La fille qui tentait de concilier vie sociale et injections de Décapeptyl

Depuis mercredi dernier, la fille redécouvre les joies du l’auto-injection avec un tout nouveau produit (pour elle), le Décapeptyl. Chaque soir, elle fait sa petite popote sur la table de la cuisine. Pour se faire, elle réunit tout son matos comme sur la photo ci-dessous :

Pour une injection de Décapeptyl (dont la fonction est de mettre les ovaires au repos avant la stimulation à proprement parlé), tu noteras, lecteur attentif qu’il faut :

– Du Décapeptyl qui se présente sous la forme d’une petite fiole contenant une poudre (la substance active) et d’une ampoule contenant une solution que tu dois mélanger à la poudre;

– Une seringue stérile (tant qu’à faire), ici fournie avec une aiguille à embout orange pour l’injection en sous-cutanée;

– Une grosse aiguille à embout rose qui fait peur mais qui ne sert qu’a faire le mélange de Décapeptyl (heureusement);

– Des compresses stériles (tant qu’à faire) et de l’alcool à 70° pour te nettoyer ton gras du bide;

– De la solution hydroalcoolique pour te nettoyer tes mains dégueulasses (de l’eau et du savon peuvent suffire);

– Une bouteille (vide la bouteille) pour récupérer tes seringues usagées (ou une poubelle jaune si ta pharmacie t’en fournie, veinard)

– Un cactus (faculatatif);

– Du gras du bide (photo non fournie).

Une fois que tu as tout ça sous les mains, Tu procèdes de la façon suivante :

Etape 1 : Tu te laves les mains.

Etape 2 : Tu vires la petite aiguille orange de la seringue et la remplaces par le grosse rose.

Etape 3 : Tu casses l’ampoule sans te micro-couper (avec une compresse alcooliser, ça fait l’affaire).

Etape 4 : Tu aspires tout le liquide avec la seringue munie de la grosse aiguille.

Etape 5 : Tu plantes la grosse aiguille dans la fiole contenant la poudre et injectes le liquide prélevé dans l’ampoule, tu mélanges légèrement (la poudre se dissout instantanément).

Etape 6 : Tu retournes la fiole et ne laisses que la pointe de la grosse aiguille à l’intérieur pour bien aspirer tout le mélange comme ci-dessous :

Etape 7 : Tu retires la grosse aiguille rose et la remplaces par la petite rose (sauf si tu aimes souffrir).

Etape 8 : Tu tapotes la seringue pour en faire partir les bulles d’air éventuellement présentes et presses légèrement sur le piston jusqu’à ce qu’une goutte de produit sorte de la seringue.

Etape 9 : Tu te désinfectes le gras du bide avec une compresse et de l’alcool, l’attrapes avec ta main libre et plantes l’aiguille en entier à 90°.

Etape 10 : Tu appuies doucement (sauf si tu aimes souffrir) sur le  piston jusqu’à ce que tout le produit soit injecté dans ton gras du bide.

Etape 11 : Tu retires doucement l’aiguille et appliques une compresse alcoolisée sur la zone d’injection quelques secondes.

Etape 12 : Tu jettes tes seringues usagées et l’ampoule cassée dans ta bouteille ou ta poubelle jaune.

Voilà, tu viens de te faire ton injection quotidienne de Décapeptyl. Tu peux recommencer à respirer et reprendre une activité normale.

Beaucoup d’entre toi sais déjà tout ça mais la fille fait un bref récapitualtif pour les autres (car oui, il y a des gens qui avancent dans la vie sans avoir jamais entendu parler du Décapeptyl)(c’est fou, il parait même que certain font des enfants grâce à de simple relations sexuelles mais sur ce dernier point, la fille est très septique). Pour ceux d’entre toi qui voudrais en savoir plus sur les injections déca, il y a une vidéo très bien foutue ici.

Depuis vendredi, jour où le CECOS a daigné rappeler la fille pour lui confirmer la disponibilité de paillettes pour la FIV, le plaisir de ce petit rituel n’en est que décuplé. Forts de cette heureuse nouvelle, l’homme et la fille décident d’accepter l’invitation de leurs amis à passer la journée chez eux. Prévoyante, la fille embarque son nécessaire à piqûre (sauf la bouteille et le cactus) chez les amis.

Tous se passe bien et la soirée se profile sous de bien bons hospices vu que leurs amis leur proposent de dîner avec eux (héhé, la fille est on-ne-peut-plus fière d’avoir son Déca avec elle). Elle s’installe donc dans la salle de bain, seule pièce non envahie par les enfants ou les fumeurs, procède aux étapes 1 à 5 sans encombre puis entame l’étape 6.

Et là, c’est le drame.

La fille a un peu trop sorti la grosse aiguille de la fiole au moment de récupérer le mélange et tout le produit lui a giclé à la  figure. Oups. Et bien sûr, la fille n’a pas  pris de dose de secours (erreur de débutante). La fille sort de la salle de bain en trombe, fonce vers l’homme, des gouttelettes de déca sur ses lunettes et annonce « il faut qu’on rentre immédiatement, je me suis merdée avec le déca, j’ai pas assez de produit pour me faire l’injection, mes ovaires ne vont pas être bloquées, la FIV va foirer, la fin du monde est proche, on va tous crever!!! ».

Moment de flottement, l’homme et les amis se regardent sans vraiment comprendre ce qui affole la fille qui est déjà en train de récuperer leurs affaires. Le pote tente un « tu ne peux pas aller dans une pharmacie leur demander de te dépanner de ton médicament? ». Haha. Non, elle peut pas. On te file pas des hormones comme ça, c’est pas de l’aspirine. Elle ezst désolée mais il faut vraiment qu’ils rentrent. Cinq minutes plus tard, l’homme et elle courent pour choper le prochain train qu’ils ont de justesse. Ce n’est qu’une fois installés qu’ils se rendent compte qu’ils n’ont même pas dit au revoir aux enfants de leurs amis.

Résultat des courses, la fille s’est piquée avec 2h30 de retard sur l’heure habituelle et a fichu en l’air une dose de Décapeptyl (le trou de la sécu, c’est elle). A quand les hormones en comprimés, sérieux? Enfin, après discussion avec Paulette, une sage-femme du service PMA (qui ne s’appelle pas vraiment Paulette), se piquer en retard c’est mal, très mal mais si ça ne se produit qu’une fois, c’est pas trop grave. La fille a décidé de ne plus sortir de chez elle jusqu’à la fin du traitement.

Et pendant ce temps-là, certains se la coulent douce.