Oui, c’est vrai

Oui, c’est vrai, je ne dort plus beaucoup la nuit et même que quand j’arrive à aligner 3 heures de sommeil d’une traite, je remercie Dieu, Boudha et Mère Nature (La Truie),

Oui, c’est vrai, deux mois après la naissance d’Ernest, je sens que tout n’est pas revenu à la normale, là en bas, et ma cicatrice d’épisiotomie est toujours sensible,

Oui, c’est vrai que mes seins commencent à regarder par terre,

Oui, c’est vrai que j’ai une ligne brune sur le ventre, que mon ventre est tout mou et que mes hanches déjà larges ne rentrent plus dans mes jeans,

Oui, c’est vrai que je garde un souvenir mitigé du moment où l’obstétricien à sorti Ernest de mon dedans de moi à la ventouse même si je reconnais que dans la mesure où je poussais (comme une merde) depuis une heure, c’était sans doute nécessaire,

Oui, c’est vrai que ça m’a fait un choc d’apprendre que je poussais par la gorge alors qu’il faut pousser par en bas (« comme quand vous allez à la selle, Madame La Fille » et que vu comme j’ai eu le cul en chou-fleur après, j’aurai juré que c’est ce que j’avais fait,

Oui, c’est vrai que j’ai manqué de discernement quand la sage-femme m’a demandé si je voulais la péridurale maintenant ou si je préférais attendre encore un peu en prenant un bain et que j’ai répondu baignoire parce que quand je l’ai demandé la péridurale, il était trop tard,

Oui, c’est vrai que j’en ai un peu voulu à l’auxiliaire de puériculture qui m’a dit que de toute façon, la péridurale, ça sert à rien pendant l’explusion, on sent quand même le bébé passer (on sent aussi très bien les contractions !!!),

Oui, c’est vrai que moi qui avait toujours rêvé de nourrir mon enfant au sein, j’ai jeté l’éponge au bout de trois jours vaincues par les crevasses (sa race), les engorgements de la montée de lait (sa race bis) et la chute des hormones (sa race ter),

Oui, c’est vrai que je n’ai plus le temps de ma faire à manger le midi et qu’avec l’homme, on dine souvent froid,

Oui, c’est vrai qu’on a jeté des boites de lait à peine entamée parce que la puéricultrice a dit de passer à un lait épaissie (pour cause de coliques, régurgitements, enfer et damnation) puis que la pédiatre a dit de laisser tomber la lait épaissie AR digest (pour cause de coliques, régurgitements, dhiarrhées et sang dans les selles, enfer et damnation) (et bon appétit, bien sûr !),

Oui, c’est vrai que Ernest pleure pendant des heures le soir sans qu’on sache pourquoi, on a parfois envie de la remettre dans le congélateur du CECOS (celle-là, elle est pour toi Audrey),

Oui, c’est vrai que j’ai mis deux mois pour lire les 300 pages que comptent Tortilla Flat de Steinbeck et que du coup j’ai hésité à emprunter Fifty Shades of Grey à la bibliothèque (mais heureusement le peu de dignité qu’il me reste après des années d’AMP et un accouchement à suffit à m’en dissuader) (à la place j’ai pris Martine à la ferme),

Oui, c’est vrai que quand je me suis surprise à dire « bibi » à la place de « biberon », je me suis dit que c’était le début de la déchéance et qu’il fallait réagir sinon bientôt j’irai chez le gygy, je me ferai des pic-pics de pupu dans le bidou pour faire un deuxième bibou avec le dernier bry-bry qu’il nous reste au cougélou et je lolerai avec mon zhom,

Oui, c’est vrai qu’Ernest a repeint le mur de la salle de bain pendant un changement de couche pas assez rapide et que non, ce n’était pas de l’urine,

Oui, c’est vrai que je suis convaincue qu’Ernest est un génie rapport au fait qu’elle dit déjà « aaaaaaah » et même parfois « aaaaaaaaaheuuuuuh » à seulement 8 semaines (elle résoudra des équations à 3 inconnues et lira Kierkegaard dans le texte avant son entrée en maternelle),

Oui, c’est vrai que quand je vais aux toilettes, je laisse la porte ouverte pour garder un oeil sur Ernest qui du coup garde un oeil sur moi,

Oui, c’est vrai qu’avec l’homme, on a des conversations passionnantes sur la fréquence, la consistance et la couleur des selles d’Ernest,

Oui, c’est vrai que je déteste à peu près autant les parents qui me disent  » Moi, ma fille, elle a fait ses nuits à un mois » (ta gueule) que ce qui me disent « moi, mon fils il a deux ans et il se réveille toujours la nuit » (une corde, s’il vous plait),

Oui, c’est vrai qu’on a investi 30 € dans une fucking couverture miracle sensée faire dormir les bébés et qu’alors que tout l’internet mondial se prosterne aux pieds de Red Castle, Ernest a continué à ne pas dormir la nuit (et pas beaucoup le jour),

Oui, c’est vrai que je n’arrive toujours pas à faire le nouage kangourou avec l’écharpe de portage et que ça me casse les ovaires,

Oui, c’est vrai qu’alors qu’Ernest s’endormait en 2 minutes chrono jusqu’à il y deux jours dans la-dite écharpe, désormais elle hurle chaque fois que je la mets dedans (ce qui fait que ce billet est écrit avec une seule main, l’autre étant occupée à porter Ernest),

Pour autant, j’oublie tout quand elle me sourit (la stratégie de survie des bébés, c’est la mignonitude, je vous le dis);

Et sinon, lecteur, si tu veux admirer ma plastique de rêve (oublies tout de suite ce que j’ai dit sur mes seins plus haut), si tu adorerais m’entendre raconter ma vie qui te passionnes ou si tu souhaites me donner ton avis sur ma coiffure coiffée-décoiffée (dixit le coiffeur de l’émission) que personnellement je trouve très coiffée (mais jolie), tu peux poser ta matinée pour mater les Maternelles mardi 18 mars à 8h55 (ou sinon, tu la regardes sur Pluzz.fr). Le thème de l’émission portera sur le don de sperme.

Edit du 17/03/2014 : Finalement, il y a eu une modification dans la programmation des Maternelles ; l’émission sur le don de sperme a été diffusée ce matin. Vous pouvez la mater en replay ici  pendant une semaine.

La fille qui avait une fille

Ernest est arrivée le 21 Janvier à 13h14. Avec un peu d’avance. Elle est parfaite – comme sa mère.

Bon, le temps de reconnecter deux de ses neurones entre eux et la fille vient te raconter tout ça (ce fut… épique).

Une pensée à vous toutes (tous).

 

Edit du 14/02/14 : Un grand merci à tous. Vraiment, merci, merci, merci. Je ne vous répond pas individuellement mais le coeur y est. Ernest vous remercie aussi (n’en faites pas trop quand-même, elle va prendre la grosse tête).

Le bonheur des uns et le malheur des autres

Le bonheur, c’est celui  de l’homme et la fille. La fille a vu sa sage-femme la  semaine dernière qui a réussi à obtenir les résultats du tri-test d’Ernest pour elle. Tout va bien. Les risques de trisomies 21 sont faibles (1/1400). Et puis, ce matin, l’échographie morphologique a confirmé sa bonne santé. Il a tout ce qu’il fait là où  il faut (de ce qu’on peut voir sur une échographie). Et cerise sur le gâteau, Ernest a un sexe. C’est une fille ! L’homme et la fille sont ravis – tout comme ils l’auraient été si Ernest avait été un garçon.

Mais  pendant qu’ils sont tout à leur joie de futurs parents, d’autres vivent de terribles épreuves. Ou comment la vie te rappelle que si elle peut être incroyablement généreuse, elle peut aussi être la pire des salopes. Alors la fille n’a pas envie d’épiloguer pendant des heures, il n’y a pas de leçons a tirer de tout ça. A part que c’est injuste. Et qu’on se sent bien impuissants quand ça arrive à des gens qu’on aime parce qu’on voudrait en prendre un peu de leur douleur pour les soulager mais qu’on ne peut pas.

 

 

 

La fille qui se demandait si elle allait avoir les résultats de son tri-test un jour

Lecteur, la fille t’avais pondu un super billet pour t’expliquer pourquoi 1 mois et 3 semaines après avoir fait sa prise de sang, la fille n’avait toujours aucune idée du risque théorique qu’Ernest soit atteint de trisomie 21. Sauf que WordPress lui a bouffé son billet trop drôle et trop tout bien expliqué.

Comme la fille est une feignasse, elle va juste se contenter de te faire un résumé. En gros, la fille a réussi à dégoter la gynéco la plus malade de France. j’ai nommé le Dr S. En 3 mois de suivi de grossesse, cette dernière a quand même annulé 5 rendez-vous dont 4 à la suite. Et comme il est dit quelque part que les résultats du tri-test ne peuvent être donné que par le  médecin (ou la sage-femme) qui les a prescrit, ben l’homme et la fille n’ont pas d’autres choix que d’attendre le bon vouloir du Dr S.

Et le téléphone, c’est pour les chiens? te demandes-tu à juste titre lecteur. c’est exactement la question que la fille se pose. Parce que non contente d’être malade à chaque fois qu’elle a rendez-vous avec la fille, le Dr S est aussi injoignable directement à son cabinet. Il faut passer par une plate-forme qui sert de secrétariat. Et si la fille a expressément demandé à la secrétaire du Dr S à être rappelé, celle-ci reste muette.

Alors bon, la fille n’est pas vraiment inquiète quant à ces résultats. A l’écho des 12 SG, la clarté nucale était fine ce qui est un bon indicateur. Elle n’est pas non plus inquiète par rapport à la vitalité d’Ernest puisqu’elle le sent bouger.Mais quand même… Ça commence à lui courir sur le haricot. Bon, le Dr S a sans doute de sérieux problèmes de santé mais ça doit être sacrément grave pour qu’elle ne soit même  pas en mesure de passer un coup de fil à ses patientes pour leur filer des résultats d’examen.

Et avec tout, ça fait aussi 3 mois que la fille  attend qu’on lui fasse son frottis bi-annuel  rapport au fait qu’elle a eu dans un passé proche des cellules cancéreuses dans son dedans de elle. A chaque fois, le Dr S repoussait à la prochaine consultation. Elle attend toujours.  Là encore, elle est pas tellement inquiète parce qu’elle sait que les risques  de récidives ne sont pas énormissimes (10%) et que ce serait vraiment pas de bol que la rechute ait lieu pile au moment où on ne peut pas intervenir sans compromettre  la grossesse. N’empêche qu’elle aimerait bien être certaine que tout va bien de ce côté là.

Bon, elle sait, elle en demande beaucoup.

heureusement, elle a rendez-vous après-demain avec sa sage-femme (qui n’a pas les résultats du frottis) et elle va pouvoir lui demande si c’est normale d’avoir autant de perte à 19 semaines de grossesse (elle t’épargne les détails mais ça lui rappelle l’utro… en pire niveau humidité). Et le 2 octobre, direction la maternité pour l’écho morpho (ils vont peut-être savoir si Ernest est une fille ou un garçon) (et accessoirement s’il ou elle n’a pas de malformations).

Et pour finir, la fille t’informe que le 3 octobre (de cette année, te plantes pas)  a lieu le lancement du Guide de survie à l’usage des couples infertile. Ça se passe Chez Margot, au 25 bis boulevard Henri IV, dans le 4ème arrondissement de Paris à partir de 18 heure. C’est pas loin de Bastille et tu y es le ou la bienvenue. Ça te donnera l’occasion de voir les deux Audrey en vrai, de te faire dédicacer ton exemplaire du livre si tu en as envie, d’en acheter un sur place si t’en as pas et même, si t’es sage, de boire un verre de pinard gratos (le mot de passe : « han mais les filles, vos cheveux sont magnifiques ! »).

La fille qui avait vu tourner la roue

On ne va pas s’emballer, cette salope de roue peut encore se bloquer, voire repartir en sens inverse. Mais pour l’instant, elle tourne, ELLE TOURNE, BORDEL !

Après des années à essayer de trouve du sens à ce qui n’en a pas, que ce soit en matière d’infertilité ou autre, voilà que pour une fois, quelque chose se passe normalement dans la vie de l’homme et la fille. Voilà, la fille est enceinte et tout va bien. Elle en pleurerait tellement elle avait renoncé à  pourvoir écrire ça un jour.

Aujourd’hui, elle en est à 14 semaines de grossesse. Il y a deux semaines, à l’écho des 12 SA qui a eu lieu à 14 SA, ils ont pu voir un beau fœtus, Ernest,  de 7,7 cm tête-cul avec tout ce qu’il faut là où il faut. Ernest bouge bien mais pas trop non plus, faudrait voir à pas trop se fatiguer (c’est bien, c’est une feignasse comme ses parents), il leur a fait coucou de sa minuscule main et il a même ouvert grand la bouche pour avaler une grande goulée de liquide amniotique (c’est bien, c’est un morfale comme ses parents). Ernest est peut-être bien une fille (encore un peu tôt pour le dire) mais si c’est le cas, on l’appellera quand même Ernest parce que c’est un hommage à Hemingway rapport au fait qu’il était alcoolique et dépressif et qu’il a fini par  se suicider (accessoirement il a écrit des livres). Un message d’espoir en  somme. Quoiqu’il en soit, Ernest a une clarté nucale fine ce qui  ne garantie pas à 100% qu’il n’est pas porteur de la trisomie 21 mais est plutôt très bon signe. On attend sagement les résultats du tri-test pour la fin du mois (on aurait pu les avoir avant mais la gynéco est en vacances) (t’as remarque toi aussi comme  sa gynéco a une conscience professionnelle douteuse? Genre elle tombe malade et elle prend des vacances ! Genre comme tout le monde !) . La fille elle aussi, est en pleine forme. Elle a de bonnes réserves de fer (c’est bien), elle n’est toujours pas immunisée contre la toxo (c’est très bien) et elle n’a pas pris 230 kilos (c’est très, très bien).

Un truc quand même la chagrine (il en fallait bien un) : ses cheveux (oui, tu le sais, le fille vit un vrai drame capillaire). On avait vendu à la fille que pendant la grossesse, elle allait pouvoir faire la grève du shampoing tellement ils seraient beaux et brillants (mais pas gras) et doux mais surtout qu’ils allaient arrêté de tomber (pour mieux se venger après accouchement). On lui a menti. Bon, certes, c’est vrai, elle se lave sa tignasse moins souvent, elle est passée d’un shampouinage un jour sur deux à un jour sur trois (youhou !). Pour la brillance, elle ne voit pas de différence. Par contre, niveau chute de cheveux, c’est pire. Elle les perd par poignées. Une catastrophe. Si ça continue à ce rythme, elle devra vendre Ernest sur E-bay à sa naissance pour pouvoir s’offrir une perruque (c’est l’instinct maternel qui parle là, c’est beau quand même).  Et là, la fille se demande, c’est quoi cette arnaque (pas l’instinct maternel, la chute de cheveux)? C’est quoi ce foutage de gueule? Remboursez ! 7 ans et demi, d’illusions capillaires qui s’effondre, c’est dur. Parce que oui, la fille a voulu se faire engrosser juste pour avoir de beaux cheveux comme les pouffes des magazines (bah, si elle avait su, elle se serait pas fait chiée à aller en PMA).

Sans transition, l’homme et la fille ont commencé les annonces (t’as, vu? la fille cause comme à  la télé). Bizarrement, ce qui semble passionner les gens, c’est les nausées et les vomissements. Quand la fille répond qu’elle n’a pas vomi une seule  fois et que oui, bon, les nausées, elle en a eu mais pas très longtemps et jamais très fortes, certains ont l’air déçu. « Mais t’as bien eu des dégoûts? ou des envies? ». Nan, rien de tout ça. A moins que l’heure qu’elle a passé sur internet à essayer de savoir si il existe de la bière sans alcool vraiment sans alcool ait à voir avec les envies de femmes  enceintes. D’ailleurs, lecteur, sache que non, la bière sans alcool vraiment sans alcool, ça n’existe pas. La législation française autorise à appeler bière sans alcool des bières contenant moins de 2 degrés d’alcool sans que le fabriquant soit tenu d’en préciser la teneur exacte. Oui, la fille aussi trouve ça moche. Au final, elle a halluciné sur le nombre de femmes enceintes qui pensent qu’un petit verre de pinard ou de cidre de temps en temps, ça peut pas faire de mal à leur bébé (alors la bière sans alcool avec de l’alcool, tu penses). Et la fille de se demander si elles mettraient du rhum  dans le biberon de leur mioche  de 3 kilos et plus (bah, de temps en temps, ça peut pas faire de mal)? Et si non, alors pourquoi elles trouvent normal d’alcooliser un fœtus de quelques centaines de grammes au moment où il est en train de fabriquer tout ses organes dont son cerveau? Remarque, en lisant certains forums, tu te ran conte kon peu vivr tré bien sen cervo. LOL. PTDR. Hihhihi.

Pour en revenir aux annonces (oui, parce que l’air de rien, il y a de la suite dans les idées de ce billet), outre les questions sur les nausées, c’est quand même étrange comme moment. D’un côté, les gens ont l’air vraiment contents pour l’homme et la fille (une fois passée  la déception que celle-ci ne vomisse pas) et ça touche beaucoup la fille. De l’autre, tout ça a l’air tellement normal, banal pour eux. Tellement normal que certains qui avaient dépensé énormément d’énergie à ne surtout pas aborder la question de l’AMP (la quoi?) ou de la fausse-couche (hein?) avec eux, n’hésitent à leur donner des  conseils sur les trucs à ne surtout pas faire sous peine de voir leur gosse devenir délinquant voire serial killer voire Zaz (en guise d’exemple, dormir dans la même chambre que leur gosse, ne pas dormir dans le même chambre que leur gosse, lui donner le sein, ne pas lui donner le sein, lui filer la tétine, ne pas lui filer la tétine, utiliser une écharpe de portage, ne pas utiliser une écharpe de portage, le laisser pleurer, ne pas le laisser pleurer , lui faire écouter du Zaz (là, les avis sont unanimes), commencer la diversification alimentaire par les fruits, la commencer par les légumes, le louer à des pédophiles). La fille doit être un peu rancunières, parce que ceux-là, elle se serait bien contentée de leur envoyer une carte postale pour leur annoncer la mention très bien d’Ernest au bac (peut-être même qu’elle aurait attendu son prix Nobel de Médecine). Mais l’homme, lui, n’est pas rancunier.

Donc voilà, elle se retrouve propulsée dans un monde dont elle s’est sentie exclue pendant longtemps, celui des gens qui font des gosses. Elle a du mal à s’y faire. Pas qu’elle soit pas heureuse (vu comment ils se sont fait chier avec l’homme, se serait quand même un comble), mais on ne tire pas un trait comme  ça sur des années à regarder le ventre  des autres pousser en noyant son chagrin dans la bière (avec alcool).  Elle a encore le réflexe d’envier les femmes enceintes qu’elle croise dans la rue. Elle a encore ce pincement au cœur quand elle apprend une grossesse dans son entourage (même si c’est vrai qu’il est beaucoup moins fort qu’avant). Elle a plus souvent l’impression de jouer à la femme  enceinte que de l’être vraiment. Quelque part, les gens vont plus vite qu’elle. Ils veulent savoir si avec l’homme, ils veulent connaitre le sexe, s’ils ont choisi le prénom du bébé, s’ils ont commencé les achats, tout ça, tout ça (les réponses sont oui, non, non et tout ça, tout ça) … La fille en est encore a se pincer pour être certaine qu’elle rêve pas et à considérer comme une victoire le fait de s’être autorisée à enfin s’acheter des soutien-gorges à sa taille (il était temps, elle est passée d’un bonnet B à un bonnet D) et encore en se signant pour pas que ça lui porte la poisse (pur l’instant non et ses seins lui disent merci).

Avant de clore cet excellentissime billet (merci, les cheville  vont bien), la fille voudrait quand même te dire, lectrice qui attend ton tour sans savoir s’il arrivera, qu’elle pense à toi et que tout ce qu’elle te souhaite, c’est que ta roue tourne aussi. Encore plus vite et plus facilement que celle de la fille, si possible. Elle pense que tu te diras peut-être que ça te fait une belle jambe (c’est ce qu’elle se disait quand elle était à ta place) mais peut-être que c’est important de te l’écrire quand même (parce qu’elle se souvient que ça lui a fait plaisir de le lire chez les autres). Et puis surtout, parce que c’est sincère. Elle n’oublie que pas que ce qui la différencie de toi, c’est juste de la chance. Elle espère que tu auras la même qu’elle.

Des news de la fille mais vite fait

Samedi dernier aurait du avoir lieu l’écho des 11 semaines de grossesse (13 SA) qui normalement a lieu à 10 semaines de grossesse (12 SA). Bon mais pas de bol, sa gynéco étant malade, le rendez-vous est reporté à samedi prochain.

Physiquement, RAS. Pas de nausées (elles ont cessé pile au moment où elles étaient censées être à leur max), pas de ventre tendu (elle a dégonflé en arrêtant l’utro la semaine dernière), pas de prise de poids (là, tu me diras tant mieux), des seins toujours gonflés avec des veines très apparentes (heureusement qu’ils sont là, elles les aime).

Psychologiquement, c’est compliqué. La fille fait pas mal de cauchemars en rapport avec sa grossesse et surtout la fin prématurée de sa grossesse. Par rapport au don de sperme, ses sentiments sont assez ambivalents : une immense gratitude envers le donneur (et tous les donneurs d’une façon générale ) et, parfois beaucoup de tristesse en pensant que ce bébé-là (ni aucun autre d’ailleurs) ne ressemblera à son père (ça mériterait sans doute un billet). Globalement, la fille n’arrive toujours pas à s’autoriser à se réjouir complètement. Elle se trimbale toujours avec des serviettes hygiéniques dans son sac au cas où la fausse-couche commencerait quand elle est à l’extérieur et à chaque fois que son utérus tiraille ou se contracte, elle se dit que « ça y est, c’est pour maintenant ». Pour te dire à quel point, elle est gravement atteinte, quand la fille va à la selle et qu’elle doit pousser un peu (bon appétit), après, elle vérifie toujours qu’elle n’a pas perdu son embryon (qui normalement est devenu un foetus) dans la foulée (oui, c’est débile, elle le sait, ça en l’empêche pas de le faire quand même).

Bon, à part ça, la fille va très bien (si, si). Elle mesure sa chance et elle espère que ça va continuer comme ça. L’homme, lui, est à fond. Il a  baptisé  leur futur progéniture (non, elle ne te dira rien) et lui parle tous les soirs.  Pour l’instant, ils n’ont fait aucune annonce, ils attendent l’écho des 12 SA (qui aura donc lieu à  14 SA) pour commencer à le dire. La fille attendrait bien l’accouchement mais il parait que ça pourrait être mal pris et puis soyons réaliste, à un moment ça devrait finir par se voir. Donc a moins qu’elle vive recluse pendant les 6 mois à venir, ça va être compliqué de garder le secret. et puis, bon, la fille se dit que le fait que l’entourage proche et moins proche le sache, ça va peut-être l’aider à réaliser un peu mieux.

Voilà, en gros les dernières nouvelles. Bon, la fille te laisse, elle retourne faire de l’apnée.

Pendant ce temps-là à Vera Cruz # 2

  • T’as vu, lecteur? C’est l’été ! Genre, il fait beau et chaud et genre ça va durer plus de deux jours. C’est pas top, ça?
  • Sinon, la fille en est à 8 semaines de grossesse. Enfin, ça c’est la théorie parce qu’en vrai, elle a pas l’impression d’être enceinte. Elle pense d’ailleurs qu’elle a juste une phase lutéale très, très longue mais que d’un jour à l’autre ses règles vont débarquer.
  • Ceci dit, il faut bien admettre qu’elle a pris des nichons (l’homme est heureux) et qu’elle a un peu plus de mal a fermer ses futes (surtout le soir).
  • Elle a du sacrifier plusieurs culottes à l’autel de l’Utrogestan et ce malgré le port constant de protèges-slips (Vania dit merci à l’ Utrogestan);
  • Elle a les neurones en grève. Ca fait trois semaines qu’elle s’endort sur le  même  bouquin.
  • Elle croit qu’elle a des envies de femmes enceintes : elle a envie de bière fraîche, de vin rouge, de fromage au  lait cru et de saucisson. Ah ouais, elle fantasme aussi sur des sashimis.
  • Elle s’est fait une bosse au crane en passant le balai (elle s’est cogné la tête contre le rebord du Velux). On ne dira jamais à quel  point faire le ménage est mauvais pour la santé.
  • L’homme est passé à la cigarette électronique. Il en est très content.
  • Mais comme à chaque fois qu’il arrête de fumer (des vrais clopes, s’entend), il a des aphtes énormes plein la bouche. Ironie de l’histoire, le seul médicament qui le soulage efficacement a parmi ses effets secondaires, l’azoospermie (réversible à l’arrêt du traitement, heureusement pour les mecs qui n’étaient pas stériles avant d’en prendre). Ça les fait marrer.
  • Le  frère de la fille passionne les ORL parce que son audition joue au yoyo de manière tout à fait improbable. Du coup, il est sous cortisone pendant 6 mois pour soigner une maladie qu’il n’a probablement pas. Son ORL s’éclate à chercher, son frère un peu moins.
  • La fille a testé la coloration végétale pour cacher ses cheveux blancs. Ça marche bien mais alors qu’est-ce que c’est long à  poser ! Elle a bien du rester deux heures avec du cellophane sur la tête à feuilleter Closer (ouais, parce que ça ne se lit pas ce truc quand même). C’est long deux heures à feuilleter Closer (en même temps, elle n’avait qu’à  pas oublier son bouquin sur lequel elle s’endort depuis trois semaines).
  • Elle sait pas toi, mais la fille a le dernier tube de Daft Punk dans la tête en permanence. Et comme  elle a le coeur sur la main, elle partage avec toi.

PS : La fille file en Britanie demain alors ne t’étonnes pas si elle ne répond pas tout de suite à tes commentaires. Et promis, la prochaine fois, elle te pond un vrai billet.

La fille Carambar

C’est l’histoire d’un optimiste qui croise un pessimiste. L’optimiste demande : « alors comment ça? » et le pessimiste répond : « Ohlala, ça va pas du tout. Ma femme m’a quitté, je viens de me faire licencier, j’ai  pas une thune et mon chien vient de mourir. Non vraiment, ça peut pas aller plus mal.  » L’optimiste lui tapote alors sur le dos et lui dit : « Mais si, mais si. »

Là, normalement, lecteur, tu ris.

Si, si, tu ris.

Lecteur, c’est la blague préférée de la mère de la fille (oui, voilà, tu comprends mieux) alors fais un effort. Tu ris donc. Tu es hilare même. Ça fait plaisir à sa môman.

Il y a quelques temps (après son cancer), la fille  a décidé de s’essayer à l’optimisme  pour voir. L’optimisme pour la fille, ça ne veut pas dire croire que tout va aller bien mais que que tout n’ira pas mal, que rien n’est jamais tout noir et savoir apprécier ce qui va bien.

C’est ce qu’elle tente de faire avec cette nouvelle grossesse. Rien ne lui dit que tout ira bien mais comme rien ne lui dit le contraire (à part ses vieux réflexes de pessimiste) et bien elle prend. Elle est enceinte pour la deuxième fois de sa vie, et même si ça se devait se finir en fausse-couche, ces moments qu’elle vit, on ne les lui rependra pas. C’est à elle. Tout comme les souvenirs de sa première grossesse (pourtant plus chaotique que celle-ci) lui appartiennent.

Après son optimisme ne lui permet pas de voir au-delà du 21 juin (jour de l’écho si t’as pas suivi). Faudrait  pas pousser non plus. Elle a une réputation à tenir. Il ne lui permet pas non plus de sortir le livre sur la grossesse que lui avait filé une copine, ni de prendre rendez-vous avec une sage-femme pour son suivi de grossesse (elle en a un peu marre des gynécologues), ni de s’inscrire à la maternité.

Mais bon, c’est normal, elle débute en optimisme, elle a encore beaucoup à apprendre.

La fille qui allait mettre l’AMP en pause

4795.

Quatre-mille-sept-cent-quatre-vingt-quinze.

C’était le taux de béta-hCG de la fille, hier. A tout juste 3 semaines de grossesse (5 SA pour les aménorrhéophiles). C’est deux fois plus que ce qu’elle avait atteint à 5 SG la fois précédente. Autant te dire que la fille a poussé un grand OUF de soulagement et que pour la première fois, elle s’est autorisée à ressentir de la joie.

Oui, parce que jusque là, lecteur, elle était surtout circonspecte. Voire dubitative. Voire septique. C’est bien simple, avec l’homme, ils  osaient à peine aborder le sujet. Comme si d’évoquer le fait que la fille soit enceinte allait entraîner une fausse-couche dans le demi-heure qui suit. Mais leur tas de cellules, leur début de vie, il est bien là et il mérite qu’on lui fasse un peu de place. De toute façon, la fille sait bien que s’il doit se passer quelque chose, ça se passera et que le fait de s’être rongé les ongles jusqu’à la moelle ne l’empêchera pas d’avoir mal par la suite.

C’est bizarre la vie. Il y a encore 15 jours, la fille parlait d’arrêter la PMA. Pas de façon définitive mais suffisamment longtemps pour ne plus avoir l’impression de vivre en fonction d’elle. Elle en était même  se demander si elle voulait toujours avoir des enfants. Du moins comme ça, à ce prix-là. Elle rêvait de vivre une année sans cancer, sans traitements, sans échecs, sans chat malade,  une année pour prendre soin d’elle et de son couple et être de nouveau normale. Une année à ne pas attendre. Des pauses PMA, elle en avait déjà fait (des longues)  mais elles lui avaient toujours été imposées par les circonstances (don de sperme, cancers, lenteur de son centre, fausse-couche…). Là, elle voulait dire elle même « stop ». Choisir d’y aller ou pas. En l’occurrence pas.

Et puis voilà que contre toute attente, elle est passée du côté obscur de la force. Elle va te dire quelque chose qui va peut-être te choquer lecteur  (enfin, elle espère quand même que non) mais quand elle a fait son test de grossesse et qu’il s’est révéler faussement négatif, la fille était déçue mais surtout soulagé parce qu’elle pouvoir reprendre le contrôle de sa vie. Toute la question était de savoir si elle enchaînait TEC 3 (histoire d’être débarrassée) ou si elle le reportait à la Saint-Glinglin (histoire de reprendre  la PMA en douceur quand elle se sentirait prête).

Ne te méprend pas, elle est très heureuse d’être enceinte (même si pour l’instant elle ne réalise pas franchement) et elle ne retournerait en arrière pour rien au monde. Elle est pleine de gratitude pour son embryon, pour le donneur, pour l’homme qui a été son meilleur soutien pendant toutes ces années,  pour l’AMP, pour les frottis, pour la médecine qui  lui  permis de conserver son utérus, pour ses ovaires qui ont fait du bon boulot, pour son endomètre « magnifique », pour sa glaire cervicale qui ne sert strictement à rien vu qu’elle ne trimbalera jamais de spermatozoïdes mais que ça fait plaisir quand même, elle est même pleine de gratitude pour son adénocarcinome  qui lui a rappelé à quel point elle aimait vivre et qu’avec ou sans enfants, elle avait de la chance d’être là, pour le chocolat.

Ouais, la fille n’est que gratitude (et douleurs aux nichons) (et envie de pioncer).