous détruit quand même. Et que le travail de reconstruction, il est épuisant. Et que là, aujourd’hui, la fille, elle n’a plus de force pour rien. A part chialer.
PS : Ce billet ne restera sans doute pas très longtemps en ligne parce que trop intime mais que voilà, fallait que ça sorte.
PPS : Promis, la prochaine fois, la fille est drôle.
PPPS : Ce billet par dans tous les sens. Pardon.