La fille qui relisait l’intégral des Rougon-Macquart

Hier, la fille a passé son deuxième  contrôle. Pas de Professeur pour lui faire son écho mais une interne qui s’est contenté de dire « c’est bien, vos follicules poussent de façon homogène, c’est bon signe. » La fille demande s’ils sont toujours onze et l’interne lui répond qu’elle en a vu 4 ou 5 de chaque côté. La fille n’en saura pas plus. Pas de nouvelle de son endomètre. Mais ne dit-on pas pas de nouvelles, bonne nouvelle? Bref, la fille doit continuer son traitement sans rien changer et revenir le mercredi pour un dernier monitorage. Ensuite, elle rencontre Natacha pour sa prise de sang. Natacha est aussi sympa que Paulette et comme cette dernière, elle lui a défoncé le bras (« elles sont fragiles vos veines »). Aïe.

Dans l’après-midi, l’hôpital appelle la fille. Ses dosages sont élevés, elle  doit revenir le lendemain pour faire son monitorage. Soit ce matin. Et ce matin, c’était bien parce que la gynécologue (encore une nouvelle tête) était accompagné d’un étudiant (c’est un hôpital universitaire, là où elle est suivie), elle lui a tout bien expliqué. La fille a ainsi vu son endomètre à l’écho. Et la doc a dit qu’il était de 9 mm et de catégorie A. La classe quoi. Il y a toujours 11 follicules mais il y en a un à la traîne (10 mm, le naze). Les autres font entre 15 et 19 mm. Le plus gros est rétro-utérin (et hop, la fille apprend des nouveaux mots), c’est-à-dire qu’il planqué derrière l’utérus. Ensuite, elle a retrouvé Paulette pour la prise de sang. Toujours aussi chouette. Comme le bras gauche a un peu été pris d’assaut des derniers jours, elle a tenté de piquer la fille dans le droit. Sauf que dans le bras droit, la fille a une veine inviolable. Impossible d’y planter une aiguille, elle roule. Paulette a insisté, a fini par l’avoir mais le sang ne coulait pas. Vaincue, elle est revenue au bras gauche. Encore une fois, la fille est repartie avec pansement à chaque bras (et le bleu qui va avec).

Résultats des courses, ce soir, la fille fait comme d’habitude mais elle déclenche demain soir à 21h30 pour une ponction vendredi matin.

La fille qui avait passé son premier contrôle

Vendredi 21 septembre 2012

5h00 : Le réveil sonne. La fille sort péniblement une main de dessous la couette. Putain, il pèle alors que sous la couette, on est si  bien. Elle ouvre l’oeil gauche puis le referme.

5h05 : Le réveil re-sonne.  La fille sort péniblement une main de dessous la couette. Putain, il pèle alors que sous la couette, on est si  bien. Elle ouvre l’oeil droit puis le referme.

5h10 : Le réveil re-sonne.  La fille sort péniblement une main de dessous la couette. Putain, il pèle alors que sous la couette, on est si  bien. Elle ouvre les deux yeux puis les referme.

5h15 : Le réveil re-sonne.  La fille sort péniblement une main de dessous la couette. Putain, il pèle alors que sous la couette, on est si  bien. Elle ouvre les deux yeux puis s’éjecte du lit.

5h20 : La fille est sous la douche. Elle se lave le visage et trouve que ça sent pas comme d’habitude. Normal, elle vient de se tartiner la face de gel pour la toilette intime. Imperturbable (à 5h du mat, rien ne peut perturber la fille) elle continue de se doucher et se lave la fouffe avec son shampoing spécial cheveux gras. C’était pas voulu mais au moins ses poils pubiens sentiront bon.

5h40 : Elle boit un thé pour accompagner son acide folique. Elle ne mange rien parce que Paulette a dit qu’elle devait rester à jeun. La fille regarde le chat bouffer ses croquettes.

5h55 : Elle cherche dans les affaires d’hiver une écharpe puis se ravise. Finalement, elle choisit un foulard.

6h00 : Elle quitte la maison. Il pèle. Elle se dit qu’elle aurait peut-être due prendre son écharpe. Trop tard.

6h24 : La fille grimpe dans le train avec la France qui se lève tôt. Elle est nombreuse cette France-là. Et plutôt d’en bas.

6h50 : Arrivée en gare de Paris. Elle s’engouffre dans le  métro. Dans un couloir, elle aperçoit une merde humaine (ceci n’est pas une image). Ligne 3, une femme qui n’a jamais du prendre de douche de sa vie entre dans la rame en hurlant. « Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!!!! ». Elle pense à PMgirl qui préfère le métro au bus. Là, elle avoue qu’elle comprend pas pourquoi.

7h15 : La fille arrive à  l’hôpital. Direction le deuxième étage. Elle inscrit son nom sur la feuille de présence à coté de l’ascenseur comme le lui a bien expliqué Paulette. La salle d’attente est déjà prise d’assaut. Elle trouve un siège vide dans un coin et sort son roman( Expiation de Ian McEwan). A sa droite une femme lit Closer, à sa gauche une autre lit Glamour.

7h30 : Elle entend une voix qu’elle connait…  Non, c’est pas vrai! C’est Lui. Le Professeur! Son Professeur! Elle se félicite intérieurement d’avoir soigné son épilation du maillot comme elle le Lui avait promis.

7h42 : … Ce qu’elle refusait, c’était le « puisque c’est toi ». Elle ne jouait pas Arabella parce qu’elle était l’auteur de la pièce, mais parce que aucune autre possibilité ne lui avait traversé l’esprit, parce que c’était ainsi que Léon devait la voir, parce qu’elle était Arabella. (p. 29)

7h52 : La fille a envie d’aller aux toilettes. Elle se demande si elle ne risque pas d’être appelée pendant qu’elle urine. Elle regarde la salle d’attente. Ça n’avance pas très vite. Elle décide qu’elle a le temps.

8h12 : … changer de robe ce matin. Elle se disait qu’elle devrait, comme Lola, soigner davantage son apparence. Il était puéril de ne pas le faire. Mais quel effort cela représentait ! Le silence lui sifflait aux oreilles et sa vison… (p.55)

8h 26 : … les symboles télépathiques s’accumuler, se dérouler au bout de sa plume. Elle pourrait écrire trois fois la même scène, trois points de vue différents ; son enthousiasme… (p.62)

8h 39 : … ce qui était agréable – en fait, en dehors de la chambre de Briony… La fille L’entend qui l’appelle. Elle range son livre dans son sac et se dirige vers Lui. Elle Lui fait un grand sourire et Lui tend sa main pour Lui dire bonjour. Et incroyable, Il la Lui serre (une vraie poignée de main pas comme l’autre chiffe-molle d‘anesthésiste). Derrière Le Professeur, la fille distingue un tout jeune homme dont elle suppose qu’il est étudiant. Le Professeur n’estime pas nécessaire de le lui présenter. Tout ce beau monde s’engouffre dans la salle d’échographie. La fille se demande si elle ne risque pas d’être poursuivie pour attentat à la pudeur si elle se déshabille devant le jeune homme. Est-il seulement majeur? Au vue de tous les sexes féminins qu’il a du apercevoir depuis 7h00 du matin, elle peut y aller tranquille. Le Professeur demande à la fille (Mon Dieu, Il me parle!) comment elle supporte le traitement. Bien. Elle grimpant sur la table d’examen, elle est tout émotionnée. C’est la première fois qu’elle va Lui montrer son dedans de elle. Il insère délicatement la sonde et commente ce qu’Il voit à l’image. « Alors ça,  vous voyez, c’est votre utérus ».  Si Tu le dis. La fille ne voit qu’un flou gris. « Là, c’est votre endomètre. Il fait 7 mm ». Ha. « Et là, c’est votre ovaire droit. Il y a 7 follicules mais ils sont tout petits. C’est normal, c’est le début. » 16 jours de piqûres, Tu parles d’un début.  « On va regarder l’ovaire gauche. Il est là. Il y a quatre follicules. Ça nous fait 11 follicules entre 7 et 8 mm. » La fille s’attend à un commentaire du type « c’est bien » mais rien. Ça la change du Dr B qui pouvait entrer en transe rien qu’en regardant sa glaire cervicale. Pendant ce temps, l’étudiant est resté assis sur une chaise et n’a pas ouvert la bouche une fois. C’est normal, c’est pas tous les jours qu’il doit voir des dedans de soi aussi beaux. Le Professeur, Lui aussi doit être impressionné mais Il a une rôle à tenir, celui du médecin blasé qui a vu plus de vagins dans sa vie que Casanova. Pendant que la fille se rhabille, Il lui dit qu’Il pense qu’elle peut continuer le traitement aux mêmes dosages et revenir Lundi faire un autre contrôle. Si jamais en recevant les résultats de sa prise de sang, ils estiment qu’il faut changer le protocole, ils l’appelleront. Il la raccompagne à la porte (suivi de l’étudiant) et là, elle voit Sa bouche s’étirer sur les côtés en un rictus étrange. La fille cligne des yeux. Non, elle ne rêve pas, Il lui sourit. Bon, c’est pas un sourire franc et massif mais putain, c’est un sourire quand même ! Et quand Il lui souhaite une bonne journée, elle est à deux doigts de défaillir.

8h45 : La fille retourne en salle d’attente le coeur battant. Merde, Le Professeur a presque été aimable. Comment est-ce possible?  Un effet de sa magnificence utérine? Ou est-Il tout simplement humain? La fille reprend sa lecture.

8h53 : ... Le lancement de Rainbow Amo avait été un triomphe mais seulement après quelques sérieux soucis de distributions, désormais... (p.73)

9h11 : … les accablait. La tristesse d’être loin de chez eux les saisit lorsque Pierrot annonçât qu’il avait faim – ils ne dîneraient pas avant plusieurs heures, et il serait inconvenant de … (p.82)

9h24 : … elle pensa aux rails brûlants qui amenaient… On appelle la fille pour sa prise de sang. Ce coup-ci ce n’est pas Paulette mais Petula. Sympa mais moins chouette que Paulette. Elle vérifie l’identité de la fille, remplie des papiers, demande à la fille de vérifier que c’est bien son nom et sa date de naissance qui sont inscrits sur les étiquettes (la fille vérifie, c’est bon) et demande si c’est bien pour une FIV avec sperme de donneur que la fille est là. Oui. La fille s’installe sur la fauteuil et lui tend son bras. Petula prépare le nombre de tubes nécessaires (cinq) pour la prise de sang. Elle lui demande si la fille est du genre à tomber dans les paumes. Non, ça n’est jamais arrivé. « Et vous avez bien mangez ce matin? ».  » Ha bah non, on m’a demandé de venir a jeun. »  » Qui vous a demandé ça? »  » Paulette et ça a été confirmé par mail. J’ai juste bu un thé. »  » Mais c’est une FIV avec sperme de conjoint ou avec donneur que vous faites? » Elle se demande ce que ça a à voir avec son dosage hormonal.  » De donneur. »  » Ha. Alors il faut deux tubes de plus. » Un peu plus et Petula oubliait. Elle se lance et pique la fille. Sauf qu’aucun sang de sort. « Je comprend pas, je devrais être dans la veine. » Il fait croire que non. Petula trifouille le bras de la fille. Rien à faire. « Je suis désolée mais va falloir que je vous pique dans l’autre bras, je ne trouve pas la veine. C’est bizarre, ça ne m’arrive jamais. » C’est la bien la veine de la fille ça (haha). Elle  lui tend l’autre bras (celui que Paulette lui avait explosait deux semaines plus tôt et dont elle garde encore les stigmates). Cette fois-ci Petula trouve la veine. Alléluia.

9h32 : La fille, un pansement sur chaque bras, descend au CECOS pour leur filer ses sérologies et celles de l’homme. Ça faisait longtemps qu’elle ne s’y était pas rendu et quand elle ouvre la porte du service, elle croit s’être trompé tellement ça ne ressemble pas à son souvenir. A sa gauche, une salle d’attente remplie d’hommes lui fait se dire qu’elle doit être au bon endroit. Elle est tellement paumée qu’elle doit demander à une infirmière où  est le secrétariat du CECOS. Le Goulag n’est pas à son bureau, c’est une autre secrétaire qui est là. La fille lui explique qu’elle ramène des résultats d’examens. La dame lui demande son nom. La fille. « Et celui de votre conjoint? ». L’homme. « Ha oui, l’homme, on connait bien ! » La fille se demande pourquoi?  Il a pris un abonnement ou quoi? C’est elle qui les harcèle au téléphone pourtant. Si ça se trouve, c’est à cause de son nom. Il a un nom belge (ce qui s’explique par le fait qu’il est belge) en De Quelquechose. Souvent les gens pensent que c’est un nom à particule alors qu’en flamand, ça veut dire  le meunier ou un truc dans le genre. Le CECOS s’imagine peut-être avoir un noble parmi ses patients.

9h38 : La fille sort de l’hôpital. Elle y retourne lundi. Youpi.

P.S : Plume Qui Enfante fait un sondage sur l’infertilité masculine. Donc si vous avez un homme OATS  (s’il n’est que O ou que A ou que T, ça marche aussi) et que vous avez réussi à faire un enfant avec lui (peut importe comment) venez le dire ici. Si vous avez un homme azoospermique, vous n’êtes pas concernée.

La fille qui entamait la phase 2 de la FIV

Lundi dernier, la fille s’est rendue à l’hôpital pour rencontrer l’anesthésiste du service AMP. C’était la première fois qu’elle pénétrait dans ce coin de l’hôpital (étage 2). Jusqu’à présent elle s’était toujours rendue dans le bureau du Professeur (étage 4 ou 5, elle ne sait plus) et au CECOS (à  la cave juste après la PMI). La fille avait rendez-vous à 14h, elle s’est donc présenté à l’accueil à… 14h. La secrétaire (très aimable, pas comme celle du CECOS) l’informe que le Dr Sommeil est parti prendre un café en l’attendant. La fille s’installe en salle d’attente persuadée qu’il ne va pas tarder.

Naïve, la fille.

Le Dr Sommeil, il a du le torréfier lui-même son café (Hey, Gringos, il est bon mon café) parce qu’il s’est pointé comme une fleur avec une heure de retard. A moins qu’il n’est rencontré Anne-Sophie, la nouvelle externe du service urologie et qu’il se soit mis en devoir de lui expliquer toute les subtilités de la spécialité d’anesthésie-réanimation, un bien beau métier. Anne-Sophie étant très bonne ouverte, elle a été ravie de pouvoir discuter avec un futur  coup confrère et ensemble ils ont convenu qu’un jour ils bosseraient ensemble (« Anne-Sophie, je rêverais de vous voir nue pratiquer une biopsie testiculaire pendant que je m’occupe de l’anesthésie du connard patient »).

La fille trouve qu’on devrait mentir systématiquement aux patients en cas de retard du médecin. « le Dr Sommeil vient d’être appelé pour une urgence, il viendra dès que possible », c’est très crédible et ça calme tout le monde. Ça te fais chier de poireauter mais t’oses pas râler parce qui t’imagines ton Dr Sommeil à califourchon sur une femme inanimée pratiquant un vigoureux massage cardiaque  en gueulant « Je veux qu’on lui fasse NFS, chimie, iono et apportez-moi le défibrillateur, merde!!! » (la fille a vu tous les épisodes d’Urgence). Quand il arrive enfin (échevelé et le souffle court), il a l’aura des héros et te dit tranquillement « excusez-mon retard, j’ai du réanimer une femme qui a fait une hyperstimulation sévère. Alors vous venez pour une première FIV? Vous verrez, ça va bien se passer. »

En vrai, le Dr Sommeil s’est pointé avec sa gueule de jeune premier (de l’avis de la fille, il a du avoir son bac la semaine dernière), sans s’excuser (alors que même pas, il sauvait des vies, il était juste en train de draguer Anne-Sophie) et lui a tendu une main moite et molle que la fille a serré avec une pointe de dégoût (autant te dire que ce type galvaude totalement l’expression « se serrer la main ». Lui, il tend la sienne et c’est à toi de faire tout le boulot). On avait demandé à la fille de remplir un questionnaire détaillé sur ses antécédents médicaux en vue de cette consultation qu’il n’a même pas récupéré, il a posé deux-trois questions histoire de dire qu’il a pas eu son diplôme dans une pochette surprise, lui a demandé d’ouvrir grand la bouche et de tirer la langue (limite, ça gène plus la fille que de montrer son dedans de elle, question d’habitude sans doute) et ce fut tout. Une heure d’attente, cinq minutes de consultation.

Heureusement, la fille devait aussi rencontrer les sages-femmes du centre d’AMP. Et ce fut Paulette qui l’a reçue. Paulette est très sympa, elle a répondu à toutes les questions de la fille concernant la FIV, lui a donné deux trois tuyaux (il faut toujours purger le stylo de Gonal quand on l’entame, ne pas se pratiquer les injections de Déca et de Gonal du même côté, etc.), puis elle a fait une prise de sang à la fille. Parce que la fille a été recrutée pour participer à une étude sur les facteurs de coagulations chez les femmes pendant leur stimulations ovariennes (ils essaient de voir s’ils peuvent prédire quelles seront les femmes à risque d’embolie et de phlébite pendant leur grossesse). Pour la fille, ça ne change pas grand chose. Quand elle ira faire ses contrôle à l’hôpital en plus du prélèvement sanguin pour le dosage hormonal, il lui prendront deux tubes en plus pour leur recherche. Paulette a dit que « le seul truc c’est que vous devrez faire votre premier test de grossesse ici. Mais les deux suivant vous pourrez les faire dans votre laboratoire près de chez vous. » La fille a aimé l’optimisme de Paulette. Il n’y aura plusieurs tests de grossesse que si le premier est positif. Le fait qu’elle utilise le futur plutôt que le conditionnel lui a mis du baume au coeur. Et même si son bras lui a fait un mal de chien pendant 3 jours et que le lendemain elle a eu un bleu (qui aujourd’hui est devenu jaune) de 10 cm de long là où Paulette l’a piquée (oui, elle a mesuré), la fille l’aime.

D’autant plus que Paulette a enfreint la loi pour aider la fille. Lorsque le CECOS a rappelé la fille (avec deux semaines de retard) pour lui dire qu’il y avait bien des paillettes de disponibles, ils en ont profité pour leur demander de refaire leurs sérologies (les siennes et celles de l’homme). Un truc du CECOS, c’est qu’en plus de ne jamais répondre au téléphone, ils aiment bien te demander de refaire des examens mais démerdes-toi pour les ordonnances. La fille en a touché un mot à Paulette, espérant que le Professeur pourrait les lui faire. Sauf que le Professeur n’était pas disponible (le lundi, il doit jouer au golf avec le chef de service du service d’oncologie*). N’écoutant que son courage, Paulette a imprimé deux ordonnances censément rédigées par le Professeur et les a signé elle-même en disant « Houlala, je vais aller en prison. J’imite la signature du grand patron. » Ça, c’est du dévouement.

A noter que quand la fille s’est rendu dans son laboratoire  Labroussien pour faire son dosage hormonal post-blocage des ovaires, elle en a profité pour faire ses sérologies. Elle a donc présenté ses deux ordonnances, celle pour le dosage hormonal signée par le Professeur et celle des sérologies signée par Paulettes. Ca n’a pas eu l’aire de perturber la secrétaire que le même médecin ait deux signatures différentes. Comme quoi, ça doit être assez simple de falsifier une ordonnance (mais ne le fait pas lecteur, c’est très mal, encore pire que le téléchargement illégal).

Au final, les ovaires de la fille sont bien bloquées et depuis samedi, elle a attaqué la stimulation au Gonal-f. La fille voudrait te dire à quel point c’est de la joie  et de la simplicité de se piquer avec un stylo pré-rempli mais comme elle doit continuer le Décapeptyl, son bonheur est nettement amoindri par ce dernier. Enfin, elle ne va pas se plaindre elle n’a pas de bleus et pas d’effets secondaires (à part les ovaires qui tirent un peu depuis le début de la stim). C’est d’ailleurs assez bizarre de les sentir à ce point. C’est vrai quoi, en temps normal, ses ovaires, la fille se rappelle qu’ils existent quand elle ovule (et encore, pas toujours) mais sinon, elle les oublie. Comme sa rate en somme (à la différence près que la rate n’ovule pas). Ben là, elle ne peut plus les ignorer. Ils ne lui font pas mal mais elle a l’impression qu’ils pèsent une tonne chacun. Les pauvres, ils ont pas l’habitude de bosser autant.

Vendredi, la fille retourne à l’hôpital pour son premier contrôle. Affaire à suivre donc…

*Tu noteras que la fille est pleine de préjuger sur la vie des médecins. Elle les imagine tous jouant au golf ou se prélassant sur une plage de sable blanc mais c’est pour rire. En vrai, elle pense que le Professeur, quand il ne professe pas ou qu’il ne ponctionne pas des ovaires, il va dormir dans une des cuve d’azote liquide du CECOS. Elle pense que la photo des deux gamins qu’elle a vu dans son bureau une fois, c’est juste pour lui donner un air vaguement normal. Il a du la découper dans un catalogue La Redoute mais la fille n’est pas dupe. De toute façon, le Professeur n’est pas humain (un peu comme les vampires mais en nettement moins sexy qu’Eric de True Blood)(dommage).

La fille qui était un chouïa contrariée

Comment veux-tu rester zen une partie de la réussite de ta FIV (et pas la moindre) dépend du CECOS? Comment veux-tu garder ton calme quand il te faut presqu’une semaine pour obtenir une réponse (foireuse la réponde) à une question toute simple : avons-nous des paillettes disponibles pour notre prochaine FIV?

Résumé des épisodes précédents :

Jour 1 : appels au secrétariat du CECOS. Le matin, ça sonne occupé ou dans le vide. La fille se dit que n’ayant jamais réussi à les joindre, elle rappellera l’après-midi. L’après-midi, elle tombe sur le répondeur qui l’informe que les bureaux sont ouverte de 8h30 à 16h30. La fille regarde l’heure à sa montre, il est 14h. 16h15, enfin, ça sonne et enfin ça répond. La fille explique pour la FIVD et le besoin imminent de paillettes. Réponse : on vous rappelle. 16h30, personne n’a rappelé la fille, les bureaux sont fermés.

Jour 2 : Pas d’appel du CECOS. Il vient tout juste de ré-ouvrir après les vacances du mois d’août, ils doivent être débordés, la fille se dit qu’ils appelleront le lendemain.

Jour 3 : Bon, ben, toujours pas de nouvelles. La fille commence à se demander s’il est possible qu’ils n’aient pas de paillettes à leur fournir. Si on leur demande d’appeler pour vérifier à chaque fois, c’est sans doute que c’est possible. Mais est-ce déjà arrivé?

Jour 4 : La fille tente de joindre le CECOS. Même scénario qu’à jour 1 sauf que personne ne finira par lui répondre.

Jour 5 : La fille passe sa journée au téléphone et arrive à joindre le CECOS deux fois dans la même journée. Une fois le matin où une secrétaire dont la fille ne reconnait pas la voix lui demande de rappeler l’après-midi vers 14 h (mais à 14h, le répondeur est branché) et une fois vers 16h15 où le Goulag lui répond qu’ils sont débordés, qu’ils n’ont aucune idée de la disponibilité des paillettes mais que dans la mesure où le donneur est blanc, elle n’a qu’à considérer que c’est bon et commencer son traitement.

Où commencer une FIVD dans de bonnes conditions. Dans deux jours la fille commence le Décapeptyl et elle n’est même pas certaine que la fécondation pourra se faire faute d’avoir des gamètes mâles disponibles. La fille espère vraiment qu’ils savent ce qu’ils font au CECOS et qu’elle va pas se taper des injections d’hormones pour rien. Non, parce que la possibilité que la fille est préparée à la mauvaise réponse de ses ovaires, à l’hyperstimulation, à la ponction blanche ou au non transfert pour cause de pas de fécondation de ses ovocytes. Ça lui ferait mal au cul mais ça fait partie des risque que l’on prend quand on fait une FIV. On le sait. Mais annuler une FIV parce que le CECOS est débordé et ne peut pas faire son travail, elle est pas certaine de bien le vivre.

La fille a envoyé un mail à son centre de FIV et elle verra bien ce qu’ils lui répondront. En espérant que tout ira bien. En attendant, la filel vient de faire connaissance avec le Décappetyl et elle est très déçue. Déçue, déçue, déçue. Quand la fille a vu que cette fois-ci elle aurait droit au Gonal-f stylo, elle a été transportée de joie. Pas de mélange à faire, youpi! C’était sans compter sur le décapepetyl. Non seulement cette saleté n’est pas prête à l’emploi comme elle le pensait naïvement mais en plus, les seringues ne sont même pas fournies. Bordel. Et qu’est-ce qu’elle doit prendre comme taille d’aiguilles la fille? Elle n’a aucune idée de l’épaisseur du produit.

Toi lectrice qui a utilisé du décapeptyl 0,1 mg, tu prend quoi, par exemple? En plus la fille a vu que le solvant est dans une ampoule en verre et la fille aime pas les ampoules. A chaque fois qu’elle essaie d’en ouvrir une, elle se micro-coupe, c’est atroce. Ça micro-saigne, ça fait micro-mal, une vrai boucherie. En plus, douée comme elle est, elle va s’injecter des micro-morceaux de verre et va s’avoir si ça va pas la micro-tuer. Et pour couronner le tout, Labrousse n’organise pas la collecte des seringues usagées alors la fille 1) n’a pas de mini-poubelle jaune bien pratique 2) va devoir aller jusqu’à la déchetterie pour jeter ses vieilles seringues rouillées 3) ne sait pas où les stocker en attendant. Elle en regretterais presque Paris, sa pollution, son métro qui pue, ses trottoirs plein de merde (et pas forcément canines) et sa collecte de seringues usagées si bien organisée.

Suite de FIV 1 au prochain épisode… Ou pas.

Réponse de l’hôpital

Au courrier, samedi matin, la fille a eu la joie de trouver une lettre de l’hôpital. Chouette qu’elle s’est dit. Elle les remercie d’ailleurs de leur respect du secret médical qui les pousse à tamponner sur l’enveloppe « Service d’Assistance Médicale à la Procréation ». La fille est bien contente de n’avoir encore jamais rencontré son facteur mais passons. La fille est heureuse, elle va enfin en savoir plus sur l’organisation de sa FIV. Elle ouvre l’enveloppe et lit :

STAFF DE F.I.V du 17.07.2012

Nom : La fille                                                                                                                          Médecin consultant : le Professeur

Date de naissance : ../12/1977

Conjoint : l’homme

Etaient présents: 

Le Professeur, Docteur Trucmuche, Docteur Bidule, Machine Chose, l’interne de service, le Docteur d’un autre hôpital que tu te demandes ce qu’il fout là mais ça fait genre on s’est penché sur votre cas et on a beaucoup réfléchi. 

Histoire du couple :

Patiente de 34 ans, infertilité primaire depuis 2007, d’origine masculine. L’homme a eu un séminome testiculaire gauche avec orchidectomie et chimiothérapie, suivie d’une azoospermie. Trois cycles d’IAD ont été réalisés par le Dr B sans résultat.

En mars 2012 une conisation a été fait par le Dr Colpo pour un adénocarinome in situ du col. Tous les contrôles récents sont négatifs et la patiente va être suivie sur ce plan.

Cause de l’infertilité :

Masculine

Proposition du staff : 

Du fait de l’ancienneté de l’infertilité, on accepte l’indication de passage en FIV avec sperme de donneur. 

Très bien, la fille apprécie beaucoup cet esprit de synthèse qui leur permet résumer cinq ans de leur vie en trois phrases (en fait, c’est 7 ans de leur vie mais ne soyons pas tatillons). Elle aime aussi beaucoup le « on accepte » tellement plus cool et original qu’un vulgaire « nous acceptons » bien trop formel. On les sent tout de suite plus proche de soi, ça fait plaisir.

Mais, car il y a un mais, la fille trouve qu’il manque une information de taille. Non pas qu’elle ne prenne pas au sérieux leur staff mais honnêtement, il n’y avait pas vraiment de suspens quand au fait qu’ils acceptent (et on les en remercie du fond du coeur) l’homme et la fille en FIV. Ça fait 20 ans que le Professeur ponctionne des ovocytes à la chaîne (peut-être plus, la fille le soupçonne de s’être entraîné sur des animaux quand il était enfant)(à l’époque, il hésitait entre la gynécologie et le meurtre en série), elle suppose donc que s’il recommande le passage à la FIV, globalement, il y a de fortes chances que le staff suive.

Ce que la fille aurait aimé savoir, c’est quand est-ce qu’elle va pouvoir la faire CETTE PUTAIN DE FIV??? Or, elle a beau chercher, il n’est indiqué nulle part de date  de top départ (ni aucune autre information sur le protocole qu’elle doit suivre). Sans vouloir avoir l’air de râler (c’est pas du tout le genre de la fille), c’eut été sympa de la lui communiquer cette date (aujourd’hui, révisons le passé antérieur avec la fille). A la place, ils lui ont filé un nouveau consentement à signer et à renvoyer (elle est à peu près certaine de l’avoir déjà fait, qu’ils sont pénibles). Des consentements, elle a du en signer trois douzaines depuis le début de la PMA, maintenant, elle aimerait bien du concret. Donc oui, elle est d’accord pour la congélations de ses embryons et oui, elle accepte qu’ils refilent des infos la concernant  à l’Agence de biomédecine.

Elle espère juste qu’ils ont prévu de la caser avant le mois de décembre, date à la fille va avoir 35 ans et où ses ovaires, si on en croit Top Santé magazine, vont se transformer en pruneaux d’Agen (à 38 ans, ils s’auto-détruisent, parait-il).

Là, elle est partie à la pêche au infos auprès du secrétariat. Encore faudrait-il qu’ils répondent au téléphone (c’est juste une suggestion). Souhaitez-lui bonne chance. Et rendez-vous en 2026.

Lettre de la fille au Professeur

Cher Professeur,

J’implore Ton Auguste Personne de bien vouloir constater que mes résultats de frottis ci-joints sont revenus étincelants de normalité  et de santé. Exit le cancer in situ du col de l’utérus . J’ai même bouté le HPV hors de mon dedans de moi. C’est donc humblement que je Te demande de bien vouloir, si ça ne Te dérange pas trop, lancer ma toute première fois, tou-toute première fois FIV avant 2018. 

J’essaierai de ne pas Te décevoir en répondant bien au traitement que Tu me prescriras, en me soumettant à toutes les échographies de contrôles et à toutes les prise de sang que Tu jugeras nécessaires dans Ton Incommensurable Bonté et Ton Savoir Infini. Bien sûr, Ô Grand Maître de la Reproduction Médicalement Assistée, je serai plus qu’honorée de Te dévoiler mon ordinaire dedans de moi (je jure d’être toujours impeccablement épilée) à l’occasion d’une ponction ovocytaire ou d’un transfert d’embryon(s) mais je sais que Ton temps est précieux aussi me contenterais-je de Tes Saints. Rien que de T’avoir aperçu derrière Ton bureau posant Ton regard magnifique sur mes résultats d’analyse et de Ta voix mélodieuse les commenter, est source de joie.

Tu es, Vénéré Professeur, le meilleur Gynécologue-Obstétricien de la Terre et même de tout l’Univers (le Pr Frydman peut aller se rhabiller) aussi je serai plus qu’honorée que Tu accomplisses sur mon insignifiante personne Ton Oeuvre. Fais-moi donc un bébé ! Steuplé, steuplé, steulpé !!! Allez, dis oui !

L’homme et moi nous prosternons devant Toi

Ta Dévouée, la fille. 

Voilà, en gros le courrier que la fille a envoyé ce matin au Professeur après avoir reçu les résultats complets de son frottis. Aucuns HPV oncogènes n’ a été détecté dans le dedans de la fille. Ça ne veut pas dire qu’elle est définitivement débarrassée du virus mais c’est encourageant. La fille se serait bien roulée dans la fange avec l’homme pour fêter ça mais il est en Tunisie (genre il travaille). Elle a aussi eu envie de courir au cabinet du Dr Colpo lui faire un gros câlin (la fille a très envie de faire des câlins aux gens en ce moment)  mais il est du genre à lui taxer 100 € au passage (en fait gynécologue, c’est un peu comme gigolo, tu te fais payer pour t’occuper du dedans de elles des femmes). Pour finir, la fille a célébré la jeunesse de son col retrouvé en prenant rendez-vous pour faire opérer le chat afin qui lui aussi ait le droit de survivre à son cancer.

La fille qui trouvait que le progrés c’est bien mais seulement quand tu sais qu’il existe

La fille vient de faire une découverte extraordinaire. Et tout ça, parce qu’elle est honnête et qu’elle a décidé de payer son du au labo qui analyse les cellules de son col de l’utérus.

Quand le labo lui a envoyé la facture de son frottis (77€ bordel!), la fille a boudé. Genre si tu veux mon pognon, file-moi d’abord mes résultats, bouffon. Et pour ce prix, t’es gentil, tu m’annonces que j’ai retrouvé ma magnificence utérine et que j’ai expulsé le papilloma virus de mon de dedans de moi.

Mais bon, la capacité de rébellion de la fille a une durée de vie d’environs 3 minutes 22 secondes 4 millièmes. Au-delà, elle se dégonfle (pitain, c’est pas demain que la fille va se lancer dans la délinquance pour gagner sa vie). Alors, tout à l’heure, la mort dans l’âme, elle a décidé de régler ses dettes une bonne fois pour toutes. Le labo, il s’est modernisé parce que dans son courrier, il est dit qu’on peut les régler par CB directement sur leur site. Peut-etre qu’en fait, ça fait se fait longtemps mais c’est la première fois qu’elle s’en rend compte (aucun souvenir de ça pour sa biopsie).

Bref, la fille trouve que c’est bien la modernité, elle vit avec son temps, elle va pas se faire chier à leur envoyer un chèque que la Poste risque de perdre, elle se rend sur leur site. Il lui ont filer un code pour qu’elle puisse se connecter, elle entre donc le code. Et là, miracle, elle se rend que non seulement, elle peut payer en ligne mais elle peut aussi mater ses résultats !

Et personne n’avait pensé à en informer la fille !!!

Alors bon, il manque une partie, la fille ne sait toujours pas si elle a bouté le HPV hors de son col mais à la limite on s’en fout (la fille devra se faire contrôler son dedans de elle régulièrement quoiqu’il arrive), ce qu’elle sait par contre, c’est que son frottis, il est NORMAL. La fille est tellement joie et soulagement, qu’elle va te recopier la phrase du labo en entier : Frottis négatif pour la recherche d’une lésion intra-épithéliale ou maligne, terminologie de Bethesda.

Pas de lésions CIN 3, pas d’adénocarcinome in situ. Rien. Walou.

C’est du bonheur en barre. La FIV, c’est pour bientôt. ET le cancer in situ qui est pas grave mais un peu quand même, il est parti. Viens, que la fille elle va te repeupler la planète (qui n’en a pas vraiment besoin, c’est vrai) fissa. Elle va pas revoir la jolie gueule du Dr Colpo (et lui son dedans de elle) pendant 6 mois et même pas il va lui manquer (enfin, si un peu quand même parce qu’il choupy le Dr Colpo). De toute façon, elle va bientôt être occupée à exposer sa magnificence utérine aux docteurs et aux infirmières de son centre d’AMP (ouais, parce que la fille, si personne ne matte son dedans de elle et n’y colle un spéculum ou une sonde échographique pendant 3 mois, elle est en manque) (ça va lui faire tout drôle quand elle ne cherchera plus à se reproduire) (y-a-t’il des groupes de paroles pour examens gynécologiques addicts?).

Si la fille n’a pas reçu ses résultats papiers, c’est sans doute parce qu’ils ne sont pas complets (saloperie de HPV). Du coup, elle ne peut pas en envoyer une copie au Professeur (impossible d’imprimer la version numérique) et se rappeler à son bon souvenir. Mais déjà, l’attente est plus cool. La fille t’a déjà dit qu’elle était joie et soulagement?

La fille qui voyait du positif ailleurs que sur son test de grossesse (vu qu’elle en fait pas)

Des fois, la fille tombe sur des blogs de nanas enceintes et que même pas elles ont fait des IAC ou des FIV pour l’être. Et la fille trouve ça dingue. La fille se demande parfois comme elle aurait été si l’homme avait été fertile. Aurait-elle été persuadée de son bon droit à être enceinte? Aurait-elle annoncée sa grossesse sur Face de Book en se foutant complètement que ça puisse faire chier quelqu’un? Une chose est sûre, elle n’aurait pas ouvert de blog.

La fille ne le saura jamais. Son homme est stérile. Mais elle ne le regrette pas. Son homme, il est juste fait pour elle. Si la fille n’est pas une vraie fille, l’homme c’est pas un vrai homme non plus. Elle se dit parfois que si l’infertilité est le prix à payer pour vivre à ses côtés, c’est pas si cher (celle-là tu la lui ressortiras quand la fille se roulera par terre en pleurant et en tapant des pieds parce que son test de grossesse est négatif). L’homme même stérile il vaut deux barils d’hommes fertiles et elle ne l’échangerait pour rien au monde, même pas pour le Dr Colpo (celle-là il faudra qu’elle s’en souvienne la prochaine fois qu’elle rêvera de lui).

On parle souvent de la PMA comme du parcours du combattant. La fille a décidé de ne plus se battre (ça lui aura pris quatre ans) et d’envisager la suite de ce parcours comme une chance (celle-là tu la lui ressortiras quand son ventre sera tous bleu à cause des injections d’hormones). Elle a longtemps été dans la colère parce que l’infertilité ça craint du boudin et que la fille trouve qu’il y un grave problème d’injustice cosmique. Et puis, finalement, elle trouve que c’est beaucoup d’énergie dépensée pour pas grand chose vu qu’elle y peut rien (celle-là, elle niera l’avoir jamais écrite quand tombera en dépression parce que sa copine Sophie est enceinte de son troisième).

La PMA est une chance parce que sans elle, l’homme et la fille ils auraient été condamnés à ne jamais être parents. Tu diras à la fille qu’ils auraient pu adopter mais soyons lucides : qui accepterait de filer l’agrément à une nana qui a attaché le psychologue des services sociaux à sa chaise, lui a versé un baril d’essence sur la gueule et lui a mis le feux parce qu’il lui a demandé s’ils avaient fait le deuil de l’enfant biologique? De toute façon, même si elle se tient à carreau et qu’elle est gentille avec le psychologue, vu la famille un peu spéciale  qu’elle se trimbale, elle a un peu peur qu’on ne leur fasse pas suffisamment confiance pour leur confier un enfant (Et vos parents, comment vivent-ils l’arrivée d’un enfant adopté? – Mon père, j’en sais rien, à mon avis il s’en fout. Ma mère par contre est ravie quand elle est suffisamment lucide pour s’en souvenir. – Elle boit beaucoup?- Non, seulement 16 heurs pas jours, le reste du temps elle dort grâce aux somnifères, aux anxiolytiques et aux antidépresseurs). En PMA, tout le monde se fout de la famille de la fille, tout le monde se fout de celle de l’homme (qui est moins barge mais a un peu été décimée par le cancer), ils se foutent même de leur supposées compétences parentales. Si la fille ne veut des gosses que pour pouvoir les balader dans une poussette Hello Kitty et trouver un sens à sa misérable existence, elle a le droit.

La fille pense vraiment que ce parcours, quelque soit son issue, va leur apportera quelque chose. C’est déjà le cas. Il y a des gens qu’elle n’aurait pas rencontré, des projets qu’elle n’aurait pas fait, des choses très chouettes qu’elle n’aurait pas vécu sans la PMA. Et puis si ça se trouve elle aurait négligé son suivi gynécologique et son cancer aurait été bien plus grave quand il aurait été découvert. Et merde, elle sait se piquer toute seule !

Peut-être qu’un jour elle dira stop à la PMA parce qu’elle aura vécu l’échec de trop, peut-être qu’un jour l’homme et elle devront réinventer leur vie, peut-être qu’ils la construiront l’un sans l’autre mais la fille se dit qu’il n’y a aura rien à regretter. Parce que derrière la PMA, il y a tout ce qu’ils sont l’un pour l’autre aujourd’hui et qui est super fort.

Pardon pour cet excès de mièvrerie. La fille n’est même pas enceinte, elle ne comprend pas d’où ça lui vient. Déjà, hier soir, quand elle a vu que Nadine Morano s’est pris une branlée aux législatives, elle a pleuré de joie. Depuis elle est un peu cui-cui les petits oiseaux. Finalement, la vie n’est pas si moche.

La fille qui était allée voter

Dimanche 22 avril, premier tour des élections présidentielles françaises.

Il fait beau. Ah non, il pleut. Il fait beau. Il pleut.

Après moultes hésitations, la fille décide de laisser s’exprimer la femme qui est en elle et enfile ses botines à talons pour aller remplir son devoir de citoyenne.

12h40, la fille arrive à la gare de Labrousse et constate que le TER à destination de Paris Gare du Nord a été annulé pour cause de travaux sur la ligne. le prochain train est un RER, part à 13h11, met 50 minutes quand le TER en met 25. La fille poireaute. Il pleut.

14h00, est à Paris et s’engouffre dans le métro. Ca pue, c’est moche, c’est le métro.

14h30, la fille est devant l’école où elle doit voter, elle envoie un SMS à Plume avec qui elle à rendez-vous à 15h00 pour la prévenir de son retard. Plume répond qu’elle va faire le tour du quartier Saint-Michel en attendant la fille. Il y a trois bureaux de vote dans l’école. La fille qui n’a pas reçu sa nouvelle carte d’électeur se rend à celui où elle a voté la dernière fois, le n°3. Il fait beau.

On ne trouve pas la fille. C’est embêtant. Une dame lui conseille de se rendre dans les deux autres, elle doit sans doute y être. Elle se rend donc au bureau n°1. On ne trouve pas la fille. Elle va voir au bureau n° 2. Idem. La fille commence à en avoir marre. Une dame du bureau lui dit que si elle ne peut pas voter au premier tour, elle ne le pourra pas non plus pour le second. La fille lui répond que si on se retrouve avec un match Sarkosy-Lepen au second tour, elle va faire un dépression nerveuse et que « quand même, vous ne voudriez pas avoir mon suicide sur la conscience ».  La dame rigole, lui rappelle que le vote est anonyme. Elle finit tout de même par lui recommander d’aller voir à la mairie.

15h00, la fille appelle Plume pour lui dire qu’elle n’a toujours pas pu déposer son bulletin dans l’urne et que c’est pas un peu mais beaucoup de retard qu’elle va avoir. Plume mange une glace et se ballade donc elle attend encore. Il pleut et il fait soleil en même temps.

15h20, la fille arrive à la mairie de son arrondissement. Ses bottines trop mignonnes s’avèrent être de véritable instruments de torture. Elle a mal au pied. La fille n’est pas la seule à ne pas pouvoir voter. Elle fait la queue. Arrive son tour. On lui dit qu’elle doit voter au bureau n°1, soit un des trois qui ont dit ne pas avoir de trace d’elle sur leur liste. La fille en informe l’employée de la mairie qui lui répond que c’est là-bas qu’il faut qu’elle aille (putain les gens sont cons). La fille lui demande comment elle va faire pour voter s’ils ne la trouve pas sur leurs listes. « Dans ce cas-là,  vous leur dites d’appeler le bureau électorale ». Ah bon, parce qu’on peut appeler. T’es en train de me dire que je me suis ruinée les pieds à venir jusqu’à la maire alors qu’un simple appel aurait suffit? La fille a envie de pleurer. Il pleut.

Elle repart en claudiquant vers son bureau de vote. 16h00, on la retrouve sur les listes. Il y une queue de l’autre monde. Elle rappelle Plume qui a finit de manger sa glace et qui découragée par la pluie rentre chez elle. Et là, commence une longue, très longue attente. Ca papote dans le file d’attente, le fille écoute les conversations pour s’occuper. Devant elle une jeunette qui doit encire être au lycée annonce à une de ses copines par téléphone qu’elle va voter Mitterrand (sic). Derrière elle, un père explique à sa fille la politique.

Elle : Je connais même pas tous les candidats. A part Sarko et Hollande.

Lui: T’as pas bien suivi la télé alors.

Elle : Si je connais Eva Joly.

Lui: ah ouais, avec ses lunettes en plastiques.

Elle : C’est la candidate des campagnards.

Lui : Elle aime la nature.

Elle : Ouais mais c’est bien la ville aussi. Tout le monde peut pas vivre à la campagne.

Lui: En plus, elle fait ça pour rien, les campagnards, ils votent soit Sarko, soit Lepen.

C’est à ce moment que la fille à cesser d’écouter. Elle regarde dehors. Il tombe des trombes d’eau. La fille rêve d’une amputation des pieds. Elle vérifie trois fois qu’elle n’a pas mis le mauvais bulletin dans l’enveloppe. Elle envoie des SMS à l’homme qui se marre comme un perdu (l’homme est Belge, il ne vote pas). Après ce qui lui semble être une éternité, elle insère son bulletin dans l’urne. Elle n’a même pas droit au « a voté! ». Tout se perd ma brave dame.

La fille sort, il est 17h15, il pleuviote. Elle marche comme une tortue jusqu’à la bouche de métro. C’est la dernière fois que la fille laisse s’exprimer la femme qui est en elle. Au second tour, c’est jean et ses vieilles Kickers qui ont plus de gueule mais qui sont tellement confortables.

Le lendemain, la fille s’en rendue chez le Dr Colpo. Le col  de la fille est parfaitement cicatrisé. La vie sexuelle de l’homme et la fille peut rependre normalement. Par contre, il a été contacté par le Professeur qui lui demande ses recommandations quand à la FIV. Et les recommandations du Dr Colpo sont d’attendre que la fille ait fait un premier contrôle en juin (colposcopie + frottis) et si tout est ok, il donnera son feu vert. Parce que si récidive il devait y avoir et que la fille est enceinte on ne peut pas intervenir avant son accouchement. Et c’est pas bien.

Bref, la FIV, c’est pas pour tout de suite. Allez savoir pourquoi, ça n’étonne pas la fille plus que ça.

La fille qui mangeait des M&M’s

Ce matin le fille calculait qu’il s’est passé six mois depuis les résultats des sa dernière IAD. Et qu’elle n’a aucune idée de quand aura lieu sa prochaine opportunité de « tomber » enceinte (la FIV). Une demi-année sans que ses ovocytes aient croisé un seul spermatozoïde, même de loin. La vache, comme le temps file. Ce qui lui donne un peu plus le vertige c’est de se rappeler qu’il s’est aussi passé six ans et demi depuis l’arrêt de la pilule. Et que tout ce qu’ils ont récolté c’est deux cancers (4 en comptent les chats) et 3 IAD négatives. C’est ridicule, tout ce temps pour si peu de tentatives. Six an et demi et n’en être quasi qu’à ses débuts PMA…

D’un côté, c’est une bonne nouvelle. Ca leur laisse de l’espoir. Rien n’est perdu. De l’autre, ça les laisse dans l’incertitude quand à l’issu de tout ça. Et la fille voudrait pouvoir passer à autre chose. Que ce soit avec un enfant ou pas. Juste écrire le mot fin à ce moment de leur vie qui commence à durer depuis trop longtemps. Juste ne plus vivre avec ce point d’interrogation au-dessus de leurs têtes.

Certains jours, la fille voudrait juste dire « stop, on arrête là. On ira pas en FIV, on adoptera pas. » Et puis le lendemain, elle parle de mariage à l’homme. Pas dans un but romantique « on s’aime, on veut le crier à la face du monde, chabadabada », dans un un but purement pragmatique. Le mariage, l’homme et la fille s’en foutent. Ils s’aiment, ils le savent, ça leur suffit. Ils ont pas besoin que la société (ou la famille) les approuve ou que Dieu les bénisse. Mais pour adopter, il faut être mariés et au cas où…

S’ils avaient été un couple fertile, ils auraient deux ou trois mioches nés hors mariage et personne n’aurait rien eu à leur dire. Ils ne le sont pas. Du coup, ils attendent comme le messie la réponse (positive de préférence) du staff de leur centre PMA et le protocole qui ira (normalement) avec. Ce qui met en joie la fille en ce moment, ce qui fait frémire ses ovaires, c’est la perspective de se trouer le bide à coup de Gonal-F ou de tout autre produit que le professeur aura bien voulu lui prescrire.

C’est déprimant quand on y pense.

Bah, c’est malin, la fille n’y pensait pas jusqu’à ce matin. Putain, elle devrait le savoir depuis le temps : NE JAMAIS FAIRE LE DÉCOMPTE DU TEMPS QUI PASSE.

Voilà, la fille va être obligée de se consoler avec un paquet (XXL) de MM’s et c’est pas bon pour sa fertilité ligne.