Voilà, c’est fini

Il a fini par partir de lui-même hier après-midi. Quand il n’y avait presque plus de sang et de douleurs, il a fait plouf au fond des cabinets. Et c’est peut-être ça le pire, de l’avoir vu. A l’écho ce matin, tout va bien. Il reste bien quelques débris mais ils partirons avec le retour des règles dans 4 à 6 semaines. Pas besoin de curetage. La fausse-couche est terminée. Voilà, c’était FIV 1.

Elle a déjà tourné sur la blogosphère PMA mais tant pis, la fille vous le remet. Parce qu’elle y parle bien de son désir d’enfant, parce que ça colle parfaitement à ce que la fille ressent aujourd’hui.

Encore une fois, merci pour vos mots.

La fille qui aimerait bien que ça se termine

Le médecin avait prévenu la fille qu’avec le Cytotec, il y avait environs 5 à 10% d’échecs. Devine qui a bouffé 6 comprimés de ce putain de médoc et va sans doute devoir se taper un curetage quand même? La fille.

Elle a eu mal comme jamais de sa vie et même que l’hystérosalpingographie et l’arrachage des dents de sagesse, ca ressemble à une partie de plaisir à côté de ce qu’elle en a chié (au propre comme au figuré), elle a eu de la fièvre, elle a eu des nausées, elle a eu la diarrhée, elle a porté des couches Téna pour incontinents et des culottes en filet et tout ça pour RIEN.

Elle a pas expulsé l’embryon. Elle a bien saigné mais moins que pour des règles alors qu’on lui avait annoncé le déluge avec débris et gros caillots de sang. Hier, en fin d’après-midi, on la renvoyé chez elle en lui disant que ça se ferait sans doute pendant la nuit.

La nuit est passée, la matinée aussi, elle a toujours mal au ventre (mais sans aucune mesure avec les douleurs de la veille) et toujours pas d’expulsion. Résultat des courses, elle doit retourner à l’hosto lundi matin (à jeun) pour un curetage.

La fille en a marre. C’est même plus de la colère ou de la tristesse qu’elle ressent là, c’est une immense envie de hurler STOP. Qu’on lui foute la paix, qu’on la lâche  Il y avait déjà eu la suspicion de GEU et maintenant ça. Même les fausse-couches peuvent pas se passer normalement chez elle. Pourquoi? C’est quoi la prochaine étape? Un nouveau frottis anormal? Une rechute du cancer de l’homme (homme qui est au bord de l’implosion soit dit en passant)?

Ah mais pardon, ils ont tellement de chance que leur FIV 1 ait fonctionné.

La fille qui avait de la chance (mais tellement)

Elle l’avait choisie consciencieusement. Et elle avait l’air parfaite. Tout ses critères étaient réunis. Elle était sur que ça allait le faire.

Elle a pris l’homme sous le bras et ils sont allés rencontrer la gynécologue qui allait suivre la grossesse de la fille. Et c’est vrai qu’elle est bien. Elle fait les échographies, elle fait les colposcopies, elle est douce, elle est sympa et cherrys on the cake, elle est secteur un. Adieu le Dr Colpo et ses consultations à 100 boules (frottis non inclus) et bonjour le Dr S.

Tout était prêt pour le conte de fée commence.

Et puis le Dr S a fait une écho à la fille. D’abord sub-pubienne puis endo-vaginale parce que « vous avez un utérus rétroversé et je ne vois rien ». Et sur l’écran de l’échographe, pas de battements cardiaques. La grossesse est arrêtée. L’embryon a mouru.

Kaput, fini, dead.

C’est comme ça que la fille a pu visiter les urgences gynécologiques de la maternité où elle avait vaguement envisagée d’accoucher (un moment d’égarement). C’est propre, c’est neuf, ça change de son centre de PMA. Evidemment la salle d’attente était remplie de gros ventres.  Comme la fille est ultra-chanceuse, elle tombe sur la seule interne enceinte jusqu’au cou.

Vous venez pour quoi?

Pour qu’on m’aide à expulser mon embryon mort de mon dedans de moi. Et vous c’est pour quand l’accouchement? La semaine prochaine?

Après concertation, il est décidé de provoquer la fausse-couche avec des médicaments. Aujourd’hui, elle a pris de Mifégyne (un médicament censé ramollir le col) et elle retourne à l’hôpital jeudi pour prendre du Cytotec sous surveillance médicale.

Tout l’après-midi, elle a expliqué que c’était une première grossesse, une Fiv et que oui, ça avait fonctionné du premier coup. Et à chaque on lui répondait « du premier coup? vous avez de la chance quand même ».

Ben ouais, la fille trouve aussi. C’est vrai quoi, 7 ans, deux cancers (4 avec les chats), une azoospermie, 3 IAD, 1 FIV, une suspicion de grossesse extra-utérine, tout ça pour finir par une fausse-couche, c’est vraiment du bol. Limite, la fille a de la peine pour les couples qui conçoivent en faisant l’amour et en à peine quelques mois. Non mais les pauuuvres! C’est horrible ce genre d’histoire. Si en plus, ils ont des grossesses qui vont à terme, c’est vraiment trop dur.

Et puis la fille, elle au moins,  va pouvoir bouffer du fois gras et boire du champagne à Noël et ça c’est vraiment super. La belle vie en somme.

Qu’on lui apporte une corde et vite.

La fille qui avait de nouveau le cul sur une seule chaise

Jusqu’à présent la fille avait soigneusement évité de penser à son embryon comme à un possible bébé. Et puis, jeudi, en sortant de la douche, elle a regardé ses seins gonflés, les veines apparentes (enfin, plus que d’habitude) et Ses tétons plus gros et elle s’est dit « merde, j’ai le corps d’une femme enceinte » et ça a pété. D’abord toute seule dans la salle de bain puis plus tard dans les bras de l’homme. Le déluge lacrymal.

Vendredi matin, elle annule le rendez-vous pris pour le lundi suivant dans un cabinet de radiologie pour ce qui était censé être sa première échographie, celle des 5 semaines. La secrétaire demande « vous voulez le reporter ou l’annuler définitivement « . La fille soupire. Elle veut l’annuler définitivement.

Dans le train qui les emmène à Paris, elle se surprend à espérer encore que son taux à doublé puis, elle sent une douleur du côté droit de son utérus. Oh pas forte la douleur, elle en ressent régulièrement depuis le début de sa grossesse et toujours à droite. Mais là, ça s’est un peu accentuer alors…

Arrivé à l’hôpital, l’homme et la fille découvrent la salle d’attente des urgences obstétricales pleine à craquer de femmes sur le point d’accoucher. L’une d’entre elle regarde la fille d’un air interrogateur, genre « t’as pas l’air enceinte, toi. Qu’est-ce que tout fous là? ». La fille lui lance son regard de Salope Infertile Aigrie et l’autre retourne à son ventre et à ses contractions. On vient chercher la fille pour sa prise de sang. Les infirmières blaguent entre elles, ça distrait la fille.

Et puis vient l’heure du rendez-vous pour l’échographie. Elle tombe sur une secrétaire peu aimable et surtout très bête qui croit que les gens doivent savoir que les écho, ce jour-là, se font au premier alors que sur leur convocation il est écrit 2° étage. Une vraie conne au regard bovin que la fille avait déjà vu et qu’elle a définitivement pris en grippe. L’homme et la fille vont au premier, un aide-soignant part à la recherche du médecin échographiste puis revient dire à la fille qu’elle sera vu dans une salle du 2°. On repasse devant la morue secrétaire et la fille lui lance son regard de Salope Infertile Aigrie.

L’homme hésite à venir dans la salle d’examen avec elle. Il n’y a pas beaucoup de place, il a peur de gêner le médecin et finalement décide d’attendre dehors (avec l’accord de la fille). C’est l’interne qui arrive en premier. Elle explique à la fille qu’elle va commencer l’échographie seule, se faire son opinion et que sa chef (celle qu’elle a vu mardi) viendra ensuite vérifier son diagnostic. Très bien, il faut bien que les médecins se forment. Elle commence par une écho su-pubienne pour vérifier qu’il n’y pas d’épanchements sanguins. Pour elle, de ce côté-là, tout va bien. Elle passe ensuite à l’écho « par les voies naturelles » à la recherche du ou des embryons. La fille a cessé de respirer. Elle ne voit pas l’écran et scrute le visage de l’interne à la recherche d’indice. Rien. Elle sent la sonde bouger à droite, puis à gauche, puis au milieu, puis re à droite, etc. Silence. L’interne semble prendre tout un tas de mesures.

La chef arrive et vient regarder les images prises par son étudiante. Elle lui demande « Tu as expliqué à patiente ce que tu as vu? ». L’autre répond qu’elle a préféré attendre d’avoir son avis avant de dire quoique ce soit. « Alors, vas-y » lui la chef. Et l’interne tourne l’écran vers la fille.

« Ceci est votre utérus. » Ok, la fille voit du gris et pis c’est tout. L’interne zoome et apparaît le fameux sac noir déjà visible la fois dernière. Elle zoome encore et il semble à la fille que quelque chose bouge dans le sac. L’interne et la chez sourient et lui disent : « Ça, c’est votre embryon. Et ça, c’est une belle activité cardiaque. » La fille les regarde sans vraiment comprendre. « Vous êtes enceinte, pour nous tout va bien. » Et la GEU? Menace écartée. On lui montre son ovaire. La fille voit bien la masse noire qui les faisait douter.

Pour la radiologue, c’est sans doute un kyste. Et si c’est un sac embryonnaire, il n’y a pas d’embryon dedans. Ce qui les rassurent, c’est que la masse n’a pas grossit et qu’elle aurait même commencé à se résorber. Donc pour elle, il n’y a plus aucune menace de GEU. « Honnêtement, je ne pensais pas vous annoncer une bonne nouvelle aujourd’hui. Je vous avoue qu’on était plutôt inquiet. » La fille n’en revient pas. La chef et l’interne félicitent la fille qui est encore plus sonnée que le jour où elle a appris qu’elle était enceinte.

En sortant, elle retrouve l’homme. « Alors? ». La fille arrive à bredouiller « c’est pas une GEU. » « Ah bon? C’est quoi alors? » « C’e’st une grossesse intra-utérine. Il y a une activité cardiaque. » L’homme ouvre de grands yeux. « Non, tu veux rire? Non, t’es enceinte pour de bon? » Alors, la fille est pas tout à fait sûre mais il semblerait que oui. Ils retournent aux urgences chercher ses résultats de BHCG. La fille se dit que ce coup-ci, forcément, son taux a du doublé voire même plus. Ils sont reçus pas trois internes (c’est la teuf). Entre mardi et vendredi, son taux est passé de 1500 à… roulements de tambour … 2200! Yeah ! Les internes la rassurent (parce que là, elle est à deux doigts de tomber dans les pommes), s’il y a une activité cardiaque, le taux en s’en fout, ça ne veut plus rien dire. Ah bon. Ben merde alors. »Nan mais vous êtes sûrs? Ça veut pas dire que je vais faire une fausse-couche? » Non. Ça ne veut pas dire qu’elle ne va pas en faire non plus. Elle n’a ni plus ni moins de risques qu’une femme avec une cinétique normale. La fille a un profil atypique (mardi dernier, le médecin li avait dit qu’il avait rarement vu des grossesses évolutives avec des taux aussi bas) et ils supposent une implantation tardive de l’embryon dans l’utérus (la vérité, c’est qu’ils ne comprennent absolument pas ce qui s’est passé).

Donc, on arrête les dosages BHCG, on arrête les aller-retours aux urgences, on ne veut plus y voir la fille (et c’est réciproque bien qu’ils aient tous été très sympas). Elle est priée de prendre contact avec l’obstétricien de son choix et de s’inscrire dans une maternité.

La fille a l’impression d’être une rescapée.

La fille qui avait le cul entre deux chaises 2 le retour

Putain, si la fille avait su qu’une grossesse extra-utérine était si compliquée à diagnostiquer, elle aurai choisi une grossesse intra-utérine évolutive.

Mince, c’est ce qu’elle avait fait.

Bref, on est pas encore rendu.

Aujourd’hui, la fille a refait une écho (tu aimes les endo qui durent des plombes? Fais donc une suspicion de GEU) et un dosage béta-HCG. Son taux continue de monter mais toujours (et de plus en plus) lentement. Il était de 1123 dimanche, il est de 1500 et des brouettes aujourd’hui.

A l’échographie, il y a deux images contradictoires dixit le médecin. D’après elle, il y un sac dans l’utérus mais aucune certitude sur le fait que ce soit un sac embryonnaire. Normalement, on devrait voir la vésicule vitteline mais là rien. Et évidemment dans ce sac, on ne distingue pas d’embryon. ce pourrait très bien être une poche de sang. Là où ça se corse, c’est qu’elle a la même image mais dans l’ovaire droit (oui, pas vers l’ovaire droit, pas sur l’ovaire droit, dans). Les trompes, elles, sont saines. Il y a donc trois possibilité :

  • l’embryon est dans l’utérus mais il est trop petit pour qu’on puisse bien le distinguer et la grossesse à très, très peu de chances d’être évolutives,
  • l’embryon est dans l’ovaire (une rareté, 1% des GEU) et il faut impérativement interrompre la grossesse avant qu’elle ne fasse des dégats,
  • il y deux embryons, un dans l’utérus et un autre dans l’ovaire (là, ça défit toute leur stat, surtout qu’on a transféré qu’un seul embryon) et il faut aussi interrompre la grossesse.

Ce qui complique grandement le dignostique, c’est que la fille a un utérus rétroversé (voilà, ce qu’on gagne à faire son originale) et des ovaires stimulés (ce qui fait qu’en gros, ils sont tout boursouflés, pleins de kystes et sanguinolents – miam) et que donc, on ne voit pas bien. Par ailleurs, la fille est asymptomatique (pas de douleurs ni de saignements). Ils ne veulent pas prendre le risque d’interrompre trop tôt une grossesse intra-utérine qui pourrait s’avérer évolutive (même si ça reste peu probable) et en même temps, à trop attendre, c’est l’ovaire de la fille et accessoirement sa vie qui sont en jeu.

Verdict, on refait un contrôle (PDS + écho) vendredi et si pas d’évolution, on la traite pour une GEU. Le traitement sera sans doute médicamenteux. Une injection intra-musculaire de méthotrexate, un produit qui stoppe la division cellulaire de l’embryon, ce qui entraînera une fausse-couche.  Super.

Ce matin, la fille croyait encore que son taux allait se mettre à doubler et qu’à l’écho, on allait voir un petit quelque chose dans son utérus. Aujourd’hui, elle voudrait que se soit fini. Elle continue de prendre son utrogestan et son acide folique mais à quoi bon? Il est claire qu’elle n’accouchera pas dans 8 mois, il est claire qu’à presque 5 semaines de grossesses, un embryon doit se voir à l’écho, il est claire qu’avec un taux de 1500 à 33 DPO c’est quasi-mort.

Maintenant,  la fille voudrait être à vendredi. Qu’on en finisse, bordel.

La fille qui avait le cul entre deux chaises

Toujours enceinte mais plus vraiment.

Vendredi, à l’écho une muqueuse « épaisse et homogène » mais vide. Une masse du côté de l’ovaire droit. « Forte suspicion de grossesse extra-utérine. » Mais la gynéco est pas sûre d’elle. « Présentez-vous dimanche aux urgences gynécologiques et obstétricales pour refaire un contrôle. »

Dimanche, la fille débarque aux urgences au milieu des femmes qui attendent d’accoucher. Echo faite par une interne puis par le chef de garde. C’est pas claire. Il y a toujours cette masse du côté de l’ovaire mais rien qui indique de façon certaine qu’il s’agit de l’embryon. Dans la cavité utérine, le chef trouve un sac minuscule (bien trop petit pour l’âge de la grossesse – 6 sa) et qui pourrait être un pseudo- sac. Pourtant son taux de béta-HCG continue de grimper même s’il est toujours bien trop bas et trop lent. « La cinétique n’est pas bonne » dirait le gynéco. Bref, il y bien un embryon quelque part mais on ne sait pas où (même si toujours forte présomption de GEU). Pour ne pas prendre de risque on demande à la fille de revenir le lendemain (aujourd’hui donc) pour refaire une écho avec un spécialiste. « Mais attendez qu’on vous appelle pour vous dire à quelle heure vous présenter. »

Aujourd’hui, 10h30, personne n’a appelé. C’est donc la fille qui prend son téléphone. Une infirmière : « je me renseigne et je vous rappelle ». 13h30, toujours pas de nouvelles. Elle va mourir.

Edit : Le spécialiste des échographies obstétricales recevra la fille demain matin. Sauf si entre temps, elle se vide de son sang ou qu’elle se roule pas terre de douleur. Là, ça peut vouloir dire que sa trompe a rompu et il faut donc qu’elle file direct aux urgences. Même à 3h du mat a dit l’interne. Oui, comme aux urgences donc.

La fille qui attendait encore et toujours

Appel de l’hôpital, le fille doit aller les voir vendredi matin pour refaire un dosage béta-HCG et surtout passer une échographie.

Va encore falloir attendre.

Sauf si la fausse-couche débarque avant.

Quitte à ce que tout ça se finisse dans un bain de sang, elle aimerait autant que ça aille vite.

Elle rêve d’une bière et d’une clope.

Elle rêve d’un truc qui clignote à l’écho.

Elle rêve de pouvoir appuyer sur la touche « avance rapide » sur le film de sa vie.

Voyons le bon côté des choses, vu tout ce qu’elle pleure depuis hier soir, il y a de l’espoir niveau blocage émotionnelle  C’est sa psy qui va être contente.

En attendant, la fille va racheter un pot de Nutella. Va savoir, peut-être que son embryon s’est mis en grève parce que ça fait plus d’une semaine qu’elle n’en a pas mangé.

Ouais, bon, on peut rêver.

De la relativité du temps

Vendredi soir :

L’homme : Je suis sûr que ça va passer super vite.

La fille : Quoi?

L’homme : Ben, ta grossesse. T’en es déjà à 3 semaines.

La fille : Mais ça fait qu’une semaine qu’on le sait. les deux premières semaines ne comptent pas.

L’homme : Ah oui…

La fille : …

L’homme : ….

La fille : …

L’homme : N’empêche, ça va passer vite.

Il ne pensait pas si bien dire. Taux du jour (bonjour) à 492. La fille est pas super forte en calcul mais en 8 jours, il n’a même pas triplé. Alors, elle sait qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant d’avoir parlé à son gynéco mais ça sent quand même bien la fausse-couche précoce ou mieux la grossesse extra-utérine (oh oui, une GEU! C’est tellement exotique). Elle est même pas dans les normes basses pour une grossesse de trois semaines.

Elle avait fait de gros efforts pour ne pas calculer de combien devait être son taux aujourd’hui et ignorer les crampes qu’elle ressent fortement dans l’utérus depuis deux jours, elle va sagement continuer à se mettre de l’utrogestan dans son dedans de elle et à prendre son acide folique mais la coeur n’y est pas.

La fille qui avait une nouvelle vie

La fille se rend compte qu’elle ne vous a pas parlé de ce coup de fil où sa vie a basculé. Elle aimerait pouvoir vous décrire ce qu’elle a ressenti à ce moment là mais en fait, il n’y a pas de mot pour ça. Ce n’est pas de la joie comme elle se l’était imaginé. C’est un mélange d’incrédulité, de soulagement, de peur et de pleins d’autres émotions qu’elle est incapable d’identifier.

Elle marchait dans une rue parisienne quand elle a reçu le coup de fil de l’hôpital. Elle n’a pas sauté de joie, elle n’a pas souris, elle n’a pas pleuré, elle juste dit merci 3 fois à le gynéco. Elle a juste ouvert de grands yeux étonnés et s’est dit « Oh putain, c’est pas vrai » (mais un putain heureux, dans le sud natal de la fille, le putain va avec toutes les émotions bonnes ou mauvaises). Autour d’elle, Paris est resté Paris. Elle a regardé son téléphone en se demandant ce qu’il fallait qu’elle fasse maintenant. Ah oui, appeler l’homme. Putain, comment on fait pour appeler déjà. Voilà, il décroche.

La fille : L’hôpital vient de m’appeler. J’ai les résultats.

L’homme : Et?

La fille : C’est bon, c’est posifif.

L’homme : Oh putain (il est du sud aussi), c’est pas possible.

La fille : Ben si.

L’homme : C’est sûre? Ils ont pas pu se tromper de personne?

La fille : Ils m’ont appelé Madame La fille. A moins qu’ils en aient plusieurs, c’est moi.

L’homme : Oh putain.

La fille : Ouais. C’est bizarre, je me sens complètement larguée là.

L’homme : Ouais, moi aussi. J’y crois pas. C’est super.

La fille vous épargne la suite de la conversation qui a tourné autours des thèmes « c’est bizarre », « c’est super » et « oh putain ». La fille n’a toujours pas réalisé (et elle pense qu’elle ne réalisera jamais). D’ailleurs, c’es tant mieux parce que quand elle réalise, elle flippe. La psy lui avait dit qu’elle est « émotionnellement bloquée ». Vous vous contenez trop la fille. C’est sans doute vrai parce qu’en dehors des moments où elle gogolise compulsivement pour se rassurer, elle est complètement déconnectée.

Ceci dit, il y a des choses qui ont changé. Des choses qui lui rappelle que tout n’est plus comme avant (7 jours). Dans sa nouvelle vie, la fille :

  • se tâte les seins vingt fois par jour;
  • va aux toilettes 10 fois par jour pour vérifier que c’est bien l’utrogestan qu’elle sent couler;
  • se répète que le taux de béta-HCG n’est qu’un indicateur et que tant qu’il augmente, c’est bon;
  • se demande si elle peut manger du conté au lait cru qui est un fromage à pâte cuite. Mais au lait cru. Mais à pâte cuite;
  • fait des recherches sur le risque de contamination par un chat de la toxoplasmose;
  • pose parfois la main sur son ventre et sent les intestins gargouiller;
  • porte des soutiens-gorge un peu trop petit mais n’ose pas en acheter de nouveaux;
  • n’achète que du PQ blanc;
  • sait pourquoi elle prend de l’acide folique;
  • prend rendez-vous pour une échographie obstétricale. Putain OBSTÉTRICALE ! Pour une fois on ne va ni lui compter les follicules, ni mesurer son endomètre;
  • est contente d’être fatiguée;
  • se sent parfois légèrement nauséeuse (tellement légèrement, qu’elle se demande si c’est pas un peu dans sa tête) et annonce ça à l’homme comme si elle venait de réussir son bac;
  • se demande si la grossesse démarre quand la fécondation a eu lieu (le 28/09) ou le jour du transfert (le 01/10);
  • se dit « putain la fille, tu est en train d’écrire grossesse en parlant de toi ! »
  • se pose des questions sur les risques de fausse-couche et d’accouchement prématurés liés à sa conisation;
  • se demande s’il faut qu’elle prenne rendez-vous avec un gynécologue-obstétricien et si oui, qui;
  • vit en permanence connectée avec ce qui se passe du côté de son utérus (des spasmes, des douleurs de règles, des tiraillements);
  • kiffe l’utrogestan même s’il ruine ses culottes et complique un poil sa vie sexuelle;
  • pense à son prochain frottis en décembre et espère vraiment que celui-là sera normal;
  • roulerait bien une pelle au Dr Colpo et même (ça doit être les hormones) au Professeur;
  • boit du Perrier quand elle sort et l’explique par une prise d’antibiotique;
  • a beaucoup de mal à se concentrer sur ses lectures, du coup s’est pris des romans vraiment  (mais vraiment) faciles d’accès à la bibliothèque (genre chick litt, elle a honte)(elle qui voulait lire l’Ulysse de Joyce, c’est même pas en rêve);
  • apprend à concilier prudence et rêve éveillé.