La fille qui avait passé une drôle de journée

8h00 : La fille se lève l’haleine fraîche telle la rosée du matin, le teint éclatant et le cheveux doux et soyeux.

Ah non, pardon, on la refait.

8hoo : La fille s’arrache du lit l’haleine fétide, la gueule enfarinée et le cheveux gras et terne.

8h15 : La fille est sous la douche et tente vainement de reprendre forme humaine. Ah purée, le néon de la salle de bain vient de mourir. Flûte  comment va-t’elle pouvoir parfaire son maquillage nude? Ah ben, elle ne va tout simplement pas se maquiller. Comme les 364 autres jours de l’année. Plus nude, tu meurs.

8h19 : La fille cherche un jean propre. Elle n’e trouve pas. Bon, ben, elle va en récupérer un dans le panier à linge sale.

8h20 : La fille cherche une paire de chaussettes propre Et non trouée. Ça n’existe pas. Elle arrive quand même à en dégoter une paire propre mais trouée.

8h23 : La fille songe que le Chat n’a pas encore réclamé sa bouffe. C’est normal, il est à l’hôpital des chats (chez le véto quoi) où ils tentent (les vétos) de lui sauver la vie rapport au fait qu’il a une insuffisance rénale aiguë.

8h24 : La fille se prépare son petit déjeuner.

8h36 : La fille petit-déjeune. Elle prend son acide folique et elle est très fière d’elle de ne pas l’avoir oublié.

8h58 : La fille se lave les dents.

9h02 : La fille allume la télé et tombe sur les maternelles. Le thème  d’aujourd’hui : les grands-parents. Un grand père dit qu’il a été très heureux d’apprendre que sa fille était enceinte parce que « les enfants, c’est la vie ». Ok, la fille a pas de vie, merci pépé.

9h26 : Le téléphone de la fille sonne. C’est le labo de l’hôpital. L’embryon a bien tenu à la décongélation, la fille peut radiner ses fesses. Autant, la journée va être bonne.

10h42 : La fille est dans le train. Oh merde, elle a oublié de mettre son utrogestan ce matin.

10h43 : Oh merde, elle a oublié de prendre les deux comprimés de spasfon qu’on lui avait dit de prendre 2h avant le transfert.

10h44 : Oh merde, elle a oublié de prendre la boîte de spasfon et elle ne pourra donc pas prendre les deux comprimés qu’on lui a dit de prendre 2h après le transfert.

11h26 : La fille arrive à l’hôpital. Elle s’assied dans la salle d’attente, sort sa bouteille de Perrier et boit un coup pour garder sa vessie bien pleine.

11h28 : Elle sort son magazine et commence à lire.

11h31 : Le biologiste appelle la fille. Quoi? Déja? Mais depuis quand on vous prend à l’heure dans cet hôpital? Non mais sérieux, c’est abusé la fille a même pas eu le temps de finir son article.

11h33 : La fille présente sa carte d’identité au biologiste ainsi que la photocopie de celle de l’homme et une bafouille de sa main (à l’homme) disant qu’il est d’accord pour qu’on décongèle et qu’on transfert un embryon même s’il est en train de se faire chier à bosser dans un pays où les magasins ferment à 17h30, le Luxembourg.

11h35 : Le biologiste dit que l’embryon est parfait. Huit cellules. Encore plus beau que celui de TEC 1. La fille se demande pourquoi c’est pas celui-là qu’on lui a mis en premier alors.

11h36 : La gynécologue (une nouvelle que la fille connaissait pas encore) et son interne viennent dire bonjour à la fille. « On vous laisse vous préparer et on revient. Vous n’enlevez que le bas. » Ah bon, t’es sûre? Non parce que la fille était chaude pour l’intégrale là. Tu veux pas voir ses nichons comme ils sont beaux?

11h37 : La fille est en position gynécologique. Elle remarque quand dans la salle de transfert qui est aussi une salle de recueil trône une tété sur laquelle est inscrit « gracieusement offerte par Marc Dorcel ». On s’emmerde pas dans à l’hôpital  publique, on se fait offrir des télés par le Spielberg français du film porno.

11h38 : La gynécologue et son interne reviennent. Aujourd’hui la fille a droit à une transfert sous contrôle échographique. Wouhou. Bon en fait, la fille a pas vu grand chose parce qu’elle parlait au moment où l’embryon a rejoint son dedans de elle. Mais elle a eu droit à une photo. Wouhou bis.

11h50 : La fille se rhabille et descend à la caisse filer son tout nouveau 100% stérilité (le troisième). Ils ont vu large à la CPAM  parce qu’il est valable jusqu’en 2018. La vache, d’ici là, on aura changé de président, ça leur en laisse du temps pour faire des FIV.

11h55 : La fille envoie un texto pour souhaiter un joyeux anniversaire d’eux deux à l’homme  (14 ans tout de même). L’homme demande un bébé et un chat vivant comme cadeau. La fille décide de marcher jusqu’à République (Répu comme disent les Parisiens) parce qu’il fait beau. Pas chaud mais beau (on peut pas tout avoir).

12h10 : La fille appelle la clique vétérinaire pour prendre des nouvelles du chat. Il va mal, très mal. On lui demande de passer dans l’après-midi « pour parler de la suite ». Ça sent mauvais pour le cadeau de l’homme.

14h19 : La fille est dans le train à destination de Labrousse.

16h30 : La fille est chez le vétérinaire. Bon, en un mot comme en mille, le chat est train de mourir. Toute la question est de savoir si on attend un peu pour l’euthanasier ou si on le fait maintenant. L’homme étant chez les sauvages luxembourgeois (tu le crois, toi? Les magasins ferment à 17H30 ! Dans la capitale !!), la fille aimerait bien qu’on attende un peu. Véto n°1 propose qu’on laisse le chat sous perf pendant une journée de plus voir si jamais son état s’améliore un peu (on peut rêver) et éventuellement tenter un retour au foyer jusqu’à ce que l’homme rentre pour lui dire au revoir (il va être content). Véto n°2 ne comprend pas comment il a pu choper une atteinte aussi sévère des reins car c’est un chat jeune (4-5 ans). La fille pense avoir trouver une explication. Ils vivent au dessus d’un ancien cimetière indien. Ou un site d’enfouissement de déchets radioactifs, elle hésite. Elle ne peut même pas faire un câlin à son chat tellement il veule et crache quand elle l’approche (preuve qu’il va mal parce que normalement c’est un chat glu).

17h28 : La fille est de retour chez elle. Elle a les yeux qui se mouillent et la gorge qui se sert. La bonne nouvelle c’est que pendant qu’elle pleurera son chat, elle sera moins concentrée sur ce qui se passe (ou pas) dans son utérus. Et puis se sera une source de contamination potentielle à la  toxoplasmose en moins. Le prochain animal de compagnie qu’ils prendront, il sera empaillé comme ça ils sont sûrs de le garder longtemps.

 

La fille qui devenait speakerine

Mercredi soir, sur France 4 à 22h25 sera diffusé un reportage sur l’infertilité.

Ça s’appelle « Quand l’enfant se fait attendre« . Si la fille t’en parle, c’est parce que pour une fois, le sujet a l’air traité sans sensationnalisme et avec intelligence (enfin, à vérifier, la fille n’a vu que la bande d’annonce qu’elle vous a mis en lien).

En plus c’est avec Irouwen en Guest Star (elle témoigne avec son mari, quoi). Sauras-tu la reconnaître?

Allez, bonne soirée.

La fille qui était à la recherche de son enthousisame

« Le secret de la réussite, c’est d’aller d’échec en échec, sans perdre son enthousiasme »

Wiston Churchill

Bon, après un test de grossesse négatif samedi matin, après l’arrivée des règles hier et la prise de sang d’aujourd’hui qui dit « taux inférieur à 2 UI », il semblerait que ce soit foutu pour ce TEC.

Qu’à cela ne tienne, l’enthousiasme de la fille n’est pas loin, il suffit juste qu’elle remette la main dessus.

Un grand merci pour vos gentils mots et vos pensées.

Sept excellentes raisons d’aimer l’Utrogestan

Raison n°1 : Quoi de plus vivifiant que se carrer un doigt dans le vagin deux, trois, quatre fois par jour (quand on aime on ne compte pas)? On ne répétera jamais assez qu’il est très important de bien connaitre son corps. Avec les tampons sans applicateurs, les coupes menstruelles et la masturbation, l’Utrogestan est une belle occasion de visiter ton dedans de toi.

Raison n°2 :  C’est dans l’esprit de Pâques. Mais si tu sais, les oeufs, tout ça. L’Utrogestan, c’est des ovules donc des oeufs (prend pas cet air dégoûté, quand tu manges une omelette, tu manges des ovules de poule et ça ne te dérange pas pour autant). D’ailleurs pourquoi offre-t’on des poules en chocolat aux gosses à Pâques? Parce qu’elles pondent des oeufs (tous comme les lapins et les cloches).  Pour égayer cette fête ô combien conventionnelle, nous te conseillons de cacher des ovules de Progestérone dans ton jardin : effet garantie (attention toute fois à ce que les gamins de tes amis fertiles ne les avalent pas, ils sont un peu crétins).

Ça ressemble bien à des oeufs, non?

Ça ressemble bien à des oeufs, non?

Raison n° 3 : C’est une façon comme une autre de nouer le dialogue avec ton pharmacien et de te  faire une réputation d’enfer dans ton village (Plouc/Oise). Exemple vécu : – Bonjour Monsieur le Pharmacien, je voudrais de l’Utrogestan, s’il vous plait. – Mais bien sûr Madame [la personne a souhaité rester anonyme], vous savez comment ça s’utilise? – Oui, monsieur le Pharmacien, je connais. – Bien, alors, VOUS PRENEZ UN OVULE MATIN ET SOIR. SURTOUT VOUS L’ENFONCEZ BIEN AU FOND DU VAGIN. VOUS POUVEZ L’HUMIDIFIER UN PEU POUR QUE ÇA RENTRE MIEUX. PRÉVOYEZ DES PROTECTIONS PARCE QUE ÇA COULE. Des questions? – Heu, non, ça va aller. Tiens, bonjour Madame Trucmuche, bonjour Monsieur Tartempion. Vous êtes là depuis longtemps? Belle journée, n’est-ce pas?

Raison n°4 : C’est un excellent lubrifiant. D’ailleurs le poète Francky Vincent ne s’y est pas trompé quand il chantait « Utro, ça glisse au pays des merveilles, Utro, ça glisse, c’est du savon de Marseille« . En plus, c’est remboursé par la Sécu. Que demande le peuple? (Petite précision tout de même, l’Utrogestan ne se prend que par voie orale ou vaginale, jamais par voie rectale).

Raison n°5 : C’est l’occasion rêvée de ressortir tes vieilles culottes en coton avec des petits oursons mignons imprimés dessus. Tu vas quand même pas risquer de foutre en l’air tes strings Aubade ou Chantal Thomas à 100€ le cm² de dentelle? Non, la culotte en coton que tu n’oses plus porter depuis que tu es en couple s’impose. Et c’est tellement plus confortable. Si ton homme râle, tu peux l’autoriser à remettre ses vieux slips Kangourou en flanelle.

Raison n°6 : Tu rêves de savoir ce que ressent une femme enceinte. Grâce à l’Utrogestan, tu vas le savoir : fatigue, nausées, maux de tête, seins tendus et douloureux, tiraillements dans l’utérus, retard de règles.

Raison n°7 (the last but not least) : Ça fait pousser les nichons. La preuve par l’image :

La fille sans Utrogestan

La fille sans Utrogestan

La fille avec Utrogestan (oui, ça lui donne aussi un un air asiatique)
La fille avec Utrogestan (oui, ça lui donne aussi un un air asiatique)

PS : Son utérus contracte comme un malade malgré le spasfon, elle a pris deux kilos, ses seins restent désespérément mous et indolores (malgré l’effet push-up de l’utro), elle a un ventre énorme à  cause des hormones, elle écoute en boucle des chansons de dépressifs, bref, la fille pète le feu.  Elle a quand même vérifié que la robe qu’elle a choisi pour le mariage de ses potes en juillet pourrait contenir un éventuel ventre de femme enceinte de 4 mois (la réponse est non, elle l’a achetée quand même). 

La fille qui avait un début de vie dans son dedans elle

La fille va chercher ses résultats au laboratoire. Sur le trottoir elle ouvre l’enveloppe : le taux est de 456 (whaou, ça c’est du taux!). Elle décide d’aller passer une échographie à l’hopital car on est jamais trop prudent. Au vu de son énorme bide, c’est sûr qu’elle a un bébé dans son ventre. D’ailleurs elle le sent bouger. C’est le Professeur qui lui fait l’écho (sub-pelvienne, siouplé). La fille lui dit : ça doit être un garçon parce qu’il est très gros (logique implacable). Le  Professeur fixe l’écran et ouvre de grands yeux. La fille se dit qu’il y en a peut-être plus d’un (ce qui expliquerait qu’à 15 jours de grossesse, elle est le ventre d’une femme enceinte de 6 mois). Il se tourne farfouille dans un tiroir, puis Il se retourne un scalpel à  la main (au passage elle constate qu’il a du sang sur sa blouse) et lui dit : C’est pas un bébé que vous avez, c’est une tumeur (ça bouge les tumeurs?), je vais devoir vous opérer tout de suite et je vous prévient, j’ai pas le temps de faire une anesthésie.

La fille se réveille sauvée de la boucherie par la sonnerie de son réveil. Bien, c’est jour de TEC, elle trouve que c’est typiquement le genre de rêve qui aide à se détendre (elle n’aurait peut-être pas du interrompre sa psychothérapie). Ceci dit, c’est bien, si elle a un peu de mal à mettre des mots sur ses angoisses de grande névrosée, son inconscient s’exprime pour elle.

A onze heure, l’homme et la fille se retrouvent devant l’hôpital et grimpent jusqu’au premier étage. On reconnait les couples en attente de transfert au fait que les femmes ont toutes une bouteille à la main. La fille dit à l’homme qu’elle espère qu’on ne tardera à venir les chercher parce qu’elle a une sacrée envie de pisser. L’homme : ben t’as qu’à aller aux toilettes. La fille : non je peux pas, je dois avoir la vessie pleine. L’homme : pourquoi? La fille : j’en sais rien, t’auras qu’à poser la question au médecin.

On les appelle et la biologiste les emmène dans la même salle que lors du premier transfert. La biologiste : ils vous reste deux embryons, un J3 et un bastocyte. L’homme : Ah bon? mais on avait trois! La biologiste : Oui, et là, il vous en reste deux. L’homme : L’autre n’a pas tenu? La biologiste : Si, c’est pour ça qu’il vous en reste deux. L’homme : Et du coup, vous aller en décongeler un autre? La fille : La dame dit qu’il y en a un qui attend d’être replacé et deux toujours au congélo. La biologiste : Voilà, c’est ce que je dis. L’homme : ? La fille : Ta gueule. La biologiste : Je ne vous le fait pas dire.

Cette fois-ci, ils remarquent que c’est aussi une salle de recueil, les consignes d’hygiène sont collés au-dessus d’un petit lavabo. La fille : Ils auraient pu mettre une glace, il y a peut-être des mecs que ça existe de se regarder en train de se palucher. Au regard consterné de l’homme, il semblerait que non, ça n’excite pas les mecs.

La fille s’installe, un petit en drap en papier pour recouvrir sa nudité et ils attendent que le gynécologue arrive. L’homme : Ça va, t’es bien? Tu prends l’air? La fille : Hahaha, t’es drôle (note pour plus tard, quitter l’homme). La gynécologue (qui est la même que lors du premier transfert) arrive  et félicite la fille pour sa très bonne réponse au traitement, ils sont très contents (c’est qui ils?). L’homme aussi du coup, il la couve d’un regard empli de fierté. La fille précise qu’elle a aussi d’excellentes dents, jamais une carie mais étrangement tout le monde semble s’en moquer (alors que les dents, c’est important).

Face à tant de bonne humeur, l’homme décide de poser LA question qui le préoccupe depuis 20 minutes : Pourquoi la fille doit-elle avoir la vessie pleine? La gynécologue : C’est une excellente question (l’homme a un sourire de fayot). C’est parce que l’utérus est anté-versé, il est couché sur la vessie et quand celle-ci est pleine, il se redresse et du coup on a plus de faciliteé passer le col. L’homme : Elle a un utérus rétro-versé. La gynécologue : Bah, alors, ça sert à rien. L’homme et la gynécologue : Hahaha! La fille : …

La biologiste arrive avec l’embryon dans son cathéter. La gynécologue procède au transfert sans problème (grâce à son utérus rétro-versé donc) puis rend le cathéter à la biologiste. Maintenant, on va vérifier si les embryons sont bien en place (il arrive parfois qu’ils restent collés dans le cathéter). L’homme et la fille : Les ??? La gynécologue : Pardon, l’embryon, c’est l’habitude. Dans 75% des cas, on en remet deux, c’est pour ça.

Oui, l’homme et la fille ont décidé de n’en remettre qu’un (alors que la biologiste qu’ils ont eu au téléphone était prête à en décongeler deux). Leur raisonnement est le suivant : la fille a un col amputé d’une partie de lui-même, cette amputation augmente les risques d’accouchement prématurés (surtout suite à un cancer de l’endocol car la hauteur de col prélevé est plus importante), les grossesses multiples sont des grossesses à risques (notamment en raison des fréquentes prématurités), ménageons le col de la fille. Et puis les poussettes doubles coûtent un bras (argument massue s’il en est). Il est entendu qu’ils reconsidéreront la question à la prochaine FIV (si FIV il y a).

En attendant, la fille couve un très bel embryon (dixit la biologiste) (ben ouais, comme sa mère a envie de rajouter la fille) (l’homme soupire). La gynécologue a conseillé à la fille de reprendre une activité normale mais d’éviter les efforts pendant deux jours. Genre ne faites-pas de sport. Du Sport? Mais quelle idée saugrenue. Pourquoi la fille ferait-elle du sport? Aucun risque.

Verdict dans 13 jours. Enfin 14, parce que dans 13 jours, ça tombe un dimanche.

La fille qui avait son injection d’ovitrelle

Mardi soir, l’homme et la fille sont devant leur écran télé. Il neige, c’est le bordel, des gens n’ont plus électricité, d’autres doivent dormir dans leur voiture sur l’autoroute. L’homme dit qu’il espère que la fille pourra se rendre à son monitorage le lendemain  La fille répond qu’elle s’en fout, qu’on verra bien, que si elle est bloquée à Labrousse, elle appellera son centre et qu’ils ne vont pas lui chier une pendule parce que les trains ne circulent pas. L’homme préfère ne rien dire (brave homme).

Mercredi matin, le RER de 6h15 arrive à 6h45 en gare de Labrousse et ça tombe bien parce que le train de 6h45 lui est annoncé avec 30 minutes de retard. Finalement, elle arrive à l’hôpital dans les temps. C’est encore le Professeur qui est de corvée d’échographie. Chose surprenante, ce matin Il est presque aimable. Deux fois d’affilée, c’est suspect. Elle se dit qu’Il a du se trouver une nouvelle gonzesse et qu’elle doit lui faire des turlutes d’enfer. Grand bien Lui fasse.

La fille se déshabille, grimpe sur la table et c’est parti mon kiki (façon de parler). A droite, nous avons donc deux très beaux follicules (putain, c’est énorme, elle a l’impression d’être la Rocco Siffredi du follicule) et à gauche un moins beau (mais 16 mm quand même). Au milieu, nous avons l’endomètre qui culmine à 9,8 mm (putain, c’est énorme, elle a l’impression d’être la Lolo Ferrari de l’endomètre). Le Professeur dit « c’est bien, on va pouvoir déclencher ce soir« . Attention, la fille te la refait : Le Professeur a dit « C’est bien ». Genre, ça fait 3 ans qu’elle Le connait et c’est la première fois qu’elle L’entend dire « C’est bien ». Jusqu’ici le truc le plus sympa qu’Il lui avait dit c’était « 34 ans c’est pas catastrophique mais faut pas trop traîner non plus » (c’était il  y a plus d’un an). Du coup elle l’a noté sur son agenda : « aujourd’hui mercredi 13 mars 2013, à 8h32 le Professeur m’a fait un compliment! A moi!! ! <3 ❤ <3″.

Bon, ok, va pas casser son délire. Elle sait très bien que c’est pas elle qu’Il a félicité mais sa matrice. Et puis ça voulait sûrement dire un truc du genre « Je suis un putain de bon gynéco, je les fait ovuler comme des vaches en chaleur. Je vais toute les foutre en cloque. Je m’aime, je suis un génie et j’emmerde le monde! » mais à chaque fois que la fille va à un monitorage elle a l’impression de passer le Bac. Là, elle a eu une mention (pas comme le vrai Bac qu’elle a eu aux rattrapages). Du coup, ça l’a mise de bonne humeur. Sinon, elle a aussi bien aimé le « on va déclancher ce soir.  » On? Quel on? Professeur que c’est Toi qui va venir me piquer à l’ovitrelle dans mon chez moi? Non, LA fille va SE déclencher SON ovulation toute SEULE. Toi, Tu déclenches rien du tout. De toute façon, elle savait déjà qu’Il allait lui demander de passer à l’Ovitrelle (franchement, elle aurait pu faire gynécologue, c’est pas trop facile comme métier).

Ensuite, elle se rend à la prise de sang. Nadine a une tête de déterrée. Pas un sourire, pas une blague, pas un mot gentil. Elle sait pas c’est  si parce qu’elle a une gastro et qu’elle est très concentrée pour ne pas lui vomir dessus (ce dont la fille lui est infiniment reconnaissante) ou si c’est parce qu’elle est préoccupée par les élections papales mais ça n’a vraiment pas l’air d’aller fort. Pendant ce temps, Bernadette demande à la fille ce que Lui a dit Le Professeur. La fille répète les consignes : déclenchement le soir même (qu’elle va SE faire ELLE-même), Utrogestan à partir de Vendredi matin, transfert Lundi. Bernadette rajoute que 13 jours après le transfert, il faudra qu’elle fasse sa prise de sang même si elle a ses règles (peu probable, elle a jamais eu ses règles sous utro). « Si ça  tombe un samedi ou un dimanche, vous pouvez attendre le lundi pour  la faire, on est pas à un jour ou deux près.  » Toi, peut-être mais la fille si. Alors t’es gentille Bernadette mais la fille ira faire sa prise de sang 12 jours après le transfert et puis c’est tout.

Ensuite Bernadette précise que désormais son dossier va être filé son dossier au laboratoire, que ce sont  eux qui l’appelleront pour pour lui donner l’heure exacte du transfert et que donc c’est pas la peine de harceler les infirmières au téléphone  si elle a pas de leur nouvelle. Alors la fille tient à dire que c’est pas son genre d’harceler les gens. Infirmières ou pas. La fille c’est la personne la moins dérangeante du monde. Quand on pensait qu’elle faisait une GEU, on lui avait dit « surtout si vous avez très mal ou si vous saignez vous ramenez vos fesses aux urgences direct« . Un soir, elle a eu mal à son ovaire (celui du côté de la supposée GEU) et elle a préféré se gaver de paracétamol et attendre son rendez-vous aux urgences le lendemain matin parce qu’elle se roulait pas par terre en hurlant à la mort alors on va pas y aller pour rien (au pire, elle risquait quoi à part mourir?). Dans le même genre, quand elle a été hospitalisée pour sa fausse-couche, c’est sa voisine de chambre qui a appelé l’infirmière quand la fille a eu super mal parce que la fille. Quand celle-ci est arrivée, elle lui a demandé « sur une échelle de 1 à 10, vous avez évaluer votre douleur à combien?« . Spontanément la fille aurait bien répondu « 49, achevez-moi, j’en peux plus » mais comme il doit y avoir forcément des douleurs pires que celles d’une fausse-couche (ce dont elle ne sait rien vu qu’elle n’a pas connu pire en terme de douleur), elle a répondu 8. Et quand un peu plus tard elle est sortie des chiottes où elle avait failli s’évanouir, elle a dit qu’elle allait mieux pour pas inquiéter sa voisine (qui avait pris les mêmes doses de Cytotec qu’elle et qui n’a pratiquement pas eu mal) (« ah oui, je sens que ça travaille un peu, ça tire dans l’utérus« ) (« Si ça tire dans l’utérus, ça veut dire que t’as l’impression qu’on t’as scié en deux et qu’on te verse de la lave en fusion dans les entrailles, alors  moi aussi ça tire un peu. Maintenant, arrête de me parler faut que je me souvienne comment on fait pour respirer.« ). Tout ça pour dire que Bernadette peut être tranquille, la fille va rester bien sage à vérifier si son téléphone capte depuis sa douche, ses toilettes,  son lit, sa cuisine, le super marché, chez Gogo et Mimi, dans le cul de l’homme mais elle n’appellera pas.

Le soir la fille s’est injecté l’Ovitrelle à 20h30 (sans Le Professeur donc même  si elle ne doute qu’Il est avec elle par la pensée) (à moins qu’Il ne soit en train de se faire turluter par sa nouvelle gonzesse) (du moins elle espère qu’Il ne pense pas à elle quand Il se fait turluter). Le Professeur a dit 19h, la fille a dit « je suis une rebelle, je me  pique quand je veux  et moi aussi j’emmerde le monde. » (ok, elle Lui a pas dit en vrai mais elle l’a pensé très fort).

Demain, la fille commence la journée par un doigt dans la chatte. Joie. Au passage, elle t’informe qu’elle a oublié de se racheter des protèges-slip (si elle y tient, ça lui fait plaisir). Bon appétit bien sûr!

Nota bene : Tu trouvera peut-être que la fille est très branchée cul ce soir. C’est normal, elle triple-ovule. L’homme approuve l’Ovitrelle. 

La fille qui était de retour en PMA

Lundi 11 Mars 2013

Elle quitte Labrousse sous la neige, elle arrive à Paris sous la pluie. Elle remonte son col, il fait un froid de canard. Elle salut la fille qui distribue les exemplaire de Métro à la sortie du métro, elle jette un coup d’oeil au ciel gris et sombre. Au loin, elle voit son hôpital qui se dessine. Il est toujours aussi moche. Elle arrive au deuxième étage, inscrit son nom sur la liste et s’installe dans la salle d’attente. Elle reconnait la voix de Nadined. On est lundi, ça doit être le Professeur qui fait les échographies. Il flotte une odeur de café, elle s’en serait bien pris un à la machine du premier mais elle n’a pas de monnaie. Elle sort de son sac son gros livre et regarde l’heure à sa montre.

Il est 7h30, elle est de retour en PMA.

Une des infirmières des urgences gynécologiques qu’elle aimait bien passe devant elle et lui sourit. Est-ce qu’elle la reconnait? La fille se souvient de tout. De l’attente au milieu des femmes enceintes, des prises de sang, des échographies qui durent des plombes, des mines perplexes des médecins, de cette grossesse dont tout indiquait qu’il allait falloir l’arrêter. Elle se souvient du battement cardiaque inespéré sur l’écran de l’échographe, de son sentiment que s’il avait réussi à faire son nid en dépit de la mauvaise cinétique des b-HCG, c’est qu’elle avait un sacré petit embryon dans son dedans de elle.

Il est 8h00, elle est de retour en PMA.

Le Professeur a commencé les échographies. Les patientes défilent, celles qui attendent lisent des magasines, pianotent compulsivement sur leurs smartphones mais personne ne se parle. Arrive son tour. Il est de bonne humeur, Il est presque souriant. Pendant qu’Il fait Son topo sur le protocole en court (J8, 7 jours de stim, premier contrôle), elle se déshabille. Elle s’installe sur la table d’examen, les jambes écartées. Elle a pris soin de mettre des chaussettes sans trous. L’échographie commence. Malgré Sa froideur, il y a une chose qu’on ne peut pas enlever au Professeur, c’est qu’Il manipule la sonde avec une infinie délicatesse. On commence par l’ovaire droit. Elle distingue deux gros follicules, ce qu’Il confirme. Ils font 16 et 13 mm. D’après Lui, ça va aller vite. On passe à l’endomètre. Elle distingue parfaitement ses trois feuillets. Il pousse bien (8 mm). Au tour de l’ovaire gauche. La ça se complique. Le Professeur a du mal à le trouver. Elle Le voit qui fait le grimace. Il y a bien un follicule mais il est franchement petit (même elle lui trouve une sale tête). Le Professeur dit que c’est pas grave, que tout ce qu’on cherche c’est à la faire ovuler, pas à ce qu’elle fasse beaucoup de follicules. Elle doit commencer l’orgalutran en plus du puregon le soir même. Nouveau contrôle mercredi. « C’est bon pour vous, vous pourrez être là?« . Elle est surprise, depuis quand on peut choisir ses jours de contrôle en fonction de ses disponibilités? Même si elle pense que la question était pure formalité, c’est con mais ça la touche. Pour un peu, elle L’aimerait bien son Professeur (Un effet des hormones?).

Il est 8h30, elle est de retour en PMA.

Elle reprend sa lecture. Une femme enceinte vient se poser dans la salle d’attente. Une dizaine de paires d’yeux se braque alors sur son gros ventre. C’est l’heure où se mélangent deux mondes qui d’habitude s’ignorent, celui de la PMA et celui de la maternité. Elle est appelée pour sa prise de sang. Elle a Nadine et Paulette, ses deux infirmières préférées, pour elle toute seule. Nadine fait ses blagues habituelles et Paulette dit « si avec ça, vous nous faites pas un beau bébé« . Elle se dit qu’elle en avait un de beau bébé, qu’il devrait encore être dans son ventre et que c’est un peu bizarre de penser qu’on va lui en mettre un autre à la place. Nadine s’exclame « vous êtes parfaite, Madame la fille!« . Ce sont elles qui sont parfaites, qui apportent un peu d’humanité et de légèreté dans ce monde de bruts. Avant de quitter l’hôpital, elle passe à la caisse pour leur donner le papier que lui ont filé les infirmières  Même pas  besoin de présenter son 100% stérilité ou sa carte vitale, on l’a connait maintenant. Un étage en dessous, c’est le CECOS, là où dorment ses trois embryons congelés (Appelez-là Courgeault). Dehors, il pleut et il fait toujours froid.

Il est 9h15, elle est de retour en PMA.

La fille qui commençait bien

Hier, la fille a eu ses règles, signant ainsi le début de son TEC.

La fille t’as dit qu’elle a pas envie? Oui? Ça s’est confirmé tout à l’heure.

Hier elle a envoyé un mail aux infirmières de son service PMA pour les prévenir qu’elle commencerait son traitement ce soir. Réponses des infirmières : injection de Puregon 100 UI à faire entre 18 et 19h30. A la lecture du-dit mail la fille se dit : « oh, ça va, je suis pas débile, je sais lire une ordonnance, c’est pas la peine de me répéter ce que je sais déjà« . Puis, elle se remet à bosser son dossier de VAE (validation des acquis).

18h, elle a petit creux et va se servir un morceau de fromage sur du pain (très bon le pain, aux noisettes et au raisin).

19h, elle reçoit un appel de sa môman.

20h, elle se tâte à attendre l’homme pour bouffer puis elle se souvient qu’il finira le boulot très tard, donc elle se décide à mange sans lui. Fait chier, elle  peut pas se faire le cassoulet sans lui, il va faire une jaunisse. Ce sera soupe.

20h30, elle est retournée à sa VAE. Le chat fait une crise d’asthme (oui, c’est possible). Elle se demande s’il va clamser là, maintenant, tout de suite. Finalement, non. Par contre, il peu toujours autant de la gueule. Elle se promet de lui changer sa marque de croquettes.

21h, « OH MERDE J’AI OUBLIE LE PUREGON!!! »

Voilà, voilà, voilà…

Elle s’est donc fait son injection avec 1h30 de retard. C’est pas la fin du monde mais ça en dit long sur sa motivation. Elle retire ce qu’elle a mentalement dit aux infirmière de son centre. Elle est débile.

Premier contrôle lundi 11 mars. Chouette, une écho endo-chattale !

Un message de V. alias La Grenouille

Suite au billet de la fille concernant l’hypocrisie de la circulaire sur le don d’ovocyte  à l’étranger et ces conséquences désastreuses sur les gens, vous avez été nombreuses à réagir et à proposer votre aide à V. l’amie de la fille. Elle a tenue à vous écrire ce mot pour vous remercier. Elle l’avait laissé dans les commentaires mais il serait peut-être passé inaperçu alors le voici en exclusivité mondiale.

Bonjour,

je suis V. l’amie de La Fille. Je voulais vous remercier pour vos messages de soutien et pour les dons de médocs. Je suis vraiment très touchée de ce que vous faites. En plus, cela m’a donné l’occasion de faire de bien jolies rencontres. Je suis infiniment reconnaissante à La Fille et à toutes les filles de PMAland.

J’ai moins de 42 ans (à peine), j’ai donc droit à cette prise en charge (normalement). Le plus dur, c’est de se faire claquer la porte au nez par PLUSIEURS médecins en qui j’avais confiance. Non seulement, il faut se procurer les médocs mais en plus, il faut partir à l’aventure puisque pas de suivi, pas de prise de sang pour contrôler les taux d’hormones, pas d’écho pour vérifier l’endomètre. L’État Français, nous laisse ainsi nous aventurer sans assumer son rôle (et le serment d’Hippocrate alors???).

Personnellement, si je suis dans cette situation aujourd’hui, c’est parce qu’il y a 25 ans, on ne m’a pas diagnostiqué une maladie(malgré tous mes appels au secours) qui m’a finalement conduite 3 ans à l’hôpital et bousillé ma vie. La dernière crise, j’étais à 5 mois de grossesse, j’ai perdu ma fille et j’ai passé 6 mois à l’hôpital. Le temps de me remettre de tout ça (ça a pris plus de deux ans), je commençais à être en insuffisance ovarienne et je n’avais plus de trompes (et plus de côlon non plus et un peu de grêle en moins). J’ai une maladie de Crohn, version sévère.

Je ne pense pas mériter plus ou moins que n’importe quelle Pmette le bonheur d’être maman. On en chie tout(e)s, chacun(e) à notre façon. En revanche, compte tenu des circonstances, je crois que la sécu me doit au moins ça, vu qu’au départ, j’ai rien demandé à personne et que si les médecins avaient fait correctement leur boulot au lieu de dire à mes parents que c’était dans la tête et que je faisais de l’anorexie mentale (oui, oui, diagnostiquée par les grand spécialistes de gastro-entérologie), et ben, j’en serais pas là aujourd’hui!!

Enfin, des lois ont été établies pour que nous puissions avoir une chance de pouvoir devenir parents, j’entends que mon pays ne contourne pas ces lois pour faire quelques économies sur le dos des couples en souffrance.

Merci à toutes, du fond du cœur. Je vous tiens au courant.

Grosses bises.
La Grenouille, V.

La fille vous remercie elle aussi  d’avoir été si nombreuses à réagir. Comme quoi le virtuel, ça amène parfois a plus de solidarité que dans la vraie vie.

Edit : Pour celles et ceux (on ne sait jamais, pas discrimination) qui le souhaitent, La Grenouille, s’est crée une adresse mail rien que pour vous. Alors, si vous souhaitez échanger avec elle sur la PMA, le don d’ovocyte, la maladie de Crohn, le CAC 40 (mais c’est pas son domaine de prédilection) ou les plats surgelés au cheval roumain, c’est là que ça se passe : froggyenpma@yahoo.fr

 

La fille qui avait un nouveau stylo

Le TEC est pour bientôt. Aux prochaines règles de la fille (qui ne devraient plus tarder), on attaque. La fille pensait avoir  droit à un transfert sur cycle spontané (rapport à son endomètre de compétition et à sa glaire top qualité – limite on pourrait croire que c’est du made in Germany) mais le Professeur a en décidé autrement. Stimulation ovarienne il y a aura puisque c’est Lui qui l’a voulu.

Au début, la fille a été chafouine (Han, encore des piqûres! Merde!) et puis elle a vu que ce coup-ci, elle allait pouvoir tester de nouveaux produits don( le mythique Puregon Pen (enfin mythique que si t’es en PMA, il reste injustement ignoré du reste de la populasse). Et la fille, les stylos à piquouse, ça l’éclate (par contre elle va tester aussi l’Orgalutran et bon, ça la laisse froide comme un spéculum  en inox). C’est donc toute heureuse qu’elle s’est rendue à la pharmacie chercher son dû. Un constat : ça doit pas être la PMA qui fait vivre les pharmacies Labroussiennes vu que sur les 4 produits prescrits, seul l’acide folique était immédiatement disponible. Le reste, il a fallu le commander.

La lendemain, la fille y retourne, espérant bien que cette fois-ci elle aura des hormones à stocker dans son frigo (au milieu de la laitue et des Fjords). La pharmacienne va chercher sa commande et pose le tout sur le comptoir pour montrer à la fille que tout est là.

La pharmacienne : Alors là, vous avez l’Ovitrelle à bien conserver au frigo. Vous savez comme ça marche? C’est tout prêt, vous n’avez plus qu’à vous injecter le produit.

La fille : Oui, oui, je connais.

La pharmacienne : Là, c’est l’Orgalutran, même principe. Vous le mettez au frigo aussi.

La fille : D’accord.

La pharmacienne : Et voilà les 5 recharges de Puregon 300 UI. Voilà, tout est bon. Il vous faut autre chose?

La fille : Ben oui, le Puregon Pen. Le stylo pour m’injecter le produit. LE truc un peu indispensable.

La pharmacienne : Ah bon? Mais vous en avez pas déjà un ?

La fille : Si j’en fait la collection, c’est pour ça que j’en voudrais un nouveau. Je décore mes chiottes avec. Je suis PuregonPenophile. Ben, non, j’en ai pas. C’est la première fois que j’en utilise. Avant j’étais abonnée au Gonal-f.

La pharmacienne : Faites-voir votre ordonnance.

La fille : Je ne l’ai pas avec moi. Je vous l’ai filé hier, vous ne l’avez pas photocopiée?

La pharmacienne : Non, et puis j’en ai pas de Puregon Pen, moi.

La fille : Ah? Et j’en fait quoi moi de mes cinq cartouches de Purégon si j’ai pas stylo pour me faire mes injections? Je m’en sert comme Godmiché? 

La pharmacienne : Vous êtes sûre qu’il vous faut le stylo? Vous ne pouvez pas utiliser des seringues normales?

La fille : Plutôt crever. Non, je veux le truc qui va bien, avec la mollette pour régler la dose exacte et la petite aiguille qui fait pas mal et le piston qui fait descendre le tout en un clic. JE VEUX LE PUREGON PEN.

La pharmacienne : Ah mais les aiguilles, vous les avez déjà avec les recharges.

La fille : Super mais il ma fait quand même le stylo parce qu’elles ne vont que là-dessus. Je peux le payer si ça pose problème.

La pharmacienne : Ben, c’est cher, ça vaut dans les 45 € et puis surtout, j’en ai pas.

La fille : J’ai envie de commettre un meurtre. Mes mains ont envie de serrer ton cou jusqu’à ce que tes yeux sortent de leurs orbites. Et ça ne se commande pas?

La pharmacienne : Si mais vous ne l’aurez pas aujourd’hui. Et puis moi, il me faut une ordonnance.

La fille : Mais je n’en ai pas besoin aujourd’hui. Toi par contre, t’as besoin de vitamines pour booster les neurones. Serait-il donc possible si ça t’emmerde pas trop d’en commander un et je vous amènerez mon ordonnance quand je viendrai le chercher.  Et après tu me vois plus jamais. JAMAIS.

La pharmacienne : Ah mais oui, bien sûr que c’est possible. Vous m’avez fait peur. J’ai cru que vous aviez besoin aujourd’hui.

La fille : Rappelle-moi morue quand j’ai dit ça? Haha, non, tout va bien. Je suis un tout peu prévoyante quand même. LOL.

La  pharmacienne : Hihihi, Vous l’aurez demain. Et n’oubliez pas votre ordonnance. Hihihi.

Bref, la fille est parée pour ce TEC. Finalement, elle bouffera plus d’hormones pour que pour une IAD alors qu’on se fiche de ces ovocytes comme de son premier Tempax. Elle qui pensait qu’un TEC, c’était finger in the noze et plume dans le cul, elle en est pour ses frais.

Sinon, comment te dire, ce TEC, elle y croit moyen. Elle voit trois options :

  1. Les embryons ne supportent pas la décongélation et il ‘y a pas de transfert (ouais, il a y trois embryons et alors? );
  2. Un embryon est transféré mais il ne s’accroche pas;
  3. Un embryon est transféré, il s’accroche mais il décide finalement de se petit-suicider parce que life is bitch et que « ça craint ici, je m’arrache« .

Il reste bien sûr une dernière option (un embryon est transféré, il s’accroche, « finalement on est pas si mal, il fait chaud, c’est pas comme dans leur cuve » et dans 14 ans il hurlera à la fille avec sa voix qui part dans les aiguës rapport au fait qu’il mue « d’toute façon t’es pas ma mère, je te déteste!!!!« , ce à quoi la fille lui répondra que si elle avait su qu’un jour il aurait cette voix de truie qu’on égorge, elle serait pas allée chercher son Puregon Pen) mais étonnamment, c’est celle qui lui semble la moins probable.

Oui, c’est vrai, la fille avait dit que maintenant, elle était optimiste et ça c’est pas trop optimiste. C’est peut-être juste parce que pour la FIV, elle y avait mis tout son optimisme refoulé depuis la première fois où elle a entendu le terme cancer de la couille gauche et que son stock n’est pas encore tout à fait reconstitué. Mais ça va venir. Dans une semaine, elle croira fermement que le conflit Israélo-Paslestinien peut se résoudre autour d’un diabolo menthe et d’une crêpe au Nutella (merde, est-ce que c’est casher la crêpe au Nutella?).

En attendant, la fille va éviscérer son chat qui vient de pissé sur le canapé.

P.S. A la demande générale de Banane, voici une photo de l’objet du délit.

Hein, qu'il est beau, qu'il est  beau le lavabo?

Hein, qu’il est beau, qu’il est beau le lavabo?