La fille qui a l’air de bien le prendre

Quand, la biopsie a révélée un adénocarcinome  de l’endocol in situ, le Dr Colpo a dit « C’est bien, vous avez l’air de bien le prendre. »

Quand après le succès de FIV 1, la fille est retourné dans son centre PMA parce que ses dosages B-HCG étaient pas bons du tout, l’infirmière qui lui prélevait du sang a dit « C’est bien, vous avez l’air de bien le prendre. »

Quand quelques instant plus tard, la gynécologue lui a dit qu’on ne voyait rien dans son utérus, qu’on voyait par contre un truc dans son ovaire droit et qu’elle penchait sérieusement pour une grossesse extra-utérine, elle a conclut par « C’est bien, vous avez l’air de bien le prendre. »

Quand après plusieurs jours, prises de sang et échographies, le médecin à  dit qu’on interromprait très probablement la grossesse la fois suivante, l’interne lui a dit « C’est bien, vous avez l’air de bien le  prendre. »

Quand moins de deux semaines plus tard, il a été constaté que la grossesse qui avait été miraculeusement jugée évolutive, s’était arrêtée, la gynécologue leur a dit « C’est bien vous avez l’air de bien le  prendre. »

Quand, le même jour, on lui a expliqué que la fausse-couche allait être provoquée par des médicaments, l’interne lui  a dit « C’est bien, vous avez l’air de bien le prendre. »

Quand la fille a avalé ses comprimés de Cytotec, l’infirmière a dit « C’est bien vous, avez l’air de bien le prendre. »

Et c’est vrai qu’elle doit avoir l’air de l’avoir bien pris  étant donné que 1) elle ne pleurait pas, 2) elle était même capable de faire deux ou trois blagues foireuses, 3) au pire elle haussait les épaules en disant « C’est comme ça » (ce qui avouons-le est assez vrai vu que c’est pas autrement). Le truc de la fille c’est qu’en règle générale, elle attend d’être seule avec elle-même ou avec l’homme  pour s’effondrer (quand elle s’effondre ce qui n’est pas non plus systématique). Même chez sa psy, elle ne pleure pas ce qui fait d’ailleurs dire à celle-ci que la fille se contient trop (et que c’est pas bon). Faut dire que la fille est capable de lui raconter les pires horreurs de son histoire familiales et sa vie (il y en a quelques unes) en se marrant pendant que la psy s’enfonce dans son fauteuil en ponctuant son récit de « bon sang, mais c’est pas vrai« .

Pour autant, non, la fille n’a pas bien pris les évènements négatifs qui ont émaillés l’année 2012 (ni ceux qui ont émaillés les années d’avant) (c’est pour ça qu’elle est allée voir la psy). Mais bon, l’un dans l’autre, l’homme et la fille sont vivants, en bonne santé (l’homme devrait d’ailleurs être bientôt considéré comme guérit de son cancer) et toujours aussi heureux d’être l’un avec l’autre (et l’un dans l’autre) (okay, elle était facile celle-là). Bref, ça pourrait quand même  aller plus mal. Et puis, objectivement, il reste 3 TEC et 3 FIV avant de clore définitivement le chapitre « Et si on se reproduisait? ».

Honnêtement, la fille doute sérieusement d’aller au bout des 3 FIV parce que ça commence a bien lui peser cette histoire. Cette année, d’ailleurs, elle a décidé de revoir ses priorités. Faire des gosses, c’est bien, ne pas s’oublier pour les faire, c’est mieux. Toutes ces décisions, petites ou grandes, que la fille reportait parce que peut-être elle serait enceinte, elle ne les reportera plus. Sans quoi, elle risque de perdre sur tous les fronts. Et elle ne veut surtout pas se retrouver dans deux ans sans enfants, pas de boulot ou avec un boulot qu’elle déteste et un homme qui en a marre de la porter à bout de bras.

Donc cette année, la fille se bouge le cul et pis c’est tout. Elle met en branle tout un tas de projets et on verra bien ce qui en résultera. Il en résultera forcément quelque chose.