C’est la lutteuuuuh finaaaaaleuuuuuuuuuh

Lecteur, si tu es infertile, il t’arrive peut-être de t’énerver tout seul devant ta télé quand le sujet de l’AMP et de façon générale de l’infertilité (qui ne mène pas forcément en AMP) est abordé. Tu tu dis sans doute « mais c’est qui tout ces cons qui parlent sans savoir et qui s’expriment à notre place à nous les infertiles ! » (oui, lecteur, tu es un peu vulgaire).

Le collectif B-AMP pense que plutôt que de s’énerver tout seul dans notre coin, on pourrait le faire tous ensemble (tous ensemble, hey, hey) et faire entendre notre voix auprès des autorités compétentes afin d’améliorer la qualité des soins et l’écoute des couples infertiles engagés dans un parcours d’AMP.

B-AMP, c’est pour Blog-Assistance Médicale à la Procréation.

Non, ne t’enfuis pas lecteur non blogueur.  Le collectif concerne tout ceux et toutes celles qui se sentent concernés qu’ils soient hommes ou femmes, qu’ils bloguent ou pas. j’ai même  envie de te dire que même  si tu es fertile (veinard) mais que tu souhaite apporter ton aide et ton soutien, le collectif est aussi pour toi.

Contrairement à ce que la fille a pu lire sur la blogosphère (parfois), le but premier du collectif n’est pas d’échanger et de soutenir les uns les autres (ça en fait partie bien sûr), non sa vocation c’est vraiment de revendiquer. Parce que si nous, patients, on reste dans notre coin à pleurer que l’AMP en France, c’est tout nul, rien ne changera. Et parce que j’aime mon pays (ouais, t’as vu? la fille peut parler d’elle à la  première personne du singulier), et parce que je suis attachée au fait que les soins y compris ceux concernant l’infertilité soient accessibles au plus grand nombre quels que soient leurs revenus mais aussi parce que je reste lucide sur le fait de l’AMP française ne va pas très bien et qu’il y a plein de choses à améliorer (et qui parfois ne coûteraient pas un sous à la sécu), je dis prenons la parole et tapons du point sur la table quand c’est nécessaire.

Indignez-vous qu’il disait Stéphane Hessel. Et après il a dit Engagez-vous (et après il est mort mais il n’y a pas de lien de cause à effet, c’est juste qu’il était vieux).

Voilà, tu sais tout lecteur. On dit merci à Froggy, Irouwen et Kaymet d’avoir fait naître le collectif. Et on va voir ici le  blog du collectif.

Une dernière chose et après, je te fiche la paix : collectif, ça veut dire collectif. A partir du moment où tu le rejoins,  ta voix vaut autant que celle de n’importe quelle autre membre du collectif. Les décisions seront prises de façon collégiale.

Ayé, tu peux reprendre une activité normale.

Réponse de l’hôpital

Au courrier, samedi matin, la fille a eu la joie de trouver une lettre de l’hôpital. Chouette qu’elle s’est dit. Elle les remercie d’ailleurs de leur respect du secret médical qui les pousse à tamponner sur l’enveloppe « Service d’Assistance Médicale à la Procréation ». La fille est bien contente de n’avoir encore jamais rencontré son facteur mais passons. La fille est heureuse, elle va enfin en savoir plus sur l’organisation de sa FIV. Elle ouvre l’enveloppe et lit :

STAFF DE F.I.V du 17.07.2012

Nom : La fille                                                                                                                          Médecin consultant : le Professeur

Date de naissance : ../12/1977

Conjoint : l’homme

Etaient présents: 

Le Professeur, Docteur Trucmuche, Docteur Bidule, Machine Chose, l’interne de service, le Docteur d’un autre hôpital que tu te demandes ce qu’il fout là mais ça fait genre on s’est penché sur votre cas et on a beaucoup réfléchi. 

Histoire du couple :

Patiente de 34 ans, infertilité primaire depuis 2007, d’origine masculine. L’homme a eu un séminome testiculaire gauche avec orchidectomie et chimiothérapie, suivie d’une azoospermie. Trois cycles d’IAD ont été réalisés par le Dr B sans résultat.

En mars 2012 une conisation a été fait par le Dr Colpo pour un adénocarinome in situ du col. Tous les contrôles récents sont négatifs et la patiente va être suivie sur ce plan.

Cause de l’infertilité :

Masculine

Proposition du staff : 

Du fait de l’ancienneté de l’infertilité, on accepte l’indication de passage en FIV avec sperme de donneur. 

Très bien, la fille apprécie beaucoup cet esprit de synthèse qui leur permet résumer cinq ans de leur vie en trois phrases (en fait, c’est 7 ans de leur vie mais ne soyons pas tatillons). Elle aime aussi beaucoup le « on accepte » tellement plus cool et original qu’un vulgaire « nous acceptons » bien trop formel. On les sent tout de suite plus proche de soi, ça fait plaisir.

Mais, car il y a un mais, la fille trouve qu’il manque une information de taille. Non pas qu’elle ne prenne pas au sérieux leur staff mais honnêtement, il n’y avait pas vraiment de suspens quand au fait qu’ils acceptent (et on les en remercie du fond du coeur) l’homme et la fille en FIV. Ça fait 20 ans que le Professeur ponctionne des ovocytes à la chaîne (peut-être plus, la fille le soupçonne de s’être entraîné sur des animaux quand il était enfant)(à l’époque, il hésitait entre la gynécologie et le meurtre en série), elle suppose donc que s’il recommande le passage à la FIV, globalement, il y a de fortes chances que le staff suive.

Ce que la fille aurait aimé savoir, c’est quand est-ce qu’elle va pouvoir la faire CETTE PUTAIN DE FIV??? Or, elle a beau chercher, il n’est indiqué nulle part de date  de top départ (ni aucune autre information sur le protocole qu’elle doit suivre). Sans vouloir avoir l’air de râler (c’est pas du tout le genre de la fille), c’eut été sympa de la lui communiquer cette date (aujourd’hui, révisons le passé antérieur avec la fille). A la place, ils lui ont filé un nouveau consentement à signer et à renvoyer (elle est à peu près certaine de l’avoir déjà fait, qu’ils sont pénibles). Des consentements, elle a du en signer trois douzaines depuis le début de la PMA, maintenant, elle aimerait bien du concret. Donc oui, elle est d’accord pour la congélations de ses embryons et oui, elle accepte qu’ils refilent des infos la concernant  à l’Agence de biomédecine.

Elle espère juste qu’ils ont prévu de la caser avant le mois de décembre, date à la fille va avoir 35 ans et où ses ovaires, si on en croit Top Santé magazine, vont se transformer en pruneaux d’Agen (à 38 ans, ils s’auto-détruisent, parait-il).

Là, elle est partie à la pêche au infos auprès du secrétariat. Encore faudrait-il qu’ils répondent au téléphone (c’est juste une suggestion). Souhaitez-lui bonne chance. Et rendez-vous en 2026.

La fille qui voyait du positif ailleurs que sur son test de grossesse (vu qu’elle en fait pas)

Des fois, la fille tombe sur des blogs de nanas enceintes et que même pas elles ont fait des IAC ou des FIV pour l’être. Et la fille trouve ça dingue. La fille se demande parfois comme elle aurait été si l’homme avait été fertile. Aurait-elle été persuadée de son bon droit à être enceinte? Aurait-elle annoncée sa grossesse sur Face de Book en se foutant complètement que ça puisse faire chier quelqu’un? Une chose est sûre, elle n’aurait pas ouvert de blog.

La fille ne le saura jamais. Son homme est stérile. Mais elle ne le regrette pas. Son homme, il est juste fait pour elle. Si la fille n’est pas une vraie fille, l’homme c’est pas un vrai homme non plus. Elle se dit parfois que si l’infertilité est le prix à payer pour vivre à ses côtés, c’est pas si cher (celle-là tu la lui ressortiras quand la fille se roulera par terre en pleurant et en tapant des pieds parce que son test de grossesse est négatif). L’homme même stérile il vaut deux barils d’hommes fertiles et elle ne l’échangerait pour rien au monde, même pas pour le Dr Colpo (celle-là il faudra qu’elle s’en souvienne la prochaine fois qu’elle rêvera de lui).

On parle souvent de la PMA comme du parcours du combattant. La fille a décidé de ne plus se battre (ça lui aura pris quatre ans) et d’envisager la suite de ce parcours comme une chance (celle-là tu la lui ressortiras quand son ventre sera tous bleu à cause des injections d’hormones). Elle a longtemps été dans la colère parce que l’infertilité ça craint du boudin et que la fille trouve qu’il y un grave problème d’injustice cosmique. Et puis, finalement, elle trouve que c’est beaucoup d’énergie dépensée pour pas grand chose vu qu’elle y peut rien (celle-là, elle niera l’avoir jamais écrite quand tombera en dépression parce que sa copine Sophie est enceinte de son troisième).

La PMA est une chance parce que sans elle, l’homme et la fille ils auraient été condamnés à ne jamais être parents. Tu diras à la fille qu’ils auraient pu adopter mais soyons lucides : qui accepterait de filer l’agrément à une nana qui a attaché le psychologue des services sociaux à sa chaise, lui a versé un baril d’essence sur la gueule et lui a mis le feux parce qu’il lui a demandé s’ils avaient fait le deuil de l’enfant biologique? De toute façon, même si elle se tient à carreau et qu’elle est gentille avec le psychologue, vu la famille un peu spéciale  qu’elle se trimbale, elle a un peu peur qu’on ne leur fasse pas suffisamment confiance pour leur confier un enfant (Et vos parents, comment vivent-ils l’arrivée d’un enfant adopté? – Mon père, j’en sais rien, à mon avis il s’en fout. Ma mère par contre est ravie quand elle est suffisamment lucide pour s’en souvenir. – Elle boit beaucoup?- Non, seulement 16 heurs pas jours, le reste du temps elle dort grâce aux somnifères, aux anxiolytiques et aux antidépresseurs). En PMA, tout le monde se fout de la famille de la fille, tout le monde se fout de celle de l’homme (qui est moins barge mais a un peu été décimée par le cancer), ils se foutent même de leur supposées compétences parentales. Si la fille ne veut des gosses que pour pouvoir les balader dans une poussette Hello Kitty et trouver un sens à sa misérable existence, elle a le droit.

La fille pense vraiment que ce parcours, quelque soit son issue, va leur apportera quelque chose. C’est déjà le cas. Il y a des gens qu’elle n’aurait pas rencontré, des projets qu’elle n’aurait pas fait, des choses très chouettes qu’elle n’aurait pas vécu sans la PMA. Et puis si ça se trouve elle aurait négligé son suivi gynécologique et son cancer aurait été bien plus grave quand il aurait été découvert. Et merde, elle sait se piquer toute seule !

Peut-être qu’un jour elle dira stop à la PMA parce qu’elle aura vécu l’échec de trop, peut-être qu’un jour l’homme et elle devront réinventer leur vie, peut-être qu’ils la construiront l’un sans l’autre mais la fille se dit qu’il n’y a aura rien à regretter. Parce que derrière la PMA, il y a tout ce qu’ils sont l’un pour l’autre aujourd’hui et qui est super fort.

Pardon pour cet excès de mièvrerie. La fille n’est même pas enceinte, elle ne comprend pas d’où ça lui vient. Déjà, hier soir, quand elle a vu que Nadine Morano s’est pris une branlée aux législatives, elle a pleuré de joie. Depuis elle est un peu cui-cui les petits oiseaux. Finalement, la vie n’est pas si moche.

«  »Un espoir pour les couples infertiles » dixit le Parisien

Et de l’espoir, Dieu sait qu’on en a besoin. Heureusement, la science progresse.

Petite anecdote : l’autre jour un jeune homme vient sonner à la parte de la fille (non ce n’était pas Dominique venu lui apporter sa semence). Il lui demande « est-ce que vous lisez le Parisien? » (il a dit bonjour avant mais la fille vous la fait courte). La fille répond non. Le type se démonte pas (il veut le lui vendre son abonnement) et renchérit avec « je peux me permettre de vous demander ce que vous lisez comme journal? ». La triste réalité, c’est que la fille ne lit pas le journal et que quand il lui arrive d’en ouvrir un c’est le Monde mais la fille trouvait que c’était la honte alors elle a sorti le premier truc qui lui a passé par la tête « Libération » (mensonge éhonté). Et le gars lui fait « ha bah non, c’est pas pour vous alors » et se barre sans demander son reste.

Maintenant la fille regrette. Heureusement le Parisien a un site internet sur lequel on peut lire d’excellents articles comme celui-ci. T’as la flemme de tout lire? Pas grave, la fille va te faire un résumé.

Ça dit en gros, que les couples infertiles ont une hygiène de vie déplorable. Ils fument, boivent et se roulent des pétards d’avantage que la population générale. Bon déjà, c’est mal. Mais en plus, ils sont tellement stressés au travail qu’ils ont pas le coeur à faire du sexe en rentrant chez eux.

C’est pas une sacrée bonne nouvelle, ça? T’es juste un gros toxe qui bosse trop! C’est pour ça que t’arrives pas à te reproduire. Tu le sens bien, l’espoir qui renait en toi?

C’est hyper sérieux comme étude. L’article nous dit qu’elle est d’ampleur national avant de préciser qu’elle s’est passé dans le cabinet (à la clinique de la Muette, Paris) du Dr Alvarez. Ça t’en impose pas vrai? 348 candidats à la PMA ont été sondés pour cette étude (nan, pas par le dedans d’eux, tu fais trop d’écho endo, toi. Sonder comme dans sondage). 35% des couples ont obtenus une grossesse spontanée après révision de leur hygiène de vie. Ouais, un bébé fait avec du sexe et même pas de piqûres d’hormones! Et pour les autres (parce qu’il reste toujours des tocards de la reproduction), c’est 10% de chance supplémentaire de voir les méthodes d’AMP fonctionner.

Il reste néanmoins 3 à 4% de stérilité définitive (comme l’homme). Bah lui, autant de dire qu’il peut bosser comme un âne batté, fumer et boire comme un gros porc, ça changera rien à sa vie. A la limite, il pourrait même se dispenser de faire du sexe avec la fille (mais il le fait pas parce que la file a un magnifique dedans de elle).

Comme ça va trop te changer la vie, ça. Tu étais un dépravé (bien fait pour ta gueule si t’es infertile) avec un boulot de merde et tout un monde s’ouvre enfin à toi. Trop simple.

Surtout le stress au travail. Il suffit que tu ailles voir ton boss pour lui demander de te passer à mi-temps (tout en conservant ton salaire), de t’acheter un fauteuil grand confort qui te fait des massages shiastu et de conclure lui-même le dossier Machin qui te prend trop la tête et ton boss qui ne veut que le bien-être de ses salariés, il va être ok. Suffit juste que tu lui expliques que c’est parce que t’es trop stressé pour faire un bébé. Si t’es une femme, il va surtout pas te discriminer en vue de ta futur grossesse.

Bon si tu tombes sur un boss pas sympa, ce qui serait étonnant quand on connait le management à la française (un peu comme chez Orange) ben, tu changes de boulot. C’est pas comme si c’était la crise et qu’on était à 10% de chômage. Et puis, merde, tu le veux ton gosse ou pas? Faut ce qu’il faut, mon grand. Au pire tu arrêtes de travailler (comme ça t’auras le temps de faire du sexe, au moins). L’étude ne dit pas à quel point la pauvreté et la précarité sont un facteur de stress mais on s’en fout. Quand t’es pauvre, t’as pas les moyens de faire tes FIVs à la Muette de toute façon.

Donc voilà, une étude qui va redorer l’image que se trimbale les femmes infertiles (mais pas des hommes, ils ont un pénis eux, ça les rend intouchables). En plus d’être une très vieille femme égoïste de 35- 40 ans qui pense qu’à sa carrière (qu’elle vienne pas râler si elle est stressée), on sait en plus qu’elle se pourrie ses ovaires (déjà en piteux état) à coup de substance toxiques (et encore, on sait pas tout, ils n’évoquent pas les drogues dures dans cet article) et qui ne baise pas assez (sans doute parce qu’elle cuve son vin).

Ça te file pas un méga-pêche, ça? T’es pas super-heureux? Quoi? Tu fumes pas, tu bois pas, ton mec te tringle tous les jours pairs, t’as un boulot super cool (genre t’es gynéco à la Muette) et t’arrives pas à tomber enceinte? Pas possible. Ou alors c’est que tu y penses trop. Pas d’autre explication.

Ca fait quand même super plaisir que du fric ait été foutu dans une étude qui ne fait que révéler des trucs qu’on savait déjà. Parce que les effets nocifs du tabac, du cannabis et de l’alcool sur la fertilité, c’est pas nouveau. Quand on au fait qu’il faille avoir des rapports sexuelles pour faire des gosses, personnes ne nous avait prévenu aussi. On savait pas nous.

Pour le stress, cette étude va à l’encontre d’autres études  qui ont conclu que le stress n’avait aucun impact sur la réussite d’une FIV. Mais on va pas remettre en cause les conclusions du Dr Alvarez. D’ailleurs on va pas non plus se demander si ce n’est pas l’infertilité qui explique ces résultats. Est-ce que le fait de ne pas avoir d’enfant amènerait ces couples à noyer leur chagrin dans l’alcool ou la drogue? Est-ce que le fait de devoir s’absenter ou arriver en retard au travail à cause des examens  n’expliquerait pas à lui seul l’augmentation du stress? Est-ce que le sexe purement procréatif ne nuirait pas à la libido?

Enfin, la fille dit ça, elle dit rien. Elle est pas scientifique, la fille.

En plus cette étude a été aussi rapporté par le très sérieux site du magasine TopSanté. Oui, le magasine qui pense que pondre un article toutes les semaines sur des régimes tous plus inefficaces ( et parfois dangereux) les uns de les autres, c’est de la science. Genre, c’est de la référence, quand même. Le monde entier nous envie TopSanté magasine. Tous les étudiants en médecine le lisent. En plus, comme dans le Parisien, ils t’illustrent l’article avec la photo d’une femme enceinte, preuve qu’ils ont bien pris en compte leurs lecteurs infertiles.

Les gens

On ne le sait pas assez mais les gens sont omniscients. Ils savent mieux que toi ce qui fait souffrir et ce qui ne le fait pas. Toi, bougre d’infertile,  tu ne sais rien. Tu crois que tes difficultés à te reproduire sont une épreuve mais en fait t’as capté que dalle. La preuve, « il ya pire que ça dans la vie ».

Devant tant de clairvoyance, tu te dois de t’incliner. Que la personne qui t’annonce cette vérité vraie n’ait jamais rien vécu de plus douloureux qu’un panaris ne doit pas amoindrir la valeur de son jugement. Elle sait. Elle regarde Confessions intimes sur TF1. Et pas plus tard qu’hier elle a pleuré en regardant les infos. 21 enfants sont morts dans un accident de bus et c’est terrible (par contre les adultes on s’en fiche).

Toi, infertile, tu ne peux pas comprendre. Déjà, en tant que nullipare, tu es forcément insensible à la douleur d’autrui et qui plus est à celle de parents, mais en plus, tu chiales pour rien. L’infertilité ça fait pas mal. Moins qu’un panaris en tous cas. Alors pouêt-pouêt.

Les gens, ils ont un annuaire des trucs graves de la vie. Tout y est recensé, les cancers, les deuils, les viols, les panaris, tout.  En plus il y a un barème avec des points. Les gens qui n’ont vécu ni le cancer, ni le viol, ni le deuil, ni l’infertilité et surtout pas les quatre à la fois savent très bien que tout en bas du barème il y a l’OATS, l’insuffisance ovarienne et l’endométriose (0,5 point). Le panaris, c’est 50, juste devant la leucémie (45).

D’ailleurs on peut vivre très heureux sans enfants. Enfin, toi. Eux, ils ont eu des gosses, ils sont normaux, merci. Mais toi, tu peux. Et tu dois. T’inscrire dans un long parcours d’AMP, c’est égoïste. Il faut savoir accepter son sort. L’infertilité c’est déjà un truc de gros connard égocentrique. Mais vouloir en sortir c’est encore pire. Etre parent, c’est une preuve de leur équilibre psychique- puisqu’il est bien connu que l’infertilité c’est dans la tête – mais surtout de leur incommensurable sagesse. Ton infertilité est la preuve de ta nullitude.

Les gens ont tout compris à la vie. Pas toi. Bah ouais, sinon tu serais fertile, sombre crétin. Donc quand un de tes proches te dit « faut pas y penser, ça viendra tout seul », tu lui dit merci. Parce que c’est vrai, quoi. Comme méthode de contraception on a pas trouver mieux que d’y penser. Personne ne le dit parce que l’industrie pharmaceutique ne veut pas que ça se sache (encore un complot crypto-communiste). C’est comme le moteur à eau dont le brevet a été racheté par les grandes compagnies pétrolières. On nous manipule.

En plus de toutes ces qualités (c’est déjà beaucoup pour un seul homme), les gens sont extralucides. Ouais, s’ils te dises ‘bah, ça va venir », c’est que c’est vrai. Et pas de mauvais esprit, infertile aigri, c’est pas ta main dans leur gueule qui va venir. C’est un bébé. Tu vois, tu t’inquiète pour rien. Tu relativises pas assez. T’aurais pu être Natacha Kempush, avoir un panaris ET être infertile. Bordel de bordel, t’es trop un chanceux de la vie mais tu fais que te plaindre. Ouiiiii, je suis malheureux, j’ai pas d’enfants!! Ah ben bravo, avec une mentalité pareille, c’est bien fait pour ta gueule. T’avoir pour parent, ça, c’est dans l’annuaire des trucs graves de la vie. 70 points. Encore pire que le panaris.

Les gens savent bien que quand on est infertile, il te pousse une espèce d’aura qui te protège des vrais trucs grave de la vie. Genre quand t’as  une azoospermie, t’as pas de cancer (sic), ta femme se fait jamais violée, tu vis pas à Fukushima ni dans une cave louée 700€/mois. Tu peux pas comparer donc. Sinon tu saurais que l’AMP, c’est un peu la maison du bonheur avec des volets en forme de cœur et des arc-en-ciels  dans le jardin sur lesquels tu fais du toboggan. Mais toi, t’es trop nase, tu crois que c’est juste de longs couloirs froids d’hôpitaux, des doses de cheval d’hormones que tu t’injectes dans le bise, des ponctions d’ovocytes où on te transperce l’utérus et les ovaires avec une longue aiguille, des hyperstimulations, des écho et des prises de sang tous les deux jours, de l’angoisse, de l’angoisse et de l’angoisse. Toi tu crois que l’AMP, c’est juste une magistrale claque dans ta gueule quand ça marche pas.

Les gens te font chier. Mais c’est normal, t’es aigri. Tu sais pas voir le verre à moitié plein. Tu fais que traîner en pyjama en pleurant sur tes embryons qui se sont pas accrochés ou tes ovaires qui ont pas été fichu de choper un spermato. Ouais, ben, pendant ce temps là, il y a des gens qui ont des panaris. Et ça fait mal les panaris, BORDEL!

Les gens font tout ce qu’ils peuvent pour t’aider, genre te culpabiliser en te disant que c’est dans ta tête. Bon, toi, forcément, tu prends tout mal. Les gens c’est pas Mère Thérésa, il y a un moment où ils en ont marre de ton ingratitude. Tu peux pas leur en vouloir. C’est déjà bien sympa de leur part de continuer à t’adresser la parole. Rien que l’autre jour, ils ont dur arrêter 5 minutes de parler de leur gosse (qui est un génie soit dit en passant) pour t’écouter leur expliquer que ta 3ème fiv vient de foirer. C’est énorme 5 minutes. Tu peux pas en plus leur demander de compatir. Faudrait pas abuser non plus. De toute façon tu peux pas comprendre à quel point c’est dur d’être parents. Eux y arrivent mais toi, c’est sûr que tu vas en chier. Déjà que tes pas doué pour les faire, les gosses, alors les élever, tu penses. Autant demander à un cul-de-jatte de faire des pointes.

Les gens sont quand même vachement sympas de te supporter. Parce que franchement, tu mériterais de crever d’un panaris en regardant Confessions intimes. Là, tu comprendrais, ce que c’est que la souffrance.

La fille qui faisait son bilan gynécologique : épisode 2

C’est officiel, la fille n’aime pas les échos endo-vaginales. D’une façon générale, la fille n’aime pas qu’on lui mette un truc dans son dedans de elle. Mais il parait qu’il faut en passer par là pour voir ses ovaires alors bon… la fille prend son mal en patience. Elle pense à ses prochaines vacances, pourquoi pas à la montagne? En tout cas, dans un endroit calme, loin de la foule des juillettistes et des aoûtiens. Si, elle n’est pas enceinte, cet été, elle aimerait bien faire un trek, se perdre loin de la civilisation. Si elle est enceinte, peut-être qu’elle se réconciliera avec le genre humain.

« Vous pouvez soulever le bassin? »

Pardon? La fille réalise que l’échographe qui s’agite entre ses jambes depuis 5 minutes à la recherche de son ovaire droit vient de lui parler. « Soulevez le bassin« . Comme ça? « Oui, parfait, ne bougez plus. »

Elle en était où déjà? Ha oui, les vacances… Punaise mais il va finir par le trouver cet ovaire droit? C’est bien sa veine ça. Ce coup-ci l’ovaire gauche est apparu direct. La fille a pensé que ça allait donc aller vite. Sauf que l’ovaire droit ne veut pas se montrer. Il est planqué derrière son gros intestin plein de gaz (le gaz, c’est l’ennemi de l’échographie lui a dit le doc). Le problème des ovaires, c’est que comme ils ne sont pas collés à l’utérus (la nature est mal faite), ils bougent et ne sont donc pas toujours faciles à voir. La fille commencent à en savoir quelque chose.

« Mettez votre jambe là, s’il vous plait. Je vais finir par l’avoir. Y’en a plus pour longtemps. »

On la lui fait pas à l’échographiste. Les ovaires doivent comprendre que c’est lui le maître. La fille a bien compris qu’elle ne reverrait pas la lumière du jour tant que le médecin n’aura pas trouvé cet enfoiré d’ovaire droit. Elle essaie de rester digne. Et c’est pas facile. Elle est allongée sur la table d’auscultation, vêtue en tout et pour tout de son soutient-gorge et de ses chaussettes, les poings placés sous ses fesses pour rehausser le bassin, les jambes écartées en grand, une sonde dans son dedans de elle. Grand moment de solitude.  Elle aurait peut-être dû mieux soigner son épilation. Une chance que ce cylce-ci, ses règles ne soient pas trop abondantes.

Non décidément, la fille n’aime pas les échographies endo-vaginales. Elle commence a en avoir marre qu’on lui laboure les viscères. Et puis elle angoisse. Combien de follicules? Est-ce que ces un an et demi d’attente n’ont pas endommagé sa fertilité? Et l’AMH, sera-t-elle normale. Ayé, voilà qu’elle psychote. ET sent le stress monter. Pas de pensées parasites, la fille. Tu restes zen.

Et tout d’un coup, la délivrance! Le médecin retire la sonde. Hourra! Ni une, ni deux la fille saute de la table pour aller s’habiller. Le temps de se remettre de ses émotions et la voilà partie avec son compte-rendu sous le bras. Direction le laboratoire d’analyse. « Tout est normal » lui a dit l’échographe en lui tendant les résultats. Elle le croit sur parole mais ne peut s’empêcher de jeter un coup d’oeil. A J3, elle a un endomètre de 3 mm et 3 follicules dans chaque ovaire. Elle ne sait pas si c’est bien. A sa première écho, elle en avait 8 du côté droit et le médecin lui avait dit que c’était beaucoup. elle suppose donc que c’est normal (comme le lui a dit le chasseur d’ovaire).

Après s’être fait prélevé des hectolitres de sang (au moins) pour son bilan sérologique et son dosage hormonal, la fille est retourné bosser. A 160 € l’échographie (vive les dépassements d’honoraires), c’est pas le moment de tirer au flan. Elle a pas des revenus de médecins du XVIème, elle. Elle note au passage que le CECOS, en la renvoyant à sa gynéco de ville, l’oblige à faire l’avance des frais. Merci le CECOS. Avec les 40€ que coûte le dosage d’AMH, la fille s’en tire pour 200€. A ce prix là, elle espère qu’elle n’aura que de bonnes nouvelles.

Elle peut continuer d’espérer parce qu’a deux jours de son rendez-vous avec le Professeur, il lui manque toujours l’AMH. Elle a le reste de ses résultats. Ils son normaux hormis un taux de LH un peu bas. C’est d’ailleurs la première fois que ces résultats ne sont pas strictement dans la moyenne. Elle essaie de ne pas en tirer de conclusion hâtive. Et prie pour que l’AMH soit au courrier de demain. Croisons les doigts.

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EDIT DU 01/02 : Incroyable mais vrai. Les planètes de la fille restent alignées. Les résultats de l’AMH étaient au courrier du jour. Et ils sont normaux (2,6, ça a baissé quand même) ! Demain direction, le CECOS pour leur donner le bilan gynécologique puis rendez-vous avec le Professeur. PMA, l’homme et la fille sont dans la place!

La fille qui voyait les autres tomber enceintes

Lecteur, lectrice,

Si tu es fertile et que l’angoisse de ne jamais concevoir ne t’a jamais étreint, la fille dirait que 1) tu as bien de la chance, 2) il se peut que tu connaisses un de ces couples infertiles qui tirent la gueule à chaque fois que tu plantes la graine. Et ça t’énerve. Comme je te comprends, ami lecteur fécond. Les autres, c’est rien que des jaloux. Et des rabats-joies. La jalousie est un vilain défaut. C’est moche. Dans un monde parfait, tu n’aurais pas à te coltiner la morosité de tes amis (cousin, soeur…) moins fortunés que toi. C’est vrai. Et pour cause, dans un monde parfait, les couples infertiles n’existeraient pas. Ni Sarko, ni la faim dans le monde, ni les odeurs d’urine dans le métro, ni la guerre, ni… mais tu as compris. Sauf que, lecteur, il ne t’auras pas échappé que nous ne vivons pas dans un monde parfait (si tu as le moindre doute là-dessus, il te suffit de sortir de chez toi et de demander à un clochard ce qu’il en pense).

Soyons honnêtes. La fille a bien du mal avec les grossesses des autres. Cousines, amies, vieilles copines pas vue depuis des lustres, connaissances… à chaque fois, c’est la même. Quand on lui annonce un bébé à venir, ses zygomatiques se mettent en grève. Elle voudrait bien se réjouir, sauter au plafond en couinant de joie (hiiiiiiiiiiii!!!!) mais non. Pas possible. Elle ne voit que son nombril planté au milieu d’un ventre vide. Ses rondeurs? De la graisse. Ses seins douloureux? Les règles qui approchent. Ses nausées? L’abus d’alccol ou de chocolat (nous te rappelons d’ailleurs, lecteur, que les deux sont mauvais pour la santé).

Mais qu’est-ce qui peut bien rendre la fille incapable de partager ton bonheur (alors que bon, en tant qu’amie, elle devrait être contente pour toi, d’autant qu’il est clair que tes enfants à toi seront exceptionnels)? Analysons la situation. Imagine, lecteur, que la grossesse soit ton dessert préféré, celui pour lequel tu te damnerais, celui pour lequel tu vendrais père et mère, celui dont la seule évocation déclenche un réflexe pavlovien de salivation. Imagine maintenant que ce dessert te soit interdit pour cause de maladie. On ne parle pas de quelques jours, non, on parle d’années d’interdiction. Seule un opération pourra te guérir et donc te permettre d’en remanger. Et encore c’est pas sûr. Certes, c’est pas cool, mais pas insurmontable. Tant que tu ne l’as pas sous les yeux en permanence. Mais si tes amis, ta famille, tes collègues de bureau se mettent à baffrer goulûment  de ce met délicieux devant toi, tout le temps, il y a un moment où tu vas commencer à te sentir frustrer. Surtout si ils prennent cet air, heu… comment dire…, niais :

Pire encore, même les gens dans la rue mangent en permanence de ton dessert préféré. Tu ne peux plus mettre un pied dehors sans qu’on te mette sous le nez ce à quoi tu n’y as pas le droit. Incroyable, il y en a partout. Ne pense-tu pas qu’à un moment tu vas sentir monter une énorme colère en toi? Ne penses-tu pas que tu vas finir par en vouloir à tous ces gens de pouvoir manger ce qui leur plait alors que toi, tu vis dans la frustration? Tu le sauras bien qu’il ne sont pour rien dans ta maladie. Tu ne peux pas décemment demander au monde de suivre ton régime. Mais c’est plus fort que toi (comme Séga). Quand tu vois quelqu’un manger TON dessert, tes babines se retroussent et tu te mets à grogner de façon peu amène. Un peu comme ça:

Au mieux. Sinon c’est ça:

Ok, ce n’est pas beau, ce n’est pas digne et encore moins généreux. Mais c’est humain. Tu vois où je veux en venir? Pour les PMettes, le monde entier ressemble à une pâtisserie dont elles doivent se contenter de regarder la vitrine. Alors bien sûr leur supplice n’a rien de définitif. Du moins, elles peuvent honnêtement espérer que ce ne se sera pas le cas. Mais c’est quand même dur. Elles étaient parfois les premières à se lancer dans l’aventure bébé et elles se retrouvent bonnes dernières avec en prime la peur de ne jamais être mère.

Tu n’y es pour rien, lecteur fertile, mais quand tu annonces l’arrivée prochaine de Gustave, tu réactives tout ça. La peur, la colère, la frustration emmagasinée pendant des années. Ta réussite les met face à leurs échecs. Que tu le veuilles ou non, ça leur fait mal. Et puis, ça ne sert à rien de leur dire de relativiser. Ça, elles le font tout les jours, tout le temps. C’est d’ailleurs pour ça qu’elles ne te foutent pas leur poing dans la figure quand tu leur sors des conneries plus grosse que Sébastien Chabal (tu sais, le fameux « c’est dans la tête » ou le « tu y penses trop »). C’est aussi pour ça qu’elle t’écoute pendant des heure te plaindre de tes hémorroïdes et de tes remontées gastrites pour ensuite faire l’éloge de la maternité (tu verras quand tu y seras, un enfant ça change la vie! ).

La fille se débat comme elle peut avec ce qui lui tombe sur la tête. Elle voudrait bien ne pas ressentir cette amertume. Elle voudrait bien être en liesse chaque fois que tu oublis ta pilule. Elle fait même d’énormes efforts dans ce sens. Efforts que tu ne vois pas, concentrée que tu es sur ton nombril planté au milieu d’un ventre qui s’arrondit. Ce qui, encore une fois, est humain. La fille aimerait parfois que tu puisses revêtir ses habits de fille stérile par procuration. Juste une journée. Et alors tu comprendrais. Tu verrais que ce que lui coûte de vivre comme une lutte ce qui pour toi est… normal. Chaque jour est une succession de petites batailles. Batailles contre la vie et ses injustices, contre soi et ses émotions. De toutes petits combats qu’elle gagne jour après jour. De minuscules victoires qui passent inaperçues. Mais qui la font avancer sur le chemin de l’acceptation.

Un jour, tu viendras la voir, en disant : « je suis enceinte ». Et alors, la fille te prendras dans ses bras et te féliciteras. Et ce sera sincère. Tu ne le sauras pas (tu trouve ça normal qu’on partage ton bonheur) mais ce jour là, la fille aura gagner la guerre. Sa guerre. Toute seule.

Non, tu ne te douteras de rien. Et c’est bien ta chance, ami lecteur pour qui faire des enfants se résume à une partie de jambes en l’air.

La fille qui avait un homme qui parlait

Samedi dernier, la fille s’est accordée une pause pour souffler. Pas de ménage, pas de courses, juste une grasse mat bien méritée, un long moment dans la salle de bain à se faire des gommages, des masques et à se tartiner de crèmes. Puis ballade avec l’homme, en amoureux dans le quartier Saint-Paul, main dans la main, yeux pas dans les yeux (sinon on se prend les réverbères en pleine poire), le coeur léger.

Appéro à la bière dans le bar que viennent d’ouvrir des potes. L’homme et la fille discutent. De tout, de rien. Et puis au détour de la conversation, l’homme lui dit qu’il en a marre d’attendre. Qu’il a l’impression que ça fait des mois qu’il leur reste 6 mois d’attente (elle corrige, il leur reste 5 mois à patienter). Il lui dit qu’il supporte de moins en moins les femme enceintes et les bébés. Il a hâte que février arrive, qu’elle soit enceinte mais qu’il a peur que IAD 1 ne soit pas la bonne.

Dans un premier temps, la fille se dit qu’il a trop bu de kwak et qu’il est bourré (le suite lui prouvera qu’elle avait raison). Mais elle sourit. Elle sourit parce qu’elle n’a plus l’impression d’être seule à porter le fardeau de leur stérilité, parce que sans le savoir il vient de la réconcilier avec elle-même (elle est normale!), parce qu’elle l’aime quand il se livre comme ça, quand il doute, quand il lui fait comprendre qu’il a autant envie qu’elle d’un enfant. Elle sourit parce qu’il a l’air tout penaud et que ça la fait craquer. Elle sourit parce qu’elle sait très bien pourquoi c’est lui qu’elle a choisi.

Il a fait craquer ses digues de protection. C’est le ras-de-marée émotionnel. D’abord une immense bouffée d’amour pour lui. Puis une immense colère que ce type ne puisse pas être père normalement. De la fierté aussi parce que c’est son sien à elle. Et puis de la peur, de l’espoir, des doutes, de la tristesse, de l’envie de bouffer le monde, de la rage, de la joie aussi. Bref, le grand huit is back.

Mais pas d’impatience. Févier c’est demain. Ça va faire bientôt cinq ans qu’ils attendent. Alors cinq mois… Et puis, Dimanche matin, alors qu’elle comatait dans le métro, trop mal réveillée pour lire, elle a enfin mis le doigt sue ce qui l’empêchait d’écrire cet article sur le don de sperme. C’était là devant elle, visible comme le nez de Sarkosy au milieu de la figure de sa femme. Pfff, elle est vraiment cruche parfois.

La suite au prochaine épisode…

la fille qui se sentait harcelée

En ce moment, l’attente est devenue plus dure. La fille compte plusieurs fois par jour le nombre de mois qui la sépare de la première IAD, comme si cela pouvait faire passer le temps plus vite, comme si cela pouvait lui faire gagner du temps. Mais ne rêvons pas.

C’est bizarre. Le cap des 8 mois lui semble plus difficile à passer que celui des 9 mois. Pareil pour L’homme. En ce moment, elle n’est que soupir, tristesse, colère et encore soupir. Elle trouve tous les nouveau-nés moches (merci les mécanismes de défense de son moi intérieur), elle les fuit comme la peste bubonique. Elle se force à ne pas voir les ventres ronds qui pullulent en ville. Elle a constamment son ipod collé aux oreilles et dés qu’elle le peut elle plonge dans son livre pour ne pas voir ce qui se passe autour d’elle.

Elle essaie de remplir sa vie et de combler l’attente de choses qui n’ont aucun rapport avec les enfants et la grossesse. Elle n’aime pas beaucoup ses congénères humains en ce moment. Elle est un vrai pittbull. Elle rêve de solitude, d’oubli et de silence. Ou mieux, si on pouvait la plonger dans un coma artificiel et ne la réveiller que pour lui annoncer qu’elle est enceinte. LE REVE !!

Comme elle aime lire, la fille fait parti d’un forum littéraire. A priori un lieu civilisé où les gens ont autres choses à foutre que de parler de leurs gosses. Que nenni! Un des membres, nouvellement grand-mère, n’a rien de trouver mieux que de foutre la photo de son peut-fils comme avatar. Sur un forum littéraire. Entre Kundéra et Faulkner. Sur le seul lieu où elle pouvait oublier la PMA, où tout le monde se fiche de savoir si elle a des enfants et si non pourquoi. Le SEUL lieu où il n’y a pas de photos de bébé!!! Elle a bien failli quitter le forum. Heureusement la nouvelle Mémé a changé d’avatar. Le forum est à nouveau fréquentable et personne n’y parle layette. Ouf!

Faute de ne pouvoir échapper à un monde fait de Parents Fiers de l’Etre, elle a décidé de faire chauffer la carte bleue en s’achetant plein de jolis vêtements qui mettent en avant sa silhouette de femme pas enceinte. L’autre jour elle part donc à l’assaut de la Halle aux vêtements. Il y en a une près de chez elle et elle n’y a jamais foutu les pieds. Elle se dirige, guillerette, vers le rayon des femmes et jette un coup d’oeil qui lui dit que tout ça semble bien grand. Elle doit être au rayon grandes tailles. Elle lève le nez et là elle voit écrit en gros (je vous le donne en mille) : MATERNITE. Elle a poussé un cri horrifié et elle est sortie illico presto du magasin.

Il y avait une nana qui rangeait des vêtement dans le rayon qui l’a regardé les yeux ronds. Elle a du la prendre pour une folle. Ce que la fille est sûrement un peu. C’est pas tous les jours que les gens quittent son magasin en courant.

De l’attitude à avoir avec vos Pmistes

Nous sommes vos enfants, vos soeurs, vos amies, vos cousines, vos collègues. Vous nous aimez ou tout du moins vous nous appéciez. Vous êtes au courant de nos difficultés à faire ce que tout le monde fait si bien, à savoir un enfant. Cela vous chagrine, cela vous inquiète, cela vous gène. Vous compatissez mais en même temps, on vous fait un peu chier avec nos malheurs. On est pas à prendre avec des pincettes et vous ne savez pas comment vous comporter avec nous.

Nous ne doutons pas de votre bienveillance à notre égard (à part deux trois tordus). Vous pensez bien faire et voilà qu’on fond en larme ou qu’on devient livide. Je sais qu’il n’est pas facile de trouver les mots. Ceci dit, je sais aussi qu’il y a des trucs que j’aurais préféré ne pas entendre, des attitudes que j’aurais  préféré ne pas voir. Les voici.

1) Tout d’abord, sachez que la stérilité n’est pas contagieuse. Vous pouvez continuer à nous fréquenter, à nous appeler, à nous parler. Dans le même ordre d’idée, la stérilité n’est pas une malédiction et aborder ce sujet avec nous ne vous portera pas malheur. Vous ne risquez rien à nous demander comment on va. En vous parlant de nos difficultés à concevoir on vous a fait confiance et implicitement, on vous demande votre soutien. Il ne s’agit pas de nous appeler tous les jours pour vérifier qu’on a pas ouvert le gaz mais de ne pas éviter le sujet avec nous. Et même de temps en temps, demandez-nous où on en est. Ça nous fera plaisir.

2) Ne faites pas semblant de ne pas savoir que si on a pas d’enfant ce n’est pas un choix. Évitez ces regards condescendants quand vous nous parler de vos enfants, comme si nous étions des immatures qui n’avons pas compris que le sens de la vie est dans la parentalité. Certes on ne connait pas vos difficultés de parents, les nuits blanches, le bébé qui pleure sans qu’on sache pourquoi, les montées de lait anarchiques, les diarrhées, les reflux gastriques et autres joyeusetés (c’est pourtant pas faute d’essayer). Vous ne connaissez pas non plus la douleur, la colère sourde, l’impuissance, la tristesse, l’angoisse, la révolte qui est la notre. Vous ne savez rien des traitements et de leurs effets secondaires, des risques que l’ont prend pour notre santé, notre libido, notre couple, notre carrière. Tout ça pour un jour être à votre place. Alors merci de ne pas nous traiter comme des attardés mentaux.

3) Ne nous dites pas « Ça va venir ». Ni vous ni moi n’en savons rien. La PMA ne marche pas pour tout le monde. Environs un couple sur deux va  terminer son parcours sans enfants. Ça fait quand même beaucoup de laissés pour compte. Rien ne dit qu’on en fera pas parti. Et ce n’est pas baisser les bras que d’y penser. Si on y croyais pas, on ne s’imposerait pas tout ça. L’espoir que ça vienne, on l’a chevillé au corps. On est prêt à jouer toutes nos cartes. Tout est possible. Et ce tout comprend l’échec. Il faut qu’on en est conscience, il faut qu’on sache que ça peut arriver. Ne serait-ce que pour envisager la suite. Car il y aura une vie après la PMA. Avec ou sans enfant..

4) Ne nous dite pas « C’est dans la tête ». Excusez-moi du peu, ce n’est pas dans nos têtes mais dans les, heu non, la couille de l’homme que ça se passe. Je suis névrosée mais pas au point de l’empêcher de produire des spermatozoïdes. Et puis ça veut dire quoi, cette phrase à la con? Que ce n’est pas le hasard si ça nous arrive à nous? Vous êtes des gens comme il faut qui méritez vos grossesses faciles et nous des dégénérés? On est tellement tordu que la nature s’est préservée en nous empêchant de nuire? De toute façon on va pondre un serial killer ou pire un Christophe Maé? Heureusement Dieu a inventé la stérilité pour vous sachiez que vous êtes les élus et nous les maudits?

5) Ne nous dites pas « Tu y penses trop ». Alors là, j’aimerai vous y voir. Qu’on m’explique comment on fait pour ne pas y penser. Oui, j’y pense. L’infertilité est au coeur de ma vie. Je vis, je bouffe, je picole, je baise, je saigne, je ris, je pleure, je rêve azoospermie. J’y pense en regardant mon ventre, j’y pense en pensant à vous et vos marmots, j’y pense en regardant les pubs Bledina à la télé, j’y pense que je croise des femmes enceintes, j’y pense quand je m’égare dans le rayon puériculture des supermarchés, j’y pense en voyant Laure Manaudou affichée en grand dans le métro, j’y pense que je vois l’autocollant « attention, bébé à bord » à l’arrière des voitures, j’y pense quand j’entends le nouveau-né de la voisine pleurer, j’y pense quand je contourne le rayon vêtements de grossesse chez H&M, j’y pense à chaque fois qu’on me demande si j’ai des enfants, j’y pense quand j’ai mes règles. Alors bien sur, ça ne me rend pas triste en permanence mais c’est là. Et j’y penserai en me faisant mes piqûres d’hormones tous les soirs, en me rendant chez mon gynéco plusieurs fois par semaine pour me faire endo-vaginalo-échographier, en me rendant au laboratoire faire un dosage hormonal ou chercher les résultats de mon test de grossesse. J’y penserai si ça marche ou si ça rate. J’y penserai quand il sera là en moi et plus tard dans mes bras ou ceux de son père. J’y pensera quand il m’annoncera que je vais être grand-mère. Ce n’est pas un écran plat ou le dernier rouge à lèvre de chez Channel qui me manque mais un enfant.

6) N’appeler vos galères de parent des « épisodes dramatiques »(lu sur un forum littéraire à propos d’une BD humouristique sur les jeunes parents). Le drame ce n’est pas la poussée des dents ou les points de sutures du dernier après une chute de vélo. Le drame c’est la mort subite du nourrisson, les bébé secoués, les interruptions médicales de grossesse, les fausses couches, le cancer, les morts précoces, le suicide, la violence, la guerre, le viol, l’absence de liberté, le harcèlement moral, le racisme, l’homophobie, l’échec de la PMA (mais pas la PMA en elle-même), les adoptions ratées. Et de tous ça on peut se relever. En Pma, on nous demande de relativiser et on fait de notre mieux. Merci de faire de même.

7) Arrêtez de vous pleindre de vos grossesses. Surtout si en gros elles se passent bien. On est conscientes qu’être enceinte c’est pas que le pied. Mais à quelques exceptions prés, vous l’avez choisi. Pas le peine non plus de nous dresser un tableau idillyque (on n’y croirais pas). Mais enfin, à quatre mois de grossesse vous pouvez encore vous lever pour aller un chercher un verre d’eau. Oui, vous avez mal au dos, oui, vous vous levez 5 fois par nuit pour pisser, oui bébé appuis sur vos côtes. Pas la peine d’en faire des tonnes et de geindre. Parce qu’on est sympa, on veut bien être compréhensive mais y’a des limites quand même. Vous savez ce qu’on donnerait (et ce qu’on donne déjà) pour être à votre place, nous?

8) Ne nous parlez pas de la cousine de la belle-soeur de votre collègue qui essayait de faire un bébé depuis 5 ans et qui est tombée enceinte pendant ses vacances aux Bahamas. Tant mieux pour elle mais franchement on s’en fout. Je ne dis pas que ces « miracles » n’existent pas mais désolée, savoir que ça arrive à d’autres ne me console pas. D’autant que vous n’avez pas vu son dossier médical et que son problème n’avait peut-être rien à voir avec le notre. Dans mon cas, c’est simple, il y a ZERO chance que ça arrive tout seul. Il nous manque un élément essentiel (bien que microscopique), le gamète mâle. C’est con je sais. Quand on pense aux nombres de ceux qui ont fini sur le papier glacé des magazines pornos ou au fond d’une capote. Mais bon, c’est comme ça. Il s’en est quand même trouvé parmi vous pour nous dire que « les miracles, ça existe » . Mais bien sûr, et la marmotte, elle met le chocolat dans la papier alu!

9) Ne retarder pas le moment de nous annoncer que vous êtes enceinte en faisant passer la consigne de ne rien nous dire surtout. On est pas en sucre, vous pouvez nous le dire. On ne va pas vous en vouloir. C ‘est contre cette salope de Dame Nature qui nous a oublié qu’on est en colère, pas contre vous. On ne va pas vous reprocher de vivre votre vie. Alors peut-être que lorsque vous serez parti, on pleurera. Peut-être qu’on aura ce regard blessé en voyant votre ventre s’arrondir mais encore une fois, ce n’est pas contre vous. Peut-être même qu’on retardera le moment de venir rencontrer votre nouveau-né. Mais au final, on sera content pour vous.

10) Nous ne sommes pas courageux et la PMA ne nous rendra pas plus fort. On n’a pas le choix. Il faut bien qu’on avance. Mais des gens qui tombent et restent par terre, il y en a.  Je pense notamment à une femme qui s’est suicidé après l’échec de sa cinquième FIV. Rassurez-vous, on en est pas là. Mais l’infertilité est une épreuve. On sera peut-être plus conscient de l’inestimable valeur d’une grossesse. Mais quel pris à payer avant d’en arriver là! Toutes ces années d’attente, de doute et de peur nous usent. Certains coupes y laissent leurs plumes. Peut-être qu’un jour je pourrais dire que oui, cela m’a rendu plus forte. Mais aujourd’hui, je me sens vulnérable, abîmée, bancale. Et je pense qu’une partie de moi restera marquée. J’y ai perdue de mon insouciance, de ma confiance dans la Vie et en moi. Et je n’avais pas besoin de ça. Vraiment. L’infertilité, c’est juste une casserole de plus à se traîner.

11) Ne nous dites pas « je suis contre la PMA »,  « vous jouez aux apprentis sorciers », « c’est contre-nature », « tu ne sauras jamais d’où vient ton gosse ». Ou plutôt dite-le et barrez-vous. Sortez de nos vies. Avec des amis comme vous, pas besoin d’ennemis. Vous n’êtes pas à notre place et vous n’avez pas le droit de nous juger au nom de votre morale, de votre religion, de votre méfiance envers la science. Vous êtes bien assis sur vos convictions. Tant mieux pour vous. Moi, je sais que nous aimerons nos gosses autant sinon plus que vous aimez les votre. Je sais que nous leur apprendrons l’ouverture d’esprit et la tolérance et qu’on fera de notre mieux pour en faire des adultes équilibrés et heureux. On se fiche de votre désapprobation. L’histoire s’écrira sans vous.

La fille voulait faire un billet humoristique. C’est raté. Tant pis, il sera publié tel quel.