la fille qui avait décollé

Pas de suspens aujourd’hui, la fille a refait une prise de sang aujourd’hui et le taux est bon. Il est très bon même puisqu’en 48 heures sa hCG est passée de 326 à 881 UI.

La fille voulait te remercier pour tous tes mots. Elle ne te répond pas individuellement parce que tu es beaucoup mais ça l’a beaucoup touché. Comme à chaque fois que tu laisse une trace de toi par ici. « Que serais-je sans toi? » se demandait Jean ferrat (qui reprenait Louis Aragon) et la fille se pose la même question. Que serait ce blog sans toi, lecteur? Rien ou pas grand chose. T’es quand même la crème des lecteurs. Tu lui proposes une foultitude de solutions pour la  sauver de la dépression capillaire, tu ris à ces blagues (et tu as bien du mérites, l’homme lui ne fait même plus semblant), tu pleures avec elle quand elle a le moral dans les chaussettes (trouées), tu l’encourages et tu es encore là quand la fille a un coup de bol monstre alors que pour certains d’entre toi, ça te crève sans doute le cœur (et crois bien qu’elle te comprend). Vraiment, merci.

La fille s’en veut un peu de t’avoir embrouillé lors que son post précédent. En fait, c’était pas vraiment le but. Elle voulait juste souligner l’était d’esprit dans lequel elle était en allant chercher son premier dosage hCG. Tout ça à cause d’un test de grossesse défectueux dont par égare pour son image nous tairons la marque (Easy Test). Elle avait une chance sur cent pour que ça arrive et c’est tombé sur elle. Note bien lecteur, qu’elle  préfère que ce soit dans ce sens là que dans l’autre.

Tout à l’heure en allant chercher son nouveau résultat, elle se disait que le labo s’était sans doute planté, qu’ils avaient  du échanger des fioles de sang et que mardi pendant que la fille clignait des yeux sur son 326 en pesant avoir une hallu, une autre meuf pleurait à chaudes larmes sur son négatif (qui en fait était celui de la fille). Bah, c’est possible, elle recevait bien les relevés bancaires d’une homonyme quand elle était à la fac. La voilà rassurée (au moins sur la compétence de son labo).

Sinon, lecteur, la fille tient à t’informer qu’elle ne fume plus. Et qu’elle achète du fromage au lait pasteurisé. Par contre, elle continue la vodka et la coke parce que faut pas déconner, elle peut pas tout arrêter d’un seul coup. Elle scrute ses symptôme aussi. Elle a de petites nausées, ses seins lui font un peu mal et elle rote (bah, là, elle t’avoue qu’elle ne comprend pas bien pourquoi mais ça lui avait fait ça aussi la première fois).

La suite, c’est une nouvelle prise de sang mardi prochain et, si tout va bien, une écho pour la cinquième semaine de grossesse.  Elle a hâte d’y être.

La fille qui relisait l’intégral des Rougon-Macquart

Hier, la fille a passé son deuxième  contrôle. Pas de Professeur pour lui faire son écho mais une interne qui s’est contenté de dire « c’est bien, vos follicules poussent de façon homogène, c’est bon signe. » La fille demande s’ils sont toujours onze et l’interne lui répond qu’elle en a vu 4 ou 5 de chaque côté. La fille n’en saura pas plus. Pas de nouvelle de son endomètre. Mais ne dit-on pas pas de nouvelles, bonne nouvelle? Bref, la fille doit continuer son traitement sans rien changer et revenir le mercredi pour un dernier monitorage. Ensuite, elle rencontre Natacha pour sa prise de sang. Natacha est aussi sympa que Paulette et comme cette dernière, elle lui a défoncé le bras (« elles sont fragiles vos veines »). Aïe.

Dans l’après-midi, l’hôpital appelle la fille. Ses dosages sont élevés, elle  doit revenir le lendemain pour faire son monitorage. Soit ce matin. Et ce matin, c’était bien parce que la gynécologue (encore une nouvelle tête) était accompagné d’un étudiant (c’est un hôpital universitaire, là où elle est suivie), elle lui a tout bien expliqué. La fille a ainsi vu son endomètre à l’écho. Et la doc a dit qu’il était de 9 mm et de catégorie A. La classe quoi. Il y a toujours 11 follicules mais il y en a un à la traîne (10 mm, le naze). Les autres font entre 15 et 19 mm. Le plus gros est rétro-utérin (et hop, la fille apprend des nouveaux mots), c’est-à-dire qu’il planqué derrière l’utérus. Ensuite, elle a retrouvé Paulette pour la prise de sang. Toujours aussi chouette. Comme le bras gauche a un peu été pris d’assaut des derniers jours, elle a tenté de piquer la fille dans le droit. Sauf que dans le bras droit, la fille a une veine inviolable. Impossible d’y planter une aiguille, elle roule. Paulette a insisté, a fini par l’avoir mais le sang ne coulait pas. Vaincue, elle est revenue au bras gauche. Encore une fois, la fille est repartie avec pansement à chaque bras (et le bleu qui va avec).

Résultats des courses, ce soir, la fille fait comme d’habitude mais elle déclenche demain soir à 21h30 pour une ponction vendredi matin.

La fille qui avait passé son premier contrôle

Vendredi 21 septembre 2012

5h00 : Le réveil sonne. La fille sort péniblement une main de dessous la couette. Putain, il pèle alors que sous la couette, on est si  bien. Elle ouvre l’oeil gauche puis le referme.

5h05 : Le réveil re-sonne.  La fille sort péniblement une main de dessous la couette. Putain, il pèle alors que sous la couette, on est si  bien. Elle ouvre l’oeil droit puis le referme.

5h10 : Le réveil re-sonne.  La fille sort péniblement une main de dessous la couette. Putain, il pèle alors que sous la couette, on est si  bien. Elle ouvre les deux yeux puis les referme.

5h15 : Le réveil re-sonne.  La fille sort péniblement une main de dessous la couette. Putain, il pèle alors que sous la couette, on est si  bien. Elle ouvre les deux yeux puis s’éjecte du lit.

5h20 : La fille est sous la douche. Elle se lave le visage et trouve que ça sent pas comme d’habitude. Normal, elle vient de se tartiner la face de gel pour la toilette intime. Imperturbable (à 5h du mat, rien ne peut perturber la fille) elle continue de se doucher et se lave la fouffe avec son shampoing spécial cheveux gras. C’était pas voulu mais au moins ses poils pubiens sentiront bon.

5h40 : Elle boit un thé pour accompagner son acide folique. Elle ne mange rien parce que Paulette a dit qu’elle devait rester à jeun. La fille regarde le chat bouffer ses croquettes.

5h55 : Elle cherche dans les affaires d’hiver une écharpe puis se ravise. Finalement, elle choisit un foulard.

6h00 : Elle quitte la maison. Il pèle. Elle se dit qu’elle aurait peut-être due prendre son écharpe. Trop tard.

6h24 : La fille grimpe dans le train avec la France qui se lève tôt. Elle est nombreuse cette France-là. Et plutôt d’en bas.

6h50 : Arrivée en gare de Paris. Elle s’engouffre dans le  métro. Dans un couloir, elle aperçoit une merde humaine (ceci n’est pas une image). Ligne 3, une femme qui n’a jamais du prendre de douche de sa vie entre dans la rame en hurlant. « Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!!!! ». Elle pense à PMgirl qui préfère le métro au bus. Là, elle avoue qu’elle comprend pas pourquoi.

7h15 : La fille arrive à  l’hôpital. Direction le deuxième étage. Elle inscrit son nom sur la feuille de présence à coté de l’ascenseur comme le lui a bien expliqué Paulette. La salle d’attente est déjà prise d’assaut. Elle trouve un siège vide dans un coin et sort son roman( Expiation de Ian McEwan). A sa droite une femme lit Closer, à sa gauche une autre lit Glamour.

7h30 : Elle entend une voix qu’elle connait…  Non, c’est pas vrai! C’est Lui. Le Professeur! Son Professeur! Elle se félicite intérieurement d’avoir soigné son épilation du maillot comme elle le Lui avait promis.

7h42 : … Ce qu’elle refusait, c’était le « puisque c’est toi ». Elle ne jouait pas Arabella parce qu’elle était l’auteur de la pièce, mais parce que aucune autre possibilité ne lui avait traversé l’esprit, parce que c’était ainsi que Léon devait la voir, parce qu’elle était Arabella. (p. 29)

7h52 : La fille a envie d’aller aux toilettes. Elle se demande si elle ne risque pas d’être appelée pendant qu’elle urine. Elle regarde la salle d’attente. Ça n’avance pas très vite. Elle décide qu’elle a le temps.

8h12 : … changer de robe ce matin. Elle se disait qu’elle devrait, comme Lola, soigner davantage son apparence. Il était puéril de ne pas le faire. Mais quel effort cela représentait ! Le silence lui sifflait aux oreilles et sa vison… (p.55)

8h 26 : … les symboles télépathiques s’accumuler, se dérouler au bout de sa plume. Elle pourrait écrire trois fois la même scène, trois points de vue différents ; son enthousiasme… (p.62)

8h 39 : … ce qui était agréable – en fait, en dehors de la chambre de Briony… La fille L’entend qui l’appelle. Elle range son livre dans son sac et se dirige vers Lui. Elle Lui fait un grand sourire et Lui tend sa main pour Lui dire bonjour. Et incroyable, Il la Lui serre (une vraie poignée de main pas comme l’autre chiffe-molle d‘anesthésiste). Derrière Le Professeur, la fille distingue un tout jeune homme dont elle suppose qu’il est étudiant. Le Professeur n’estime pas nécessaire de le lui présenter. Tout ce beau monde s’engouffre dans la salle d’échographie. La fille se demande si elle ne risque pas d’être poursuivie pour attentat à la pudeur si elle se déshabille devant le jeune homme. Est-il seulement majeur? Au vue de tous les sexes féminins qu’il a du apercevoir depuis 7h00 du matin, elle peut y aller tranquille. Le Professeur demande à la fille (Mon Dieu, Il me parle!) comment elle supporte le traitement. Bien. Elle grimpant sur la table d’examen, elle est tout émotionnée. C’est la première fois qu’elle va Lui montrer son dedans de elle. Il insère délicatement la sonde et commente ce qu’Il voit à l’image. « Alors ça,  vous voyez, c’est votre utérus ».  Si Tu le dis. La fille ne voit qu’un flou gris. « Là, c’est votre endomètre. Il fait 7 mm ». Ha. « Et là, c’est votre ovaire droit. Il y a 7 follicules mais ils sont tout petits. C’est normal, c’est le début. » 16 jours de piqûres, Tu parles d’un début.  « On va regarder l’ovaire gauche. Il est là. Il y a quatre follicules. Ça nous fait 11 follicules entre 7 et 8 mm. » La fille s’attend à un commentaire du type « c’est bien » mais rien. Ça la change du Dr B qui pouvait entrer en transe rien qu’en regardant sa glaire cervicale. Pendant ce temps, l’étudiant est resté assis sur une chaise et n’a pas ouvert la bouche une fois. C’est normal, c’est pas tous les jours qu’il doit voir des dedans de soi aussi beaux. Le Professeur, Lui aussi doit être impressionné mais Il a une rôle à tenir, celui du médecin blasé qui a vu plus de vagins dans sa vie que Casanova. Pendant que la fille se rhabille, Il lui dit qu’Il pense qu’elle peut continuer le traitement aux mêmes dosages et revenir Lundi faire un autre contrôle. Si jamais en recevant les résultats de sa prise de sang, ils estiment qu’il faut changer le protocole, ils l’appelleront. Il la raccompagne à la porte (suivi de l’étudiant) et là, elle voit Sa bouche s’étirer sur les côtés en un rictus étrange. La fille cligne des yeux. Non, elle ne rêve pas, Il lui sourit. Bon, c’est pas un sourire franc et massif mais putain, c’est un sourire quand même ! Et quand Il lui souhaite une bonne journée, elle est à deux doigts de défaillir.

8h45 : La fille retourne en salle d’attente le coeur battant. Merde, Le Professeur a presque été aimable. Comment est-ce possible?  Un effet de sa magnificence utérine? Ou est-Il tout simplement humain? La fille reprend sa lecture.

8h53 : ... Le lancement de Rainbow Amo avait été un triomphe mais seulement après quelques sérieux soucis de distributions, désormais... (p.73)

9h11 : … les accablait. La tristesse d’être loin de chez eux les saisit lorsque Pierrot annonçât qu’il avait faim – ils ne dîneraient pas avant plusieurs heures, et il serait inconvenant de … (p.82)

9h24 : … elle pensa aux rails brûlants qui amenaient… On appelle la fille pour sa prise de sang. Ce coup-ci ce n’est pas Paulette mais Petula. Sympa mais moins chouette que Paulette. Elle vérifie l’identité de la fille, remplie des papiers, demande à la fille de vérifier que c’est bien son nom et sa date de naissance qui sont inscrits sur les étiquettes (la fille vérifie, c’est bon) et demande si c’est bien pour une FIV avec sperme de donneur que la fille est là. Oui. La fille s’installe sur la fauteuil et lui tend son bras. Petula prépare le nombre de tubes nécessaires (cinq) pour la prise de sang. Elle lui demande si la fille est du genre à tomber dans les paumes. Non, ça n’est jamais arrivé. « Et vous avez bien mangez ce matin? ».  » Ha bah non, on m’a demandé de venir a jeun. »  » Qui vous a demandé ça? »  » Paulette et ça a été confirmé par mail. J’ai juste bu un thé. »  » Mais c’est une FIV avec sperme de conjoint ou avec donneur que vous faites? » Elle se demande ce que ça a à voir avec son dosage hormonal.  » De donneur. »  » Ha. Alors il faut deux tubes de plus. » Un peu plus et Petula oubliait. Elle se lance et pique la fille. Sauf qu’aucun sang de sort. « Je comprend pas, je devrais être dans la veine. » Il fait croire que non. Petula trifouille le bras de la fille. Rien à faire. « Je suis désolée mais va falloir que je vous pique dans l’autre bras, je ne trouve pas la veine. C’est bizarre, ça ne m’arrive jamais. » C’est la bien la veine de la fille ça (haha). Elle  lui tend l’autre bras (celui que Paulette lui avait explosait deux semaines plus tôt et dont elle garde encore les stigmates). Cette fois-ci Petula trouve la veine. Alléluia.

9h32 : La fille, un pansement sur chaque bras, descend au CECOS pour leur filer ses sérologies et celles de l’homme. Ça faisait longtemps qu’elle ne s’y était pas rendu et quand elle ouvre la porte du service, elle croit s’être trompé tellement ça ne ressemble pas à son souvenir. A sa gauche, une salle d’attente remplie d’hommes lui fait se dire qu’elle doit être au bon endroit. Elle est tellement paumée qu’elle doit demander à une infirmière où  est le secrétariat du CECOS. Le Goulag n’est pas à son bureau, c’est une autre secrétaire qui est là. La fille lui explique qu’elle ramène des résultats d’examens. La dame lui demande son nom. La fille. « Et celui de votre conjoint? ». L’homme. « Ha oui, l’homme, on connait bien ! » La fille se demande pourquoi?  Il a pris un abonnement ou quoi? C’est elle qui les harcèle au téléphone pourtant. Si ça se trouve, c’est à cause de son nom. Il a un nom belge (ce qui s’explique par le fait qu’il est belge) en De Quelquechose. Souvent les gens pensent que c’est un nom à particule alors qu’en flamand, ça veut dire  le meunier ou un truc dans le genre. Le CECOS s’imagine peut-être avoir un noble parmi ses patients.

9h38 : La fille sort de l’hôpital. Elle y retourne lundi. Youpi.

P.S : Plume Qui Enfante fait un sondage sur l’infertilité masculine. Donc si vous avez un homme OATS  (s’il n’est que O ou que A ou que T, ça marche aussi) et que vous avez réussi à faire un enfant avec lui (peut importe comment) venez le dire ici. Si vous avez un homme azoospermique, vous n’êtes pas concernée.

La fille qui entamait la phase 2 de la FIV

Lundi dernier, la fille s’est rendue à l’hôpital pour rencontrer l’anesthésiste du service AMP. C’était la première fois qu’elle pénétrait dans ce coin de l’hôpital (étage 2). Jusqu’à présent elle s’était toujours rendue dans le bureau du Professeur (étage 4 ou 5, elle ne sait plus) et au CECOS (à  la cave juste après la PMI). La fille avait rendez-vous à 14h, elle s’est donc présenté à l’accueil à… 14h. La secrétaire (très aimable, pas comme celle du CECOS) l’informe que le Dr Sommeil est parti prendre un café en l’attendant. La fille s’installe en salle d’attente persuadée qu’il ne va pas tarder.

Naïve, la fille.

Le Dr Sommeil, il a du le torréfier lui-même son café (Hey, Gringos, il est bon mon café) parce qu’il s’est pointé comme une fleur avec une heure de retard. A moins qu’il n’est rencontré Anne-Sophie, la nouvelle externe du service urologie et qu’il se soit mis en devoir de lui expliquer toute les subtilités de la spécialité d’anesthésie-réanimation, un bien beau métier. Anne-Sophie étant très bonne ouverte, elle a été ravie de pouvoir discuter avec un futur  coup confrère et ensemble ils ont convenu qu’un jour ils bosseraient ensemble (« Anne-Sophie, je rêverais de vous voir nue pratiquer une biopsie testiculaire pendant que je m’occupe de l’anesthésie du connard patient »).

La fille trouve qu’on devrait mentir systématiquement aux patients en cas de retard du médecin. « le Dr Sommeil vient d’être appelé pour une urgence, il viendra dès que possible », c’est très crédible et ça calme tout le monde. Ça te fais chier de poireauter mais t’oses pas râler parce qui t’imagines ton Dr Sommeil à califourchon sur une femme inanimée pratiquant un vigoureux massage cardiaque  en gueulant « Je veux qu’on lui fasse NFS, chimie, iono et apportez-moi le défibrillateur, merde!!! » (la fille a vu tous les épisodes d’Urgence). Quand il arrive enfin (échevelé et le souffle court), il a l’aura des héros et te dit tranquillement « excusez-mon retard, j’ai du réanimer une femme qui a fait une hyperstimulation sévère. Alors vous venez pour une première FIV? Vous verrez, ça va bien se passer. »

En vrai, le Dr Sommeil s’est pointé avec sa gueule de jeune premier (de l’avis de la fille, il a du avoir son bac la semaine dernière), sans s’excuser (alors que même pas, il sauvait des vies, il était juste en train de draguer Anne-Sophie) et lui a tendu une main moite et molle que la fille a serré avec une pointe de dégoût (autant te dire que ce type galvaude totalement l’expression « se serrer la main ». Lui, il tend la sienne et c’est à toi de faire tout le boulot). On avait demandé à la fille de remplir un questionnaire détaillé sur ses antécédents médicaux en vue de cette consultation qu’il n’a même pas récupéré, il a posé deux-trois questions histoire de dire qu’il a pas eu son diplôme dans une pochette surprise, lui a demandé d’ouvrir grand la bouche et de tirer la langue (limite, ça gène plus la fille que de montrer son dedans de elle, question d’habitude sans doute) et ce fut tout. Une heure d’attente, cinq minutes de consultation.

Heureusement, la fille devait aussi rencontrer les sages-femmes du centre d’AMP. Et ce fut Paulette qui l’a reçue. Paulette est très sympa, elle a répondu à toutes les questions de la fille concernant la FIV, lui a donné deux trois tuyaux (il faut toujours purger le stylo de Gonal quand on l’entame, ne pas se pratiquer les injections de Déca et de Gonal du même côté, etc.), puis elle a fait une prise de sang à la fille. Parce que la fille a été recrutée pour participer à une étude sur les facteurs de coagulations chez les femmes pendant leur stimulations ovariennes (ils essaient de voir s’ils peuvent prédire quelles seront les femmes à risque d’embolie et de phlébite pendant leur grossesse). Pour la fille, ça ne change pas grand chose. Quand elle ira faire ses contrôle à l’hôpital en plus du prélèvement sanguin pour le dosage hormonal, il lui prendront deux tubes en plus pour leur recherche. Paulette a dit que « le seul truc c’est que vous devrez faire votre premier test de grossesse ici. Mais les deux suivant vous pourrez les faire dans votre laboratoire près de chez vous. » La fille a aimé l’optimisme de Paulette. Il n’y aura plusieurs tests de grossesse que si le premier est positif. Le fait qu’elle utilise le futur plutôt que le conditionnel lui a mis du baume au coeur. Et même si son bras lui a fait un mal de chien pendant 3 jours et que le lendemain elle a eu un bleu (qui aujourd’hui est devenu jaune) de 10 cm de long là où Paulette l’a piquée (oui, elle a mesuré), la fille l’aime.

D’autant plus que Paulette a enfreint la loi pour aider la fille. Lorsque le CECOS a rappelé la fille (avec deux semaines de retard) pour lui dire qu’il y avait bien des paillettes de disponibles, ils en ont profité pour leur demander de refaire leurs sérologies (les siennes et celles de l’homme). Un truc du CECOS, c’est qu’en plus de ne jamais répondre au téléphone, ils aiment bien te demander de refaire des examens mais démerdes-toi pour les ordonnances. La fille en a touché un mot à Paulette, espérant que le Professeur pourrait les lui faire. Sauf que le Professeur n’était pas disponible (le lundi, il doit jouer au golf avec le chef de service du service d’oncologie*). N’écoutant que son courage, Paulette a imprimé deux ordonnances censément rédigées par le Professeur et les a signé elle-même en disant « Houlala, je vais aller en prison. J’imite la signature du grand patron. » Ça, c’est du dévouement.

A noter que quand la fille s’est rendu dans son laboratoire  Labroussien pour faire son dosage hormonal post-blocage des ovaires, elle en a profité pour faire ses sérologies. Elle a donc présenté ses deux ordonnances, celle pour le dosage hormonal signée par le Professeur et celle des sérologies signée par Paulettes. Ca n’a pas eu l’aire de perturber la secrétaire que le même médecin ait deux signatures différentes. Comme quoi, ça doit être assez simple de falsifier une ordonnance (mais ne le fait pas lecteur, c’est très mal, encore pire que le téléchargement illégal).

Au final, les ovaires de la fille sont bien bloquées et depuis samedi, elle a attaqué la stimulation au Gonal-f. La fille voudrait te dire à quel point c’est de la joie  et de la simplicité de se piquer avec un stylo pré-rempli mais comme elle doit continuer le Décapeptyl, son bonheur est nettement amoindri par ce dernier. Enfin, elle ne va pas se plaindre elle n’a pas de bleus et pas d’effets secondaires (à part les ovaires qui tirent un peu depuis le début de la stim). C’est d’ailleurs assez bizarre de les sentir à ce point. C’est vrai quoi, en temps normal, ses ovaires, la fille se rappelle qu’ils existent quand elle ovule (et encore, pas toujours) mais sinon, elle les oublie. Comme sa rate en somme (à la différence près que la rate n’ovule pas). Ben là, elle ne peut plus les ignorer. Ils ne lui font pas mal mais elle a l’impression qu’ils pèsent une tonne chacun. Les pauvres, ils ont pas l’habitude de bosser autant.

Vendredi, la fille retourne à l’hôpital pour son premier contrôle. Affaire à suivre donc…

*Tu noteras que la fille est pleine de préjuger sur la vie des médecins. Elle les imagine tous jouant au golf ou se prélassant sur une plage de sable blanc mais c’est pour rire. En vrai, elle pense que le Professeur, quand il ne professe pas ou qu’il ne ponctionne pas des ovaires, il va dormir dans une des cuve d’azote liquide du CECOS. Elle pense que la photo des deux gamins qu’elle a vu dans son bureau une fois, c’est juste pour lui donner un air vaguement normal. Il a du la découper dans un catalogue La Redoute mais la fille n’est pas dupe. De toute façon, le Professeur n’est pas humain (un peu comme les vampires mais en nettement moins sexy qu’Eric de True Blood)(dommage).

La fille qui tentait de concilier vie sociale et injections de Décapeptyl

Depuis mercredi dernier, la fille redécouvre les joies du l’auto-injection avec un tout nouveau produit (pour elle), le Décapeptyl. Chaque soir, elle fait sa petite popote sur la table de la cuisine. Pour se faire, elle réunit tout son matos comme sur la photo ci-dessous :

Pour une injection de Décapeptyl (dont la fonction est de mettre les ovaires au repos avant la stimulation à proprement parlé), tu noteras, lecteur attentif qu’il faut :

– Du Décapeptyl qui se présente sous la forme d’une petite fiole contenant une poudre (la substance active) et d’une ampoule contenant une solution que tu dois mélanger à la poudre;

– Une seringue stérile (tant qu’à faire), ici fournie avec une aiguille à embout orange pour l’injection en sous-cutanée;

– Une grosse aiguille à embout rose qui fait peur mais qui ne sert qu’a faire le mélange de Décapeptyl (heureusement);

– Des compresses stériles (tant qu’à faire) et de l’alcool à 70° pour te nettoyer ton gras du bide;

– De la solution hydroalcoolique pour te nettoyer tes mains dégueulasses (de l’eau et du savon peuvent suffire);

– Une bouteille (vide la bouteille) pour récupérer tes seringues usagées (ou une poubelle jaune si ta pharmacie t’en fournie, veinard)

– Un cactus (faculatatif);

– Du gras du bide (photo non fournie).

Une fois que tu as tout ça sous les mains, Tu procèdes de la façon suivante :

Etape 1 : Tu te laves les mains.

Etape 2 : Tu vires la petite aiguille orange de la seringue et la remplaces par le grosse rose.

Etape 3 : Tu casses l’ampoule sans te micro-couper (avec une compresse alcooliser, ça fait l’affaire).

Etape 4 : Tu aspires tout le liquide avec la seringue munie de la grosse aiguille.

Etape 5 : Tu plantes la grosse aiguille dans la fiole contenant la poudre et injectes le liquide prélevé dans l’ampoule, tu mélanges légèrement (la poudre se dissout instantanément).

Etape 6 : Tu retournes la fiole et ne laisses que la pointe de la grosse aiguille à l’intérieur pour bien aspirer tout le mélange comme ci-dessous :

Etape 7 : Tu retires la grosse aiguille rose et la remplaces par la petite rose (sauf si tu aimes souffrir).

Etape 8 : Tu tapotes la seringue pour en faire partir les bulles d’air éventuellement présentes et presses légèrement sur le piston jusqu’à ce qu’une goutte de produit sorte de la seringue.

Etape 9 : Tu te désinfectes le gras du bide avec une compresse et de l’alcool, l’attrapes avec ta main libre et plantes l’aiguille en entier à 90°.

Etape 10 : Tu appuies doucement (sauf si tu aimes souffrir) sur le  piston jusqu’à ce que tout le produit soit injecté dans ton gras du bide.

Etape 11 : Tu retires doucement l’aiguille et appliques une compresse alcoolisée sur la zone d’injection quelques secondes.

Etape 12 : Tu jettes tes seringues usagées et l’ampoule cassée dans ta bouteille ou ta poubelle jaune.

Voilà, tu viens de te faire ton injection quotidienne de Décapeptyl. Tu peux recommencer à respirer et reprendre une activité normale.

Beaucoup d’entre toi sais déjà tout ça mais la fille fait un bref récapitualtif pour les autres (car oui, il y a des gens qui avancent dans la vie sans avoir jamais entendu parler du Décapeptyl)(c’est fou, il parait même que certain font des enfants grâce à de simple relations sexuelles mais sur ce dernier point, la fille est très septique). Pour ceux d’entre toi qui voudrais en savoir plus sur les injections déca, il y a une vidéo très bien foutue ici.

Depuis vendredi, jour où le CECOS a daigné rappeler la fille pour lui confirmer la disponibilité de paillettes pour la FIV, le plaisir de ce petit rituel n’en est que décuplé. Forts de cette heureuse nouvelle, l’homme et la fille décident d’accepter l’invitation de leurs amis à passer la journée chez eux. Prévoyante, la fille embarque son nécessaire à piqûre (sauf la bouteille et le cactus) chez les amis.

Tous se passe bien et la soirée se profile sous de bien bons hospices vu que leurs amis leur proposent de dîner avec eux (héhé, la fille est on-ne-peut-plus fière d’avoir son Déca avec elle). Elle s’installe donc dans la salle de bain, seule pièce non envahie par les enfants ou les fumeurs, procède aux étapes 1 à 5 sans encombre puis entame l’étape 6.

Et là, c’est le drame.

La fille a un peu trop sorti la grosse aiguille de la fiole au moment de récupérer le mélange et tout le produit lui a giclé à la  figure. Oups. Et bien sûr, la fille n’a pas  pris de dose de secours (erreur de débutante). La fille sort de la salle de bain en trombe, fonce vers l’homme, des gouttelettes de déca sur ses lunettes et annonce « il faut qu’on rentre immédiatement, je me suis merdée avec le déca, j’ai pas assez de produit pour me faire l’injection, mes ovaires ne vont pas être bloquées, la FIV va foirer, la fin du monde est proche, on va tous crever!!! ».

Moment de flottement, l’homme et les amis se regardent sans vraiment comprendre ce qui affole la fille qui est déjà en train de récuperer leurs affaires. Le pote tente un « tu ne peux pas aller dans une pharmacie leur demander de te dépanner de ton médicament? ». Haha. Non, elle peut pas. On te file pas des hormones comme ça, c’est pas de l’aspirine. Elle ezst désolée mais il faut vraiment qu’ils rentrent. Cinq minutes plus tard, l’homme et elle courent pour choper le prochain train qu’ils ont de justesse. Ce n’est qu’une fois installés qu’ils se rendent compte qu’ils n’ont même pas dit au revoir aux enfants de leurs amis.

Résultat des courses, la fille s’est piquée avec 2h30 de retard sur l’heure habituelle et a fichu en l’air une dose de Décapeptyl (le trou de la sécu, c’est elle). A quand les hormones en comprimés, sérieux? Enfin, après discussion avec Paulette, une sage-femme du service PMA (qui ne s’appelle pas vraiment Paulette), se piquer en retard c’est mal, très mal mais si ça ne se produit qu’une fois, c’est pas trop grave. La fille a décidé de ne plus sortir de chez elle jusqu’à la fin du traitement.

Et pendant ce temps-là, certains se la coulent douce.

La fille qui était un chouïa contrariée

Comment veux-tu rester zen une partie de la réussite de ta FIV (et pas la moindre) dépend du CECOS? Comment veux-tu garder ton calme quand il te faut presqu’une semaine pour obtenir une réponse (foireuse la réponde) à une question toute simple : avons-nous des paillettes disponibles pour notre prochaine FIV?

Résumé des épisodes précédents :

Jour 1 : appels au secrétariat du CECOS. Le matin, ça sonne occupé ou dans le vide. La fille se dit que n’ayant jamais réussi à les joindre, elle rappellera l’après-midi. L’après-midi, elle tombe sur le répondeur qui l’informe que les bureaux sont ouverte de 8h30 à 16h30. La fille regarde l’heure à sa montre, il est 14h. 16h15, enfin, ça sonne et enfin ça répond. La fille explique pour la FIVD et le besoin imminent de paillettes. Réponse : on vous rappelle. 16h30, personne n’a rappelé la fille, les bureaux sont fermés.

Jour 2 : Pas d’appel du CECOS. Il vient tout juste de ré-ouvrir après les vacances du mois d’août, ils doivent être débordés, la fille se dit qu’ils appelleront le lendemain.

Jour 3 : Bon, ben, toujours pas de nouvelles. La fille commence à se demander s’il est possible qu’ils n’aient pas de paillettes à leur fournir. Si on leur demande d’appeler pour vérifier à chaque fois, c’est sans doute que c’est possible. Mais est-ce déjà arrivé?

Jour 4 : La fille tente de joindre le CECOS. Même scénario qu’à jour 1 sauf que personne ne finira par lui répondre.

Jour 5 : La fille passe sa journée au téléphone et arrive à joindre le CECOS deux fois dans la même journée. Une fois le matin où une secrétaire dont la fille ne reconnait pas la voix lui demande de rappeler l’après-midi vers 14 h (mais à 14h, le répondeur est branché) et une fois vers 16h15 où le Goulag lui répond qu’ils sont débordés, qu’ils n’ont aucune idée de la disponibilité des paillettes mais que dans la mesure où le donneur est blanc, elle n’a qu’à considérer que c’est bon et commencer son traitement.

Où commencer une FIVD dans de bonnes conditions. Dans deux jours la fille commence le Décapeptyl et elle n’est même pas certaine que la fécondation pourra se faire faute d’avoir des gamètes mâles disponibles. La fille espère vraiment qu’ils savent ce qu’ils font au CECOS et qu’elle va pas se taper des injections d’hormones pour rien. Non, parce que la possibilité que la fille est préparée à la mauvaise réponse de ses ovaires, à l’hyperstimulation, à la ponction blanche ou au non transfert pour cause de pas de fécondation de ses ovocytes. Ça lui ferait mal au cul mais ça fait partie des risque que l’on prend quand on fait une FIV. On le sait. Mais annuler une FIV parce que le CECOS est débordé et ne peut pas faire son travail, elle est pas certaine de bien le vivre.

La fille a envoyé un mail à son centre de FIV et elle verra bien ce qu’ils lui répondront. En espérant que tout ira bien. En attendant, la filel vient de faire connaissance avec le Décappetyl et elle est très déçue. Déçue, déçue, déçue. Quand la fille a vu que cette fois-ci elle aurait droit au Gonal-f stylo, elle a été transportée de joie. Pas de mélange à faire, youpi! C’était sans compter sur le décapepetyl. Non seulement cette saleté n’est pas prête à l’emploi comme elle le pensait naïvement mais en plus, les seringues ne sont même pas fournies. Bordel. Et qu’est-ce qu’elle doit prendre comme taille d’aiguilles la fille? Elle n’a aucune idée de l’épaisseur du produit.

Toi lectrice qui a utilisé du décapeptyl 0,1 mg, tu prend quoi, par exemple? En plus la fille a vu que le solvant est dans une ampoule en verre et la fille aime pas les ampoules. A chaque fois qu’elle essaie d’en ouvrir une, elle se micro-coupe, c’est atroce. Ça micro-saigne, ça fait micro-mal, une vrai boucherie. En plus, douée comme elle est, elle va s’injecter des micro-morceaux de verre et va s’avoir si ça va pas la micro-tuer. Et pour couronner le tout, Labrousse n’organise pas la collecte des seringues usagées alors la fille 1) n’a pas de mini-poubelle jaune bien pratique 2) va devoir aller jusqu’à la déchetterie pour jeter ses vieilles seringues rouillées 3) ne sait pas où les stocker en attendant. Elle en regretterais presque Paris, sa pollution, son métro qui pue, ses trottoirs plein de merde (et pas forcément canines) et sa collecte de seringues usagées si bien organisée.

Suite de FIV 1 au prochain épisode… Ou pas.

Réponse de l’hôpital

Au courrier, samedi matin, la fille a eu la joie de trouver une lettre de l’hôpital. Chouette qu’elle s’est dit. Elle les remercie d’ailleurs de leur respect du secret médical qui les pousse à tamponner sur l’enveloppe « Service d’Assistance Médicale à la Procréation ». La fille est bien contente de n’avoir encore jamais rencontré son facteur mais passons. La fille est heureuse, elle va enfin en savoir plus sur l’organisation de sa FIV. Elle ouvre l’enveloppe et lit :

STAFF DE F.I.V du 17.07.2012

Nom : La fille                                                                                                                          Médecin consultant : le Professeur

Date de naissance : ../12/1977

Conjoint : l’homme

Etaient présents: 

Le Professeur, Docteur Trucmuche, Docteur Bidule, Machine Chose, l’interne de service, le Docteur d’un autre hôpital que tu te demandes ce qu’il fout là mais ça fait genre on s’est penché sur votre cas et on a beaucoup réfléchi. 

Histoire du couple :

Patiente de 34 ans, infertilité primaire depuis 2007, d’origine masculine. L’homme a eu un séminome testiculaire gauche avec orchidectomie et chimiothérapie, suivie d’une azoospermie. Trois cycles d’IAD ont été réalisés par le Dr B sans résultat.

En mars 2012 une conisation a été fait par le Dr Colpo pour un adénocarinome in situ du col. Tous les contrôles récents sont négatifs et la patiente va être suivie sur ce plan.

Cause de l’infertilité :

Masculine

Proposition du staff : 

Du fait de l’ancienneté de l’infertilité, on accepte l’indication de passage en FIV avec sperme de donneur. 

Très bien, la fille apprécie beaucoup cet esprit de synthèse qui leur permet résumer cinq ans de leur vie en trois phrases (en fait, c’est 7 ans de leur vie mais ne soyons pas tatillons). Elle aime aussi beaucoup le « on accepte » tellement plus cool et original qu’un vulgaire « nous acceptons » bien trop formel. On les sent tout de suite plus proche de soi, ça fait plaisir.

Mais, car il y a un mais, la fille trouve qu’il manque une information de taille. Non pas qu’elle ne prenne pas au sérieux leur staff mais honnêtement, il n’y avait pas vraiment de suspens quand au fait qu’ils acceptent (et on les en remercie du fond du coeur) l’homme et la fille en FIV. Ça fait 20 ans que le Professeur ponctionne des ovocytes à la chaîne (peut-être plus, la fille le soupçonne de s’être entraîné sur des animaux quand il était enfant)(à l’époque, il hésitait entre la gynécologie et le meurtre en série), elle suppose donc que s’il recommande le passage à la FIV, globalement, il y a de fortes chances que le staff suive.

Ce que la fille aurait aimé savoir, c’est quand est-ce qu’elle va pouvoir la faire CETTE PUTAIN DE FIV??? Or, elle a beau chercher, il n’est indiqué nulle part de date  de top départ (ni aucune autre information sur le protocole qu’elle doit suivre). Sans vouloir avoir l’air de râler (c’est pas du tout le genre de la fille), c’eut été sympa de la lui communiquer cette date (aujourd’hui, révisons le passé antérieur avec la fille). A la place, ils lui ont filé un nouveau consentement à signer et à renvoyer (elle est à peu près certaine de l’avoir déjà fait, qu’ils sont pénibles). Des consentements, elle a du en signer trois douzaines depuis le début de la PMA, maintenant, elle aimerait bien du concret. Donc oui, elle est d’accord pour la congélations de ses embryons et oui, elle accepte qu’ils refilent des infos la concernant  à l’Agence de biomédecine.

Elle espère juste qu’ils ont prévu de la caser avant le mois de décembre, date à la fille va avoir 35 ans et où ses ovaires, si on en croit Top Santé magazine, vont se transformer en pruneaux d’Agen (à 38 ans, ils s’auto-détruisent, parait-il).

Là, elle est partie à la pêche au infos auprès du secrétariat. Encore faudrait-il qu’ils répondent au téléphone (c’est juste une suggestion). Souhaitez-lui bonne chance. Et rendez-vous en 2026.

Pourquoi donner son sperme

Raison n° 1 : Parce que c’est gentil. Et toi là,  derrière ton ordinateur, t’es gentil. Si si.

Raison n°2 : Parce que tu en a marre que tes beaux spermatozoïdes si vigoureux finissent zigouillés par le stérilet de ta femme.

Raison n° 3 : Parce que t’aimais bien te branler dans la salle de bain quand t’étais ado. Ben là, c’est pareil, sauf que c’est pas une salle de bain.

Raison n° 4 : Parce que ça fait moins mal que de donner un rein.

Rasion n° 5 : Parce que c’est généreux. Et toi là, derrière ton ordinateur, t’es généreux. Si si.

Raison n° 6 : Parce que les infirmières des CECOS sont supers bonnes. Il parait même qu’elles ne portent pas de culotte. Mais si tu vas pas au CECOS, tu ne pourras jamais vérifier si c’est vrai.

Raison n°7 : Parce que tu aimerais savoir comment bien te désinfecter les parties génitales. L’hygiène c’est important.

Raison n° 8 : Parce que tu es collectionneur de vieux magazines pornos. Au CECOS, ils en ont sans doute des que tu as pas.

Raison n°9 : Parce que c’est une très bonne excuse pour ne pas aller bosser.

Raison n°10 : Parce que c’est cool. Et toi là, derrière ton ordinateur, tu est cool. Si si.

Raison n°11 : Parce que tu emmerdes les Catholiques Intégristes.

Raison n°12 : Parce que c’est ton Destin.

Raison n°13 : Parce que les enfants issus de ton don ne te réveilleront jamais la nuit. Ni le jour. En fait, ils vont te foutre une paix royale. Pas comme les tiens.

Raison n°14 : Parce que ta Sexy Belle-Soeur est gynécologue dans un CECOS et que ça te donnera l’occasion d’aller lui dire bonjour (en tout bien, tout honneur, bien sûr).

Raison n°15 : Parce qu’il a été scientifiquement prouvé que les donneurs étaient de super bons coups. Et toi là, derrière ton ordinateur tu es un super bon coup. Si si.

Raison n°16 : Parce que ça fait grossir le pénis.

Raison n°17 : Parce que tu es un peu pervers, que tu aimes les lieux publics (jardins publics, train, écoles…) et que tu n’as pas encore fait l’hôpital. En plus là, on va même pas t’envoyer en garde à vue.

Raison n° 18 : Parce que ça va impressionner tes amis.

Raison n°19 : Parce que ça  a aidé DSK a maîtriser ses pulsions. Après il a arrêté et tu vois où ça l’a mené.

Raison n° 20 : Parce qu’il a été scientifiquement prouvé que les donneurs ont un QI supérieur à la moyenne. Et que toi là, derrière ton ordinateur, tu as un QI supérieur à la moyenne. Si si.

D’autres bonnes raisons de donner son sperme ici.

Lettre à Dominique A

Mon Dom,

Je t’aime depuis longtemps, je te suis depuis tes débuts. A l’époque tu avais des cheveux et tu étais un peu moins dépressif. Tu me dois beaucoup. J’ai acheté tous tes albums, je couine à tous tes concerts. Si tu as les moyens de t’acheter tes guitares et de faire ton beau sur scène, c’est grâce à moi.

Aujourd’hui, je te donne l’occasion de t’acquitter de ta dette et de faire un geste qui donnera un sens à ta vie (tu pourras en faire tout plein de belles chansons). Aujourd’hui, je te propose de me donner ton sperme. Tu es une âme sensible, Dominique. Cette proposition, tu ne peux pas y rester indifférent. Le don, c’est la vie.

C’est super sympa de ma part parce que bon, soyons honnêtes, t’es pas Brad Pitt non plus. Mais j’ai compris que tu avais besoin d’aide et je suis comme ça, j’ai le coeur sur la main. Tu  ne peux que dire oui (et te sentir flatter). Reste à nous mettre d’accord sur les modalités. Rien ne vaut le sperme frais alors je propose la méthode artisanale. C’est pas que j’en ai envie, hein, mais bon, il faut ce qu’il faut (personnellement j’aurais préféré une FIV, c’est tellement plus pratique). J’ovulerai aux alentours du 24 Avril donc si tu es sur Paris à ce moment-là, je propose que nous procédions à notre échange de fluides dans l’hôtel de ton choix. Envois-moi tes trois derniers spermogrammes et s’ils sont bons, mon dedans de moi seras à toi.

Dominique, il faut tout de même que je te prévienne. Je suis méga bonne, spirituelle et drôle. En plus, j’ai le plus bel utérus de la planète Terre (sauf le col mais ça a été réparé) avec une glaire cervicale superbe (ça te fais pas rêver ça?). Après cette rencontre, tu vas mourir d’amour pour moi (c’est normal, ça fait ça à tout ceux qui me voit de l’intérieur). Sauf que mon coeur est déjà pris. Alors tu vas souffrir. Mais dis-toi que si tu fais bien ton boulot (me féconder), tu continueras de vivre en moi et que c’est un cadeau inestimable que je te fais. Tes gènes seront à jamais unis aux miens. Et puis, si tu veux, je te laisserai une copie de mon hystérosalpingographie comme ça tu pourras contempler ma magnificence utérine et te souvenir de ce moment heureux que nous aurons partagé (enfin, surtout toi, parce que moi c’est surtout pour te rendre service).

j’espère que tes larmes de joies ne t’empêche pas de lire cette lettre en entier. Non, tu ne rêve pas Dominique. Ma proposition est tout ce qu’il y a de plus honnête.

A bientôt, mon Dominou.

Big Bisous

La fille

Les gens

On ne le sait pas assez mais les gens sont omniscients. Ils savent mieux que toi ce qui fait souffrir et ce qui ne le fait pas. Toi, bougre d’infertile,  tu ne sais rien. Tu crois que tes difficultés à te reproduire sont une épreuve mais en fait t’as capté que dalle. La preuve, « il ya pire que ça dans la vie ».

Devant tant de clairvoyance, tu te dois de t’incliner. Que la personne qui t’annonce cette vérité vraie n’ait jamais rien vécu de plus douloureux qu’un panaris ne doit pas amoindrir la valeur de son jugement. Elle sait. Elle regarde Confessions intimes sur TF1. Et pas plus tard qu’hier elle a pleuré en regardant les infos. 21 enfants sont morts dans un accident de bus et c’est terrible (par contre les adultes on s’en fiche).

Toi, infertile, tu ne peux pas comprendre. Déjà, en tant que nullipare, tu es forcément insensible à la douleur d’autrui et qui plus est à celle de parents, mais en plus, tu chiales pour rien. L’infertilité ça fait pas mal. Moins qu’un panaris en tous cas. Alors pouêt-pouêt.

Les gens, ils ont un annuaire des trucs graves de la vie. Tout y est recensé, les cancers, les deuils, les viols, les panaris, tout.  En plus il y a un barème avec des points. Les gens qui n’ont vécu ni le cancer, ni le viol, ni le deuil, ni l’infertilité et surtout pas les quatre à la fois savent très bien que tout en bas du barème il y a l’OATS, l’insuffisance ovarienne et l’endométriose (0,5 point). Le panaris, c’est 50, juste devant la leucémie (45).

D’ailleurs on peut vivre très heureux sans enfants. Enfin, toi. Eux, ils ont eu des gosses, ils sont normaux, merci. Mais toi, tu peux. Et tu dois. T’inscrire dans un long parcours d’AMP, c’est égoïste. Il faut savoir accepter son sort. L’infertilité c’est déjà un truc de gros connard égocentrique. Mais vouloir en sortir c’est encore pire. Etre parent, c’est une preuve de leur équilibre psychique- puisqu’il est bien connu que l’infertilité c’est dans la tête – mais surtout de leur incommensurable sagesse. Ton infertilité est la preuve de ta nullitude.

Les gens ont tout compris à la vie. Pas toi. Bah ouais, sinon tu serais fertile, sombre crétin. Donc quand un de tes proches te dit « faut pas y penser, ça viendra tout seul », tu lui dit merci. Parce que c’est vrai, quoi. Comme méthode de contraception on a pas trouver mieux que d’y penser. Personne ne le dit parce que l’industrie pharmaceutique ne veut pas que ça se sache (encore un complot crypto-communiste). C’est comme le moteur à eau dont le brevet a été racheté par les grandes compagnies pétrolières. On nous manipule.

En plus de toutes ces qualités (c’est déjà beaucoup pour un seul homme), les gens sont extralucides. Ouais, s’ils te dises ‘bah, ça va venir », c’est que c’est vrai. Et pas de mauvais esprit, infertile aigri, c’est pas ta main dans leur gueule qui va venir. C’est un bébé. Tu vois, tu t’inquiète pour rien. Tu relativises pas assez. T’aurais pu être Natacha Kempush, avoir un panaris ET être infertile. Bordel de bordel, t’es trop un chanceux de la vie mais tu fais que te plaindre. Ouiiiii, je suis malheureux, j’ai pas d’enfants!! Ah ben bravo, avec une mentalité pareille, c’est bien fait pour ta gueule. T’avoir pour parent, ça, c’est dans l’annuaire des trucs graves de la vie. 70 points. Encore pire que le panaris.

Les gens savent bien que quand on est infertile, il te pousse une espèce d’aura qui te protège des vrais trucs grave de la vie. Genre quand t’as  une azoospermie, t’as pas de cancer (sic), ta femme se fait jamais violée, tu vis pas à Fukushima ni dans une cave louée 700€/mois. Tu peux pas comparer donc. Sinon tu saurais que l’AMP, c’est un peu la maison du bonheur avec des volets en forme de cœur et des arc-en-ciels  dans le jardin sur lesquels tu fais du toboggan. Mais toi, t’es trop nase, tu crois que c’est juste de longs couloirs froids d’hôpitaux, des doses de cheval d’hormones que tu t’injectes dans le bise, des ponctions d’ovocytes où on te transperce l’utérus et les ovaires avec une longue aiguille, des hyperstimulations, des écho et des prises de sang tous les deux jours, de l’angoisse, de l’angoisse et de l’angoisse. Toi tu crois que l’AMP, c’est juste une magistrale claque dans ta gueule quand ça marche pas.

Les gens te font chier. Mais c’est normal, t’es aigri. Tu sais pas voir le verre à moitié plein. Tu fais que traîner en pyjama en pleurant sur tes embryons qui se sont pas accrochés ou tes ovaires qui ont pas été fichu de choper un spermato. Ouais, ben, pendant ce temps là, il y a des gens qui ont des panaris. Et ça fait mal les panaris, BORDEL!

Les gens font tout ce qu’ils peuvent pour t’aider, genre te culpabiliser en te disant que c’est dans ta tête. Bon, toi, forcément, tu prends tout mal. Les gens c’est pas Mère Thérésa, il y a un moment où ils en ont marre de ton ingratitude. Tu peux pas leur en vouloir. C’est déjà bien sympa de leur part de continuer à t’adresser la parole. Rien que l’autre jour, ils ont dur arrêter 5 minutes de parler de leur gosse (qui est un génie soit dit en passant) pour t’écouter leur expliquer que ta 3ème fiv vient de foirer. C’est énorme 5 minutes. Tu peux pas en plus leur demander de compatir. Faudrait pas abuser non plus. De toute façon tu peux pas comprendre à quel point c’est dur d’être parents. Eux y arrivent mais toi, c’est sûr que tu vas en chier. Déjà que tes pas doué pour les faire, les gosses, alors les élever, tu penses. Autant demander à un cul-de-jatte de faire des pointes.

Les gens sont quand même vachement sympas de te supporter. Parce que franchement, tu mériterais de crever d’un panaris en regardant Confessions intimes. Là, tu comprendrais, ce que c’est que la souffrance.