C’est la lutteuuuuh finaaaaaleuuuuuuuuuh

Lecteur, si tu es infertile, il t’arrive peut-être de t’énerver tout seul devant ta télé quand le sujet de l’AMP et de façon générale de l’infertilité (qui ne mène pas forcément en AMP) est abordé. Tu tu dis sans doute "mais c’est qui tout ces cons qui parlent sans savoir et qui s’expriment à notre place à nous les infertiles !" (oui, lecteur, tu es un peu vulgaire).

Le collectif B-AMP pense que plutôt que de s’énerver tout seul dans notre coin, on pourrait le faire tous ensemble (tous ensemble, hey, hey) et faire entendre notre voix auprès des autorités compétentes afin d’améliorer la qualité des soins et l’écoute des couples infertiles engagés dans un parcours d’AMP.

B-AMP, c’est pour Blog-Assistance Médicale à la Procréation.

Non, ne t’enfuis pas lecteur non blogueur, oublis ce nom tout moche (c’est l’avis de la fille mais t’as le droit d’aimer) et un peu excluant.  Le collectif concerne tout ceux et toutes celles qui se sentent concernés qu’ils soient hommes ou femmes, qu’ils bloguent ou pas. j’ai même  envie de te dire que même  si tu es fertile (veinard) mais que tu souhaite apporter ton aide et ton soutien, le collectif est aussi pour toi.

Contrairement à ce que la fille a pu lire sur la blogosphère (parfois), le but premier du collectif n’est pas d’échanger et de soutenir les uns les autres (ça en fait partie bien sûr), non sa vocation c’est vraiment de revendiquer. Parce que si nous, patients, on reste dans notre coin à pleurer que l’AMP en France, c’est tout nul, rien ne changera. Et parce que j’aime mon pays (ouais, t’as vu? la fille peut parler d’elle à la  première personne du singulier), et parce que je suis attachée au fait que les soins y compris ceux concernant l’infertilité soient accessibles au plus grand nombre quels que soient leurs revenus mais aussi parce que je reste lucide sur le fait de l’AMP française ne va pas très bien et qu’il y a plein de choses à améliorer (et qui parfois ne coûteraient pas un sous à la sécu), je dis prenons la parole et tapons du point sur la table quand c’est nécessaire.

Indignez-vous qu’il disait Stéphane Hessel. Et après il a dit Engagez-vous (et après il est mort mais il n’y a pas de lien de cause à effet, c’est juste qu’il était vieux).

Voilà, tu sais tout lecteur. On dit merci à Froggy, Irouwen et Kaymet d’avoir fait naître le collectif. Et on va voir ici le  blog du collectif.

Un dernière chose et après, je te fiche la paix : collectif, ça veut dire collectif. A partir du moment ou tu nous rejoins,  ta voix vaut autant que celle de n’importe quelle autre membre du collectif. Les décisions seront prises de façon collégiale.

Ayé, tu reprendre une activité normale.

La fille qui avait passé une drôle de journée

8h00 : La fille se lève l’haleine fraîche telle la rosée du matin, le teint éclatant et le cheveux doux et soyeux.

Ah non, pardon, on la refait.

8hoo : La fille s’arrache du lit l’haleine fétide, la gueule enfarinée et le cheveux gras et terne.

8h15 : La fille est sous la douche et tente vainement de reprendre forme humaine. Ah purée, le néon de la salle de bain vient de mourir. Flûte  comment va-t’elle pouvoir parfaire son maquillage nude? Ah ben, elle ne va tout simplement pas se maquiller. Comme les 364 autres jours de l’année. Plus nude, tu meurs.

8h19 : La fille cherche un jean propre. Elle n’e trouve pas. Bon, ben, elle va en récupérer un dans le panier à linge sale.

8h20 : La fille cherche une paire de chaussettes propre Et non trouée. Ça n’existe pas. Elle arrive quand même à en dégoter une paire propre mais trouée.

8h23 : La fille songe que le Chat n’a pas encore réclamé sa bouffe. C’est normal, il est à l’hôpital des chats (chez le véto quoi) où ils tentent (les vétos) de lui sauver la vie rapport au fait qu’il a une insuffisance rénale aiguë.

8h24 : La fille se prépare son petit déjeuner.

8h36 : La fille petit-déjeune. Elle prend son acide folique et elle est très fière d’elle de ne pas l’avoir oublié.

8h58 : La fille se lave les dents.

9h02 : La fille allume la télé et tombe sur les maternelles. Le thème  d’aujourd’hui : les grands-parents. Un grand père dit qu’il a été très heureux d’apprendre que sa fille était enceinte parce que "les enfants, c’est la vie". Ok, la fille a pas de vie, merci pépé.

9h26 : Le téléphone de la fille sonne. C’est le labo de l’hôpital. L’embryon a bien tenu à la décongélation, la fille peut radiner ses fesses. Autant, la journée va être bonne.

10h42 : La fille est dans le train. Oh merde, elle a oublié de mettre son utrogestan ce matin.

10h43 : Oh merde, elle a oublié de prendre les deux comprimés de spasfon qu’on lui avait dit de prendre 2h avant le transfert.

10h44 : Oh merde, elle a oublié de prendre la boîte de spasfon et elle ne pourra donc pas prendre les deux comprimés qu’on lui a dit de prendre 2h après le transfert.

11h26 : La fille arrive à l’hôpital. Elle s’assied dans la salle d’attente, sort sa bouteille de Perrier et boit un coup pour garder sa vessie bien pleine.

11h28 : Elle sort son magazine et commence à lire.

11h31 : Le biologiste appelle la fille. Quoi? Déja? Mais depuis quand on vous prend à l’heure dans cet hôpital? Non mais sérieux, c’est abusé la fille a même pas eu le temps de finir son article.

11h33 : La fille présente sa carte d’identité au biologiste ainsi que la photocopie de celle de l’homme et une bafouille de sa main (à l’homme) disant qu’il est d’accord pour qu’on décongèle et qu’on transfert un embryon même s’il est en train de se faire chier à bosser dans un pays où les magasins ferment à 17h30, le Luxembourg.

11h35 : Le biologiste dit que l’embryon est parfait. Huit cellules. Encore plus beau que celui de TEC 1. La fille se demande pourquoi c’est pas celui-là qu’on lui a mis en premier alors.

11h36 : La gynécologue (une nouvelle que la fille connaissait pas encore) et son interne viennent dire bonjour à la fille. "On vous laisse vous préparer et on revient. Vous n’enlevez que le bas." Ah bon, t’es sûre? Non parce que la fille était chaude pour l’intégrale là. Tu veux pas voir ses nichons comme ils sont beaux?

11h37 : La fille est en position gynécologique. Elle remarque quand dans la salle de transfert qui est aussi une salle de recueil trône une tété sur laquelle est inscrit "gracieusement offerte par Marc Dorcel". On s’emmerde pas dans à l’hôpital  publique, on se fait offrir des télés par le Spielberg français du film porno.

11h38 : La gynécologue et son interne reviennent. Aujourd’hui la fille a droit à une transfert sous contrôle échographique. Wouhou. Bon en fait, la fille a pas vu grand chose parce qu’elle parlait au moment où l’embryon a rejoint son dedans de elle. Mais elle a eu droit à une photo. Wouhou bis.

11h50 : La fille se rhabille et descend à la caisse filer son tout nouveau 100% stérilité (le troisième). Ils ont vu large à la CPAM  parce qu’il est valable jusqu’en 2018. La vache, d’ici là, on aura changé de président, ça leur en laisse du temps pour faire des FIV.

11h55 : La fille envoie un texto pour souhaiter un joyeux anniversaire d’eux deux à l’homme  (14 ans tout de même). L’homme demande un bébé et un chat vivant comme cadeau. La fille décide de marcher jusqu’à République (Répu comme disent les Parisiens) parce qu’il fait beau. Pas chaud mais beau (on peut pas tout avoir).

12h10 : La fille appelle la clique vétérinaire pour prendre des nouvelles du chat. Il va mal, très mal. On lui demande de passer dans l’après-midi "pour parler de la suite". Ça sent mauvais pour le cadeau de l’homme.

14h19 : La fille est dans le train à destination de Labrousse.

16h30 : La fille est chez le vétérinaire. Bon, en un mot comme en mille, le chat est train de mourir. Toute la question est de savoir si on attend un peu pour l’euthanasier ou si on le fait maintenant. L’homme étant chez les sauvages luxembourgeois (tu le crois, toi? Les magasins ferment à 17H30 ! Dans la capitale !!), la fille aimerait bien qu’on attende un peu. Véto n°1 propose qu’on laisse le chat sous perf pendant une journée de plus voir si jamais son état s’améliore un peu (on peut rêver) et éventuellement tenter un retour au foyer jusqu’à ce que l’homme rentre pour lui dire au revoir (il va être content). Véto n°2 ne comprend pas comment il a pu choper une atteinte aussi sévère des reins car c’est un chat jeune (4-5 ans). La fille pense avoir trouver une explication. Ils vivent au dessus d’un ancien cimetière indien. Ou un site d’enfouissement de déchets radioactifs, elle hésite. Elle ne peut même pas faire un câlin à son chat tellement il veule et crache quand elle l’approche (preuve qu’il va mal parce que normalement c’est un chat glu).

17h28 : La fille est de retour chez elle. Elle a les yeux qui se mouillent et la gorge qui se sert. La bonne nouvelle c’est que pendant qu’elle pleurera son chat, elle sera moins concentrée sur ce qui se passe (ou pas) dans son utérus. Et puis se sera une source de contamination potentielle à la  toxoplasmose en moins. Le prochain animal de compagnie qu’ils prendront, il sera empaillé comme ça ils sont sûrs de le garder longtemps.

PS/ Le prochain billet, la fille te racontera l’idée géniale que des amis ont eu pour leur mariage. A priori, il ne sera pas question d’annonce de grossesse mais quand même, ça vaut son pesant de cacahuètes.

La fille qui était vidée

(Attention, billet pas drôle)

Cinq jours dans le Sud à regarder la pluie tomber et à se peler. Cinq jours de ce qui aurait pu être une joyeuse parenthèse avant de retourner en AMP (TEC 2 est en route,  le Purégon Pen a repris du service). Cinq jours qui ont été tristes à pleurer (et d’ailleurs la fille a beaucoup pleuré).

D’abord le mariage d’une amie. L’occasion de la revoir et de faire la fête. Sauf que la mariée est enceinte de 3 mois. Et qu’avec son tout nouveau mari, ils l’ont annoncé le soir des noces, pendant le repas. La fille a testé pour toi pleurer dans les chiottes de la salle de réception. Puis dans le jardin. Puis dans les bras de l’homme. Comme à chaque fois, elle s’en veut de ressentir ça. Comme à chaque fois, elle se sent moche. Comme à chaque fois, elle se sent trahie. Trahie par cette amie qui bien qu’au courant de leurs difficultés à concevoir (euphémisme)  et de la fausse-couche , ne lui en a pas touché un mot quand elles se sont eu au téléphone. Trahie par elle-même qui n’est toujours pas capable de se réjouir du bonheur des autres. De ce bonheur là. Idem quand elle a appris qu’une de ses cousines envisage aussi d’avoir un enfant.

La mariée et la cousine ont toutes les deux eu un enfant d’une première union. Ces enfants ont tout les deux 4 aujourd’hui. Et pour ces deux grossesses-là, la fille avait été sincèrement heureuse. Mais de l’eau a coulé sous les ponts. Aujourd’hui, la fille n’en est plus capable. Une partie d’elle se dit "c’est bien, elles font leur vie, c’est normal". Et l’autre se dit "et nous, combien de temps va-t-on encore rester dans cette entre-deux? Et comment va-t-on en sortir?". La fille envisage de plus en plus de vivre sans enfants. Elle arrive même a se dire que ce ne serait pas si terrible. Qu’avec l’homme, ils ont surmonté bien d’autres épreuves et que celle-là, ils la surmonteront aussi. Que l’important, c’est leur couple et que lui en dépit des coup de canifs de la vie, il va bien. Il va même très bien. Mais cette douleur quand elle apprend une nouvelle grossesse (ou une future nouvelle grossesse), elle ne sait pas comment faire avec. Et des annonces, il y en aura d’autres. De gens qu’elle aime pourtant. De gens dont elle serait paradoxalement désolée d’apprendre qu’ils sont aussi confronté au diagnostic d’infertilité. La vie n’a épargné ni la mariée, ni la cousine, alors au fond qu’elles aient droit à faire leurs enfants quand elles le souhaitent, ce n’est que justice. Sauf que ça ne marche pas tout le monde.

Et puis, il y a Elle. Elle qui n ‘est plus l’ombre d’elle-même. Elle qui lui manque même quand Elle assise sur le canapé juste à côté d’elle. Elle qui se fait du mal, encore et encore. Elle qui lui reproche à mots à peine couvert de ne pas être assez présente, d’être aller vivre à 700 bornes d’Elle. Elle qui  fait tout pour s’en sortir mais qui replonge à chaque fois. Elle qui oublie ce qu’on lui dit, ce qu’Elle dit et ce qu’Elle fait. Elle qui a tellement honte qu’Elle se cache. Elle qui reproduit invariablement les mêmes erreurs et qui n’en fini pas de souffrir. Elle que la fille a quitté avec le terrible sentiment de l’abandonner, de ne pas pouvoir faire autrement, avec la peur de la perdre et de ne pas savoir quoi faire pour la retenir. Elle qui veut des petits-enfants mais qui en l’état actuel des choses serait incapable de s’en occuper. Elle qui est malade, vraiment malade. Elle dont la maladie est sale, vraiment sale. Elle qui est alcoolique mais qui est bien plus que ça et ne le sait pas. Elle qui est sa mère.

Dans la famille de la fille, il y a de la souffrance partout, tout le temps. Elle suinte par tous leur pores. Et cette souffrance, même si son frère et elle ont été plutôt plus épargnés que leurs cousins, ils l’ont reçu en héritage eux aussi. C’est drame sur drame, dépression sur dépression, dépendance sur dépendance, violence sur violence, déni sur déni dans cette famille.  C’est horrible à dire parce qu’elle les aime tous infiniment mais la fille ne veut pas finir comme eux. Mais rompre avec cet héritage familial encombrant , c’est un peu les trahir aussi. Quand elle lutte pour se construire un semblant de vie équilibrée, elle a l’impression de les laisser tomber. Un peu comme si elle devait aller mal elle aussi pour légitimer leur propre souffrance, pour faire encore partie de cette famille. Sa famille.

Aujourd’hui, la fille pense a ses deux embryons qui dorment dans leur cuve d’azote et qui ne vont pas tarder à en sortir. Et elle se demande quel cadeau emprisonné elle est en train de leur faire. Comment va-t-elle pouvoir, si l’ un des deux s’accroche, les protéger de tout ça? Le peut-elle seulement? Un jour une psy avait dit à la fille qu’elle était résiliente. Ah ouais? Elle en doute. Elle en doute vraiment. Parce qu’en plus des casseroles de sa famille, elle se traîne les siennes propres. Et que tout ça commence à sérieusement peser lourd.

La séparation de ses parents, l’éloignement de son père, la longue descente aux enfers de sa mère, ses beaux-pères tous plus barges les uns que les autres (une vraie gageure parce qu’elle en eu des sévères), les fêtes de familles qui se terminent invariablement en pugilat (et elle pèse ses mots, t’en a vécu beaucoup, toi, des Noëls où on sort un flingue au dessert (pas pour l’admirer, hein, pour le braquer sur une tête), où on tente régulièrement de s’étrangler (au sens littéral du terme), où tu dois retenir quelqu’un (ta tante, une cousine, ta mère) de sauter du 5ème étage?), sa mère (encore elle) qui  a failli aller en prison (c’est bien, ça forge la jeunesse d’accompagner un des ses parents au tribunal et de le voir condamner à du sursit), les ruptures amicales douloureuses (la fille est pas douée en amitié faut croire), le viol (ben ouais, parce que la fille a fait partie des milliers de femmes qui chaque années se voient contraintes de se soumettre à une relation sexuelle qu’elles n’ont pas voulu, pourquoi ne pas le dire), le choc post-traumatique (conséquence du viol), le désir de mort (puisque de toute façon elle est morte ce jour-là, autant finir le boulot et se jeter sous un train), la presque rupture avec l’homme parce qu’elle n’arrivait pas à dire ce qui lui était arrivée et qu’elle faisait n’importe quoi, la rencontre avec un psy qui lui a expliqué que si elle avait été victime de viol, c’était de SA faute, le cancer de l’homme, sa stérilité (apprise dans la foulée du cancer), la décision de passer par le don de sperme, l’entrée en  AMP et tous les gestes intrusifs qui vont avec, une écho endo-vaginale qui lui a donné l’impression d’être violée une seconde fois pendant son bilan d’infertilité, les échecs des IAD,  son cancer à elle (même si encore une fois, elle a eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de chance), la FIV qui s’est terminée par une fausse-couche, l’échec du TEC… de tout ça, la fille s’est relevé. Et plutôt pas mal, c’est vrai. Mais faudrait pas voir à trop pousser mémé  dans les orties quand même. Attention, la fille ne veut pas se la jouer Causette. Il y a des vies bien plus dures que la sienne. Au final, malgré tout ça, elle s’estime  plutôt heureuse. Sauf que la fille, elle est comme tout le monde, à un moment, trop, c’est trop (c’est Tropico) (hahaha, humour).

Ce qui fait peur à la fille, c’est que pour continuer à avancer, elle s’est blindée. Beaucoup. Trop. Et que si un jour elle ouvre les vannes, elle a peur de ne pas savoir les refermer. Et de s’enfoncer dans ce même mal-être qui ronge les membres de sa famille. Et de faire vivre à  ses propres enfants (si elle en a) ce qu’elle-même a vécu. Et de ça elle ne veut pas.

Bref, tout ça pour dire que ça ne va pas fort. Que ça ira mieux demain. Que la stim pour le TEC a commencé. Qu’elle a très envie d’avoir un enfant mais qu’elle a peur de devenir mère. Que la vie est une pute mais pas tout le temps. Que ouais, les coups durs, on s’en relève mais, putain, pas indemne. Que ce qui ne nous tue pas, nous rend peut-être plus fort mais que ça vous détruit quand même. Et que le travail de reconstruction, il est épuisant. Et que là, aujourd’hui, la fille, elle n’a plus de force pour rien. A part chialer.

 

PS : Ce billet ne restera sans doute pas très longtemps en ligne parce que trop intime mais que voilà, fallait que ça sorte. 

PPS : Promis, la prochaine fois, la fille est drôle. 

PPPS : Ce billet par dans tous les sens. Pardon. 

 

La fille qui faisait sa déclaration de patrimoine

Par solidarité avec nos ministres qui déballent le contenu de leurs biens, l’homme et la fille ont décidé de faire de même. La fille déclare posseder :

  • Un homme, modèle varois ascendant belge, très fonctionnel, très confortable et qui repasse même ses chemises ;
  • Un chat, modèle européen pour ne pas dire de gouttière, pas fonctionnel du tout et qui ne change pas sa litière lui-même ;
  • Un calathea très joli mais qui va mourir un jour prochain vu comment elle a la main verte ;
  • Quelques centaines de livres dont la moitié non lus;
  • Une carte de bibliothèque pour pallier au risque de pénurie;
  • Un compte à la Banque Postale qui doit bien contenir la somme de… elle ose pas le dire tellement c’est indécent… au moins 70 €… Pardon à la France d’en bas mais elle a bossé dur pour autant péter la caillasse ;
  • Un diplôme du baccalauréat Littérature option Arts Plastiques sans mention ;
  • Un diplôme du DEUG de psycho qui lui est à peu prés aussi utile qu’une paire de gants à un manchot ;
  • Une boite de thé Mariage frère parfum Marco Polo;
  • Une montre Fossile très jolie;
  • Une bague en or rose que son grand-père décédé a offert à sa mère (avant de mourir donc) , que sa mère lui a donné et qui est à peu près le seul bijou auquel elle tient vraiment avec la bague que l’homme lui avait offert pour leur PACS;
  • Une reproduction du "baiser" d’Edgart Munch (enfin, une reproduction, c’est une affiche, quoi);
  • Un Ipod Nano qu’elle visse sur ses oreilles quand elle est fâchée avec le monde qui l’entoure;
  • Un clavier Bontempi sur lequel elle  a su jouer le Prélude de Bach et Reality de Richard Sanderson (BO La Boum);
  • Un canapé d’angle Conforama qui sert de pissotière annexe au chat quand il trouve sa litière vraiment trop dégueu;
  • Un Purégon Pen, deux cartouches de Purégon 300 UI, une boite de Cétrotide, 4 fioles de Décapetyl et tout un tas de seringues avec des grandes et des petites aiguilles, 3 boites d’utrogestan et une d’acide folique;
  • Une échographie de feu sa grossesse du temps où son embryon avait une activité cardiaque;
  • Une paire de Kickers usées jusqu’à la corde;
  • Un soutien-gorge Chantelle très sexy qui lui fait des seins de ouf avec la culotte coordonnée;
  • Des tas sous-vêtements bon marchés et qui mériteraient bien de prendre leur retraite;
  • Une dizaine de paires de chaussettes trouées qui la plongent dans des abîmes de perplexité et de désespoir;
  • Une DS grâce à laquelle a résolu un nombre  non négligeable d’énigmes du Professeur Layton;
  • Un téléphone portable Sagem qu’elle est à peu près certaine de ne jamais se faire voler dans le métro tellement il est vieux et moche;
  • Un tube de BB crème Clinique qu’elle ne sait pas s’appliquer;
  • Du parfum L’eau d’Issey pour sentir bon;
  • Une théière en fonte qu’elle lancerait bien à la tronche de certaines personnes, parfois;
  • Une paire de lunette pour ses yeux très, très myopes;
  • Un sac à main tout beau, tout neuf et tout pas cher ;
  • Un vieux PC qui est un peu celui de l’homme mais il ne s’en sert plus depuis qu’il s’est offert un MacBook Air alors la fille a décidé que c’était devenu le sien;
  • Une machine à laver très vieille mais qui lave encore;
  • Un test de grossesse pas encore utilisé, vestige du dernier TEC;
  • Un préservatif féminin qu’elle avait récupéré à l’occasion d’un Sidaction, qu’elle n’a jamais utilisé mais qu’elle garde depuis des années sans trop savoir pourquoi (peut-être au cas où un jour elle serait tentée par l’adultère);
  • Une coupe menstruelle qu’elle aime d’amour mais qu’elle rêve quand même de mettre au placard pour très longtemps, genre 9 mois;
  • Un plan de Paris pour pas se perdre quand elle va à Paris;
  • Un appareil à fondue et un autre à raclette pour quand avec l’homme, ils ont envie de manger équilibré (sinon, c’est pizzas et saucisson);
  • Une magnifique collection de cadavres de bouteilles en verre qu’avec l’homme ils se sont promis d’aller jeter dans le container à verre un jour;
  • Une très jolie boite en bois prévue pour ranger son matériel de calligraphie qu’elle a reconvertie en boite à couture vu que de la calligraphie elle n’en fait point (bon, de la couture non plus mais passons);
  • Un CD gravé avec pleins de chansons des années 80 et un autre avec plein de génériques de dessins-animés de quand elle était petite;
  • Une peluche Béa des Fraggle Rock ;
  • Un Monsieur Patate;
  • Un caddie vert pomme pour aller faire les courses et qui fait l’admiration de tout Labrousse;
  • Une pince à épiler, un couple ongle, une brosse à cheveux en poils de sanglier et même une brosse à dents.

Un jour la fille possédera aussi un appartement et une voiture. Mais ça, ce sera pour quand elle sera grande.

La fille qui devenait speakerine

Mercredi soir, sur France 4 à 22h25 sera diffusé un reportage sur l’infertilité.

Ça s’appelle "Quand l’enfant se fait attendre". Si la fille t’en parle, c’est parce que pour une fois, le sujet a l’air traité sans sensationnalisme et avec intelligence (enfin, à vérifier, la fille n’a vu que la bande d’annonce qu’elle vous a mis en lien).

En plus c’est avec Irouwen en Guest Star (elle témoigne avec son mari, quoi). Sauras-tu la reconnaître?

Allez, bonne soirée.

La fille qui était à la recherche de son enthousisame

"Le secret de la réussite, c’est d’aller d’échec en échec, sans perdre son enthousiasme"

Wiston Churchill

Bon, après un test de grossesse négatif samedi matin, après l’arrivée des règles hier et la prise de sang d’aujourd’hui qui dit "taux inférieur à 2 UI", il semblerait que ce soit foutu pour ce TEC.

Qu’à cela ne tienne, l’enthousiasme de la fille n’est pas loin, il suffit juste qu’elle remette la main dessus.

Un grand merci pour vos gentils mots et vos pensées.

Sept excellentes raisons d’aimer l’Utrogestan

Raison n°1 : Quoi de plus vivifiant que se carrer un doigt dans le vagin deux, trois, quatre fois par jour (quand on aime on ne compte pas)? On ne répétera jamais assez qu’il est très important de bien connaitre son corps. Avec les tampons sans applicateurs, les coupes menstruelles et la masturbation, l’Utrogestan est une belle occasion de visiter ton dedans de toi.

Raison n°2 :  C’est dans l’esprit de Pâques. Mais si tu sais, les oeufs, tout ça. L’Utrogestan, c’est des ovules donc des oeufs (prend pas cet air dégoûté, quand tu manges une omelette, tu manges des ovules de poule et ça ne te dérange pas pour autant). D’ailleurs pourquoi offre-t’on des poules en chocolat aux gosses à Pâques? Parce qu’elles pondent des oeufs (tous comme les lapins et les cloches).  Pour égayer cette fête ô combien conventionnelle, nous te conseillons de cacher des ovules de Progestérone dans ton jardin : effet garantie (attention toute fois à ce que les gamins de tes amis fertiles ne les avalent pas, ils sont un peu crétins).

Ça ressemble bien à des oeufs, non?

Ça ressemble bien à des oeufs, non?

Raison n° 3 : C’est une façon comme une autre de nouer le dialogue avec ton pharmacien et de te  faire une réputation d’enfer dans ton village (Plouc/Oise). Exemple vécu : – Bonjour Monsieur le Pharmacien, je voudrais de l’Utrogestan, s’il vous plait. – Mais bien sûr Madame [la personne a souhaité rester anonyme], vous savez comment ça s’utilise? – Oui, monsieur le Pharmacien, je connais. – Bien, alors, VOUS PRENEZ UN OVULE MATIN ET SOIR. SURTOUT VOUS L’ENFONCEZ BIEN AU FOND DU VAGIN. VOUS POUVEZ L’HUMIDIFIER UN PEU POUR QUE ÇA RENTRE MIEUX. PRÉVOYEZ DES PROTECTIONS PARCE QUE ÇA COULE. Des questions? – Heu, non, ça va aller. Tiens, bonjour Madame Trucmuche, bonjour Monsieur Tartempion. Vous êtes là depuis longtemps? Belle journée, n’est-ce pas?

Raison n°4 : C’est un excellent lubrifiant. D’ailleurs le poète Francky Vincent ne s’y est pas trompé quand il chantait "Utro, ça glisse au pays des merveilles, Utro, ça glisse, c’est du savon de Marseille". En plus, c’est remboursé par la Sécu. Que demande le peuple? (Petite précision tout de même, l’Utrogestan ne se prend que par voie orale ou vaginale, jamais par voie rectale).

Raison n°5 : C’est l’occasion rêvée de ressortir tes vieilles culottes en coton avec des petits oursons mignons imprimés dessus. Tu vas quand même pas risquer de foutre en l’air tes strings Aubade ou Chantal Thomas à 100€ le cm² de dentelle? Non, la culotte en coton que tu n’oses plus porter depuis que tu es en couple s’impose. Et c’est tellement plus confortable. Si ton homme râle, tu peux l’autoriser à remettre ses vieux slips Kangourou en flanelle.

Raison n°6 : Tu rêves de savoir ce que ressent une femme enceinte. Grâce à l’Utrogestan, tu vas le savoir : fatigue, nausées, maux de tête, seins tendus et douloureux, tiraillements dans l’utérus, retard de règles.

Raison n°7 (the last but not least) : Ça fait pousser les nichons. La preuve par l’image :

La fille sans Utrogestan

La fille sans Utrogestan

La fille avec Utrogestan (oui, ça lui donne aussi un un air asiatique)
La fille avec Utrogestan (oui, ça lui donne aussi un un air asiatique)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PS : Son utérus contracte comme un malade malgré le spasfon, elle a pris deux kilos, ses seins restent désespérément mous et indolores (malgré l’effet push-up de l’utro), elle a un ventre énorme à  cause des hormones, elle écoute en boucle des chansons de dépressifs, bref, la fille pète le feu.  Elle a quand même vérifié que la robe qu’elle a choisi pour le mariage de ses potes en juillet pourrait contenir un éventuel ventre de femme enceinte de 4 mois (la réponse est non, elle l’a achetée quand même). 

La fille qui avait un début de vie dans son dedans elle

La fille va chercher ses résultats au laboratoire. Sur le trottoir elle ouvre l’enveloppe : le taux est de 456 (whaou, ça c’est du taux!). Elle décide d’aller passer une échographie à l’hopital car on est jamais trop prudent. Au vu de son énorme bide, c’est sûr qu’elle a un bébé dans son ventre. D’ailleurs elle le sent bouger. C’est le Professeur qui lui fait l’écho (sub-pelvienne, siouplé). La fille lui dit : ça doit être un garçon parce qu’il est très gros (logique implacable). Le  Professeur fixe l’écran et ouvre de grands yeux. La fille se dit qu’il y en a peut-être plus d’un (ce qui expliquerait qu’à 15 jours de grossesse, elle est le ventre d’une femme enceinte de 6 mois). Il se tourne farfouille dans un tiroir, puis Il se retourne un scalpel à  la main (au passage elle constate qu’il a du sang sur sa blouse) et lui dit : C’est pas un bébé que vous avez, c’est une tumeur (ça bouge les tumeurs?), je vais devoir vous opérer tout de suite et je vous prévient, j’ai pas le temps de faire une anesthésie.

La fille se réveille sauvée de la boucherie par la sonnerie de son réveil. Bien, c’est jour de TEC, elle trouve que c’est typiquement le genre de rêve qui aide à se détendre (elle n’aurait peut-être pas du interrompre sa psychothérapie). Ceci dit, c’est bien, si elle a un peu de mal à mettre des mots sur ses angoisses de grande névrosée, son inconscient s’exprime pour elle.

A onze heure, l’homme et la fille se retrouvent devant l’hôpital et grimpent jusqu’au premier étage. On reconnait les couples en attente de transfert au fait que les femmes ont toutes une bouteille à la main. La fille dit à l’homme qu’elle espère qu’on ne tardera à venir les chercher parce qu’elle a une sacrée envie de pisser. L’homme : ben t’as qu’à aller aux toilettes. La fille : non je peux pas, je dois avoir la vessie pleine. L’homme : pourquoi? La fille : j’en sais rien, t’auras qu’à poser la question au médecin.

On les appelle et la biologiste les emmène dans la même salle que lors du premier transfert. La biologiste : ils vous reste deux embryons, un J3 et un bastocyte. L’homme : Ah bon? mais on avait trois! La biologiste : Oui, et là, il vous en reste deux. L’homme : L’autre n’a pas tenu? La biologiste : Si, c’est pour ça qu’il vous en reste deux. L’homme : Et du coup, vous aller en décongeler un autre? La fille : La dame dit qu’il y en a un qui attend d’être replacé et deux toujours au congélo. La biologiste : Voilà, c’est ce que je dis. L’homme : ? La fille : Ta gueule. La biologiste : Je ne vous le fait pas dire.

Cette fois-ci, ils remarquent que c’est aussi une salle de recueil, les consignes d’hygiène sont collés au-dessus d’un petit lavabo. La fille : Ils auraient pu mettre une glace, il y a peut-être des mecs que ça existe de se regarder en train de se palucher. Au regard consterné de l’homme, il semblerait que non, ça n’excite pas les mecs.

La fille s’installe, un petit en drap en papier pour recouvrir sa nudité et ils attendent que le gynécologue arrive. L’homme : Ça va, t’es bien? Tu prends l’air? La fille : Hahaha, t’es drôle (note pour plus tard, quitter l’homme). La gynécologue (qui est la même que lors du premier transfert) arrive  et félicite la fille pour sa très bonne réponse au traitement, ils sont très contents (c’est qui ils?). L’homme aussi du coup, il la couve d’un regard empli de fierté. La fille précise qu’elle a aussi d’excellentes dents, jamais une carie mais étrangement tout le monde semble s’en moquer (alors que les dents, c’est important).

Face à tant de bonne humeur, l’homme décide de poser LA question qui le préoccupe depuis 20 minutes : Pourquoi la fille doit-elle avoir la vessie pleine? La gynécologue : C’est une excellente question (l’homme a un sourire de fayot). C’est parce que l’utérus est anté-versé, il est couché sur la vessie et quand celle-ci est pleine, il se redresse et du coup on a plus de faciliteé passer le col. L’homme : Elle a un utérus rétro-versé. La gynécologue : Bah, alors, ça sert à rien. L’homme et la gynécologue : Hahaha! La fille : …

La biologiste arrive avec l’embryon dans son cathéter. La gynécologue procède au transfert sans problème (grâce à son utérus rétro-versé donc) puis rend le cathéter à la biologiste. Maintenant, on va vérifier si les embryons sont bien en place (il arrive parfois qu’ils restent collés dans le cathéter). L’homme et la fille : Les ??? La gynécologue : Pardon, l’embryon, c’est l’habitude. Dans 75% des cas, on en remet deux, c’est pour ça.

Oui, l’homme et la fille ont décidé de n’en remettre qu’un (alors que la biologiste qu’ils ont eu au téléphone était prête à en décongeler deux). Leur raisonnement est le suivant : la fille a un col amputé d’une partie de lui-même, cette amputation augmente les risques d’accouchement prématurés (surtout suite à un cancer de l’endocol car la hauteur de col prélevé est plus importante), les grossesses multiples sont des grossesses à risques (notamment en raison des fréquentes prématurités), ménageons le col de la fille. Et puis les poussettes doubles coûtent un bras (argument massue s’il en est). Il est entendu qu’ils reconsidéreront la question à la prochaine FIV (si FIV il y a).

En attendant, la fille couve un très bel embryon (dixit la biologiste) (ben ouais, comme sa mère a envie de rajouter la fille) (l’homme soupire). La gynécologue a conseillé à la fille de reprendre une activité normale mais d’éviter les efforts pendant deux jours. Genre ne faites-pas de sport. Du Sport? Mais quelle idée saugrenue. Pourquoi la fille ferait-elle du sport? Aucun risque.

Verdict dans 13 jours. Enfin 14, parce que dans 13 jours, ça tombe un dimanche.

La fille qui avait son injection d’ovitrelle

Mardi soir, l’homme et la fille sont devant leur écran télé. Il neige, c’est le bordel, des gens n’ont plus électricité, d’autres doivent dormir dans leur voiture sur l’autoroute. L’homme dit qu’il espère que la fille pourra se rendre à son monitorage le lendemain  La fille répond qu’elle s’en fout, qu’on verra bien, que si elle est bloquée à Labrousse, elle appellera son centre et qu’ils ne vont pas lui chier une pendule parce que les trains ne circulent pas. L’homme préfère ne rien dire (brave homme).

Mercredi matin, le RER de 6h15 arrive à 6h45 en gare de Labrousse et ça tombe bien parce que le train de 6h45 lui est annoncé avec 30 minutes de retard. Finalement, elle arrive à l’hôpital dans les temps. C’est encore le Professeur qui est de corvée d’échographie. Chose surprenante, ce matin Il est presque aimable. Deux fois d’affilée, c’est suspect. Elle se dit qu’Il a du se trouver une nouvelle gonzesse et qu’elle doit lui faire des turlutes d’enfer. Grand bien Lui fasse.

La fille se déshabille, grimpe sur la table et c’est parti mon kiki (façon de parler). A droite, nous avons donc deux très beaux follicules (putain, c’est énorme, elle a l’impression d’être la Rocco Siffredi du follicule) et à gauche un moins beau (mais 16 mm quand même). Au milieu, nous avons l’endomètre qui culmine à 9,8 mm (putain, c’est énorme, elle a l’impression d’être la Lolo Ferrari de l’endomètre). Le Professeur dit "c’est bien, on va pouvoir déclencher ce soir". Attention, la fille te la refait : Le Professeur a dit "C’est bien". Genre, ça fait 3 ans qu’elle Le connait et c’est la première fois qu’elle L’entend dire "C’est bien". Jusqu’ici le truc le plus sympa qu’Il lui avait dit c’était "34 ans c’est pas catastrophique mais faut pas trop traîner non plus" (c’était il  y a plus d’un an). Du coup elle l’a noté sur son agenda : "aujourd’hui mercredi 13 mars 2013, à 8h32 le Professeur m’a fait un compliment! A moi!! ! <3 <3 <3".

Bon, ok, va pas casser son délire. Elle sait très bien que c’est pas elle qu’Il a félicité mais sa matrice. Et puis ça voulait sûrement dire un truc du genre "Je suis un putain de bon gynéco, je les fait ovuler comme des vaches en chaleur. Je vais toute les foutre en cloque. Je m’aime, je suis un génie et j’emmerde le monde!" mais à chaque fois que la fille va à un monitorage elle a l’impression de passer le Bac. Là, elle a eu une mention (pas comme le vrai Bac qu’elle a eu aux rattrapages). Du coup, ça l’a mise de bonne humeur. Sinon, elle a aussi bien aimé le "on va déclancher ce soir. " On? Quel on? Professeur que c’est Toi qui va venir me piquer à l’ovitrelle dans mon chez moi? Non, LA fille va SE déclencher SON ovulation toute SEULE. Toi, Tu déclenches rien du tout. De toute façon, elle savait déjà qu’Il allait lui demander de passer à l’Ovitrelle (franchement, elle aurait pu faire gynécologue, c’est pas trop facile comme métier).

Ensuite, elle se rend à la prise de sang. Nadine a une tête de déterrée. Pas un sourire, pas une blague, pas un mot gentil. Elle sait pas c’est  si parce qu’elle a une gastro et qu’elle est très concentrée pour ne pas lui vomir dessus (ce dont la fille lui est infiniment reconnaissante) ou si c’est parce qu’elle est préoccupée par les élections papales mais ça n’a vraiment pas l’air d’aller fort. Pendant ce temps, Bernadette demande à la fille ce que Lui a dit Le Professeur. La fille répète les consignes : déclenchement le soir même (qu’elle va SE faire ELLE-même), Utrogestan à partir de Vendredi matin, transfert Lundi. Bernadette rajoute que 13 jours après le transfert, il faudra qu’elle fasse sa prise de sang même si elle a ses règles (peu probable, elle a jamais eu ses règles sous utro). "Si ça  tombe un samedi ou un dimanche, vous pouvez attendre le lundi pour  la faire, on est pas à un jour ou deux près. " Toi, peut-être mais la fille si. Alors t’es gentille Bernadette mais la fille ira faire sa prise de sang 12 jours après le transfert et puis c’est tout.

Ensuite Bernadette précise que désormais son dossier va être filé son dossier au laboratoire, que ce sont  eux qui l’appelleront pour pour lui donner l’heure exacte du transfert et que donc c’est pas la peine de harceler les infirmières au téléphone  si elle a pas de leur nouvelle. Alors la fille tient à dire que c’est pas son genre d’harceler les gens. Infirmières ou pas. La fille c’est la personne la moins dérangeante du monde. Quand on pensait qu’elle faisait une GEU, on lui avait dit "surtout si vous avez très mal ou si vous saignez vous ramenez vos fesses aux urgences direct". Un soir, elle a eu mal à son ovaire (celui du côté de la supposée GEU) et elle a préféré se gaver de paracétamol et attendre son rendez-vous aux urgences le lendemain matin parce qu’elle se roulait pas par terre en hurlant à la mort alors on va pas y aller pour rien (au pire, elle risquait quoi à part mourir?). Dans le même genre, quand elle a été hospitalisée pour sa fausse-couche, c’est sa voisine de chambre qui a appelé l’infirmière quand la fille a eu super mal parce que la fille. Quand celle-ci est arrivée, elle lui a demandé "sur une échelle de 1 à 10, vous avez évaluer votre douleur à combien?". Spontanément la fille aurait bien répondu "49, achevez-moi, j’en peux plus" mais comme il doit y avoir forcément des douleurs pires que celles d’une fausse-couche (ce dont elle ne sait rien vu qu’elle n’a pas connu pire en terme de douleur), elle a répondu 8. Et quand un peu plus tard elle est sortie des chiottes où elle avait failli s’évanouir, elle a dit qu’elle allait mieux pour pas inquiéter sa voisine (qui avait pris les mêmes doses de Cytotec qu’elle et qui n’a pratiquement pas eu mal) ("ah oui, je sens que ça travaille un peu, ça tire dans l’utérus") ("Si ça tire dans l’utérus, ça veut dire que t’as l’impression qu’on t’as scié en deux et qu’on te verse de la lave en fusion dans les entrailles, alors  moi aussi ça tire un peu. Maintenant, arrête de me parler faut que je me souvienne comment on fait pour respirer."). Tout ça pour dire que Bernadette peut être tranquille, la fille va rester bien sage à vérifier si son téléphone capte depuis sa douche, ses toilettes,  son lit, sa cuisine, le super marché, chez Gogo et Mimi, dans le cul de l’homme mais elle n’appellera pas.

Le soir la fille s’est injecté l’Ovitrelle à 20h30 (sans Le Professeur donc même  si elle ne doute qu’Il est avec elle par la pensée) (à moins qu’Il ne soit en train de se faire turluter par sa nouvelle gonzesse) (du moins elle espère qu’Il ne pense pas à elle quand Il se fait turluter). Le Professeur a dit 19h, la fille a dit "je suis une rebelle, je me  pique quand je veux  et moi aussi j’emmerde le monde." (ok, elle Lui a pas dit en vrai mais elle l’a pensé très fort).

Demain, la fille commence la journée par un doigt dans la chatte. Joie. Au passage, elle t’informe qu’elle a oublié de se racheter des protèges-slip (si elle y tient, ça lui fait plaisir). Bon appétit bien sûr!

 

Nota bene : Tu trouvera peut-être que la fille est très branchée cul ce soir. C’est normal, elle triple-ovule. L’homme approuve l’Ovitrelle. 

La fille qui était de retour en PMA

Lundi 11 Mars 2013

Elle quitte Labrousse sous la neige, elle arrive à Paris sous la pluie. Elle remonte son col, il fait un froid de canard. Elle salut la fille qui distribue les exemplaire de Métro à la sortie du métro, elle jette un coup d’oeil au ciel gris et sombre. Au loin, elle voit son hôpital qui se dessine. Il est toujours aussi moche. Elle arrive au deuxième étage, inscrit son nom sur la liste et s’installe dans la salle d’attente. Elle reconnait la voix de Nadined. On est lundi, ça doit être le Professeur qui fait les échographies. Il flotte une odeur de café, elle s’en serait bien pris un à la machine du premier mais elle n’a pas de monnaie. Elle sort de son sac son gros livre et regarde l’heure à sa montre.

Il est 7h30, elle est de retour en PMA.

Une des infirmières des urgences gynécologiques qu’elle aimait bien passe devant elle et lui sourit. Est-ce qu’elle la reconnait? La fille se souvient de tout. De l’attente au milieu des femmes enceintes, des prises de sang, des échographies qui durent des plombes, des mines perplexes des médecins, de cette grossesse dont tout indiquait qu’il allait falloir l’arrêter. Elle se souvient du battement cardiaque inespéré sur l’écran de l’échographe, de son sentiment que s’il avait réussi à faire son nid en dépit de la mauvaise cinétique des b-HCG, c’est qu’elle avait un sacré petit embryon dans son dedans de elle.

Il est 8h00, elle est de retour en PMA.

Le Professeur a commencé les échographies. Les patientes défilent, celles qui attendent lisent des magasines, pianotent compulsivement sur leurs smartphones mais personne ne se parle. Arrive son tour. Il est de bonne humeur, Il est presque souriant. Pendant qu’Il fait Son topo sur le protocole en court (J8, 7 jours de stim, premier contrôle), elle se déshabille. Elle s’installe sur la table d’examen, les jambes écartées. Elle a pris soin de mettre des chaussettes sans trous. L’échographie commence. Malgré Sa froideur, il y a une chose qu’on ne peut pas enlever au Professeur, c’est qu’Il manipule la sonde avec une infinie délicatesse. On commence par l’ovaire droit. Elle distingue deux gros follicules, ce qu’Il confirme. Ils font 16 et 13 mm. D’après Lui, ça va aller vite. On passe à l’endomètre. Elle distingue parfaitement ses trois feuillets. Il pousse bien (8 mm). Au tour de l’ovaire gauche. La ça se complique. Le Professeur a du mal à le trouver. Elle Le voit qui fait le grimace. Il y a bien un follicule mais il est franchement petit (même elle lui trouve une sale tête). Le Professeur dit que c’est pas grave, que tout ce qu’on cherche c’est à la faire ovuler, pas à ce qu’elle fasse beaucoup de follicules. Elle doit commencer l’orgalutran en plus du puregon le soir même. Nouveau contrôle mercredi. "C’est bon pour vous, vous pourrez être là?". Elle est surprise, depuis quand on peut choisir ses jours de contrôle en fonction de ses disponibilités? Même si elle pense que la question était pure formalité, c’est con mais ça la touche. Pour un peu, elle L’aimerait bien son Professeur (Un effet des hormones?).

Il est 8h30, elle est de retour en PMA.

Elle reprend sa lecture. Une femme enceinte vient se poser dans la salle d’attente. Une dizaine de paires d’yeux se braque alors sur son gros ventre. C’est l’heure où se mélangent deux mondes qui d’habitude s’ignorent, celui de la PMA et celui de la maternité. Elle est appelée pour sa prise de sang. Elle a Nadine et Paulette, ses deux infirmières préférées, pour elle toute seule. Nadine fait ses blagues habituelles et Paulette dit "si avec ça, vous nous faites pas un beau bébé". Elle se dit qu’elle en avait un de beau bébé, qu’il devrait encore être dans son ventre et que c’est un peu bizarre de penser qu’on va lui en mettre un autre à la place. Nadine s’exclame "vous êtes parfaite, Madame la fille!". Ce sont elles qui sont parfaites, qui apportent un peu d’humanité et de légèreté dans ce monde de bruts. Avant de quitter l’hôpital, elle passe à la caisse pour leur donner le papier que lui ont filé les infirmières  Même pas  besoin de présenter son 100% stérilité ou sa carte vitale, on l’a connait maintenant. Un étage en dessous, c’est le CECOS, là où dorment ses trois embryons congelés (Appelez-là Courgeault). Dehors, il pleut et il fait toujours froid.

Il est 9h15, elle est de retour en PMA.