L’IAD comme si vous y étiez

Les filles, vous êtes les meilleures pom-pom girls de la Terre et même de l’Univers. Alors pour vous, en exclusivité bloguesque, voici le récit détaillé de la première tentative de la fille. Vous saurez tout, y compris ce que vous auriez préféré ignorer. Merci les filles. Vous êtes géniales. 


Mardi 17 mai 2011, Paris

7h00 : Le réveil sonne. Il fait beau, les oiseaux chantent. Pour une fois, la fille n’a pas envie de balancer son réveil à travers la chambre. Elle est même de bonne humeur. Incroyable, l’homme n’en revient pas. Pas de regards assassins quand il lui parle. Pas de grognements. La fille a l’air d’un être civilisé. Elle parle calmement et lui sourit. C’est le premier effet IAD.

8h10: L’haleine fraîche, le poil brillant et le ventre repu, l’homme et la fille s’en vont vivre de folles aventures en ce beau matin de printemps. Ils décident de prendre le bus qui leur passe sous le nez. Qu’importe, ils s’engouffrent dans le métro.

9h00: Ils arrivent dans une des 3 pharmacies parisiennes qui louent des containers à sperme congelé. En gros, c’est un thermos. Mais attention, pas un minable thermos de chez décathlon pour aller pique-niquer. Nan, celui-là, il est gros, il vaut un bras et un oeil (l’homme a du laisser un dépôt de garanti de 500€) et il est spécialement conçu pour contenir de l’azote liquide (ça en jette). Quand le pharmacien leur ouvre le schmilblik pour leur montrer comment ça marche, de la fumée s’en dégage (rappelons que pour l’heure le thermos est vide) ce qui impressionne fortement l’homme et la fille qui poussent un Oh! enthousiaste. Très fier de son effet, le pharmacien leur souhaite bonne chance.

9h15 : L’homme et la fille arrivent à l’hôpital. Car oui, l’homme et la fille ont eu l’excellente idée de choisir la pharmacie qui est à côté du CECOS (trop fort). Comme ils sont en avance, ils se prennent un café dans le bar PMU du coin. A côté d’eux des gens entament la journée à la bière ou au vin. La fille se dit que si ça se trouve, elle ne boira plus d’alcool avant longtemps. Ça lui fait des chatouilles dans le ventre et son coeur s’accélèrent. Bordel, ils y sont! Le jour tant attendu est arrivé. Ils vont faire un BEBE!

9h30 : Ils se présentent devant le Goulag (la secrétaire du CECOS) qui les informent que le médecin n’est pas encore arrivé. Direction la salle d’attente où la fille fait semblant de lire Métro, histoire de se donner une contenance. Il y a un homme seul qui attend (va sûrement devoir aller se branler) ainsi qu’un couple dont la nana se demande si ils font des FIV dans cet hôpital. Je veux, mon neveux. C’est au deuxième étage. Si tu veux, je te file le numéro du Professeur.

9h45 : Le médecin arrive. Elle (car c’est une femme) leur prend le thermos et s’en retourne de là où elle vient en leur promettant de revenir les cherche bientôt. Y’a intérêt!

9h55: Le médecin revient. Cette-fois-ci, elle les fait rentrer dans son bureau. Il y a une grande vitre qui donne sur la salle où sont conservées les paillettes ( et sans doute des embryons) dans de grandes cuves remplies d’azote liquide. Des espèces de tuyaux les arrosent de fumée. C’est rigolo. Ils ont déjà vu ces cuves dans des reportages et maintenant elles sont là en vrai. Une fois la paperasse faites, le médecin leur rend le thermos qui cette fois est rempli d’azote liquide et contient deux paillettes (soit 2,75 millions de spermatozoïdes). Après décongélation, il faut qu’il en reste 1 million. Vient le moment grave et intense : le transport de l’azote. Parce que c’est dangereux cette connerie. Premier risque, celui de l’azote liquide : brûlure grave (-196°C quand même). Deuxième risque, celui de l’azote gazeux : asphyxie parfois mortelle (car l’azote bouffe l’oxygène en se rependant). Moralité, faut pas renverser le thermos. Parce que le bouchon ne se ferme pas , il se pose juste sur la bouteille (c’est malin).

10h15 : L’homme et la fille doivent se rendre à l’évidence. Ils ont rendez-vous au laboratoire pour faire préparer les paillettes à 10h30, ils doivent traverser toutes la ville en métro, ils ne seront jamais à l’heure! Ils ne peuvent même pas courir pour cause de transport d’arme de destruction massive. La fille appelle pour prévenir qu’il auront du retard. Pas de soucis, on les attend.

11h05 : Arrivée au laboratoire sans qu’aucun décès par asphyxie ou brûlure au 3ème degrés n’est été à déplorer. La secrétaire est occupée avec une jeune femme. L’homme et la fille attendent leur tour. Un homme, puis deux, puis trois arrivent après eux mais sont appelé avant eux. Après une bonne engueulade parce que l’homme râle mais ne bouge pas (oui mais c’est toujours moi qui doit tout faire, t’as qu’à y aller) (elle est bonne celle-là, qui c’est qui râle depuis tout à l’heure?!) (tu me fais chier!) (toit aussi!), l’homme fini par aller voir la secrétaire qui ne les appelait pas tout simplement parce qu’ils ne figuraient pas sur sa liste. A quoi ça sert de prendre des rendez-vous? On se le demande. Re-re-paperasse.

11h25 : Une infirmière vient les chercher. L’homme lui refile (non sans un certain soulagement) le thermos. Re-re-re-paperasse. La préparation (nom convenable pour sperme décongelé et trié) sera prête dans une heure.

11h35 : L’homme et la fille vont prendre un café dans une boulangerie très chère et très huppée parce qu’il n’y a que ça à proximité immédiate du labo. La fille appelle sa gynécologue pour la prévenir qu’il ne seront pas à 12h00 (hum) dans son cabinet. Oui, 13h00, c’est bien. A tout à l’heure. L’homme et la fille se racontent des idioties pour passer le temps. Ça marche. Le temps passe.

12h28 : L’homme et la fille sont de retour au labo. La préparation n’est pas tout à fait prête. Ils faut qu’ils attendent 10 minutes.

12h38 : L’homme et la fille attendent.

12h48 : Ils attendent toujours.

12h53 : Une infirmière arrive enfin!… pour leur dire que ce sera bientôt prêt.

13h00 : Toujours rien. La fille appelle la gynécologue. Ils vont être en retard. Oui, 13h30, c’est bien.

13h07 : Ça y est! Ils les ont! Ils ont des spermatozoïdes!!! Mais moins que prévu. La décongélation a dézingué sévère. Il n’y a que 500 000 survivors. Une hécatombe. Paix à leurs âmes.

13h29 : Arrivée au cabinet du Dr B. La fille file direct aux toilettes parce que sinon sa vessie va exploser à la figure de sa gynécologue (déjà qu’elle a oublié ses lingettes intimes, ça risque de faire mauvais genre).

13h32 : L’homme et le fille sont dans le bureau du B. Re-re-re-re-paperasse. Dr B est super contente parce que le dosage hormonal de la fille de la veille était tellement bon qu’il est évident qu’elle (la fille) ovule aujourd’hui. Du coup, la fille n’a pas eu besoin de déclencher. Avant de commencer l’insémination à proprement dite, Dr B veut refaire une dernière écho (ben oui, pourquoi s’en priver? On est là, il fait beau, alors autant en profiter). Donc oui, l’ovulation est imminente. Dr B tourne l’écran de l’appareil vers elle. Vous voyez le follicule comme il est gros et net? Heu, oui, la fille le voit mais c’est-à-dire qu’elle a pas beaucoup de point de comparaison donc sur ce coup-là elle lui fait confiance. Son endomètre est toujours magnifique. Même sa glaire est « superbe » (glaire qui de toute façon ne sert pas à grand chose puisque l’insémination est intra-utérine). Et là, le Dr B s’exclame : « Ne laissez surtout personne vous dire que vous n’avez pas de glaire parce que c’est pas vraie. Vous avez une glaire magnifique! » Ah ça, la fille a son honneur! Personne ne dira de mal de sa glaire. Arrive enfin l’IAD. La préparation est dans un cathéter, prête à l’emploi. Spéculum. En plus de son utérus rétroversé, la fille apprend que son col est dévié, ce qui ne va pas faciliter le travail du Dr B (c’est pas grave mais c’est chiant quand on veut voir ou franchir le col). Justement, Dr B doit mesurer la distance du col avec une tige en métal pour savoir où mettre la cathéter. Et ben, ça fait mal. Le col, c’est sensible. Du coup, la fille appréhende un peu le passage du cathéter mais finalement ça va (ça pincouille). La fille a la tête un peu en bas donc elle ne voit pas ce qui se passe entre ses jambes. L’homme s’est positionné de façon à ne pas avoir de vue direct sur le dedans écartelé de l’amour de sa vie mais il suit les opérations. Dr B est très contente car il n’y a pas eu de reflux. Tout est allé là où il faut (les gars, c’est à droite que ça se passe. A DROITE.). La fille doit rester allongée (toujours tête en bas). L’homme parle des 500 000 survivors qui devaient être un million. Dr B n’est pas inquiète. C’est bien assez d’après elle. Après une dizaine de minute, la fille a le doit de s’asseoir doucement. L’afflux de sang lui fait tourner la tête et lui donne l’impression d’avoir fumer un gros pétard. C’est le deuxième effet IAD. Enfin, la fille se rhabille. Dr B lui remet les ordonnances pour les dosages HCG (quatre, rien de moins), l’Utrogestan 100 (deux par jour en voie vaginale, la fille s’en réjouit d’avance), de l’acide folique et une écho à faire à la 5ème semaine si grossesse. Le Dr B est très optimiste.

13h40 : L’homme et la fille s’en vont. Ca y est. IAD 1, c’est fait. Ils se sourient. Verdict le 31 mai. L’homme trouve Dr B sympa « mais elle est un peu Bisounours, non? » Si. Ce qui va lui valoir son nouveau nom. Dr Bisounours qui va vite redevenir Dr B (parce que c’est plus simple).

Mardi 24 mai 2011, Paris

IAD 1 a eu lieu, il y a pile une semaine. Encore une et ils sauront si ça a marché ou pas. La fille fait de gros effort pour penser à autre chose. En vain. Elle y pense tout le temps. Elle oscille sans arrêt entre le « je suis enceinte » et le « je ne suis pas enceinte ». A ce stade les jeux sont faits. Question symptômes, il n’y a rien a déclarer à part des seins douloureux, légèrement gonflés et tendus (au départ seulement celui de gauche puis les deux) et les fameuses pertes d’Utrogestan (ultra glamour). Dimanche et hier, elle a eu des douleurs dans l’utérus (un peu comme des douleurs de règles mais en moins fortes et moins diffuses) qui lui ont fait penser à la nidation mais à priori c’est trop tôt (sans doute encore un coup à l’Utrogestan). Enfin, rien de probant. Ça la fait rager de se dire qu’il se passe peut-être des choses dans son corps mais qu’elle n’en sait rien. Ceci dit, pour l’instant elle gère bien cette attente. Elle a même oublié de prendre son acide folique un matin. L’homme, lui, dit qu’il n’y croit pas mais lui demande tous les jours « alors, tu vomis? ». Allez, plus que 8 jours et ils seront fixés. 7 dodos.

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46 réflexions sur “L’IAD comme si vous y étiez

  1. merci de ce joli compte rendu … alors encore quelques dodos et les dés seront lancés ….

    courage pour ce moment d’attente, le pire pour moi c’est le 2 derniers jours … avec pisson tous les 15 min … pour vérifier …

    haahah

    il n’y a pas de petite honte …

  2. Ben moi aussi je vais ma bisounours : « oh mais tu as une glaire et un endomètre ma-gni-fi-que, un su-per-be ovule à droite et 500 000 survivors fringuants » alors ça ne peut que marcher.
    J’en ai appris des choses sur l’azote, dis-moi !
    Biz

  3. Super! Que l’attente est longue… Tout a l’air parfaitement en place…
    Par contre c’est dingue cette histoire de bouchon qui ne ferme pas!
    Allez, je croise fort!

  4. Quel talent! Ta plume est vraiment superbe; tu as une manière tellement intéressante de raconter les choses. Je te félicite pour cela.
    Suis contente que IAD 1 s’est correctement passée et que Docteur B est confiante. Plus que 6 dodos. Gloups.
    Et n’oublie pas, ne laisse jamais quelqu’un dire que ta glaire n’est pas belle!!!
    gros bibis et MERDE MERDE MERDE

  5. coucou madeline, là en te lisant je pleure comme une madeleine! Tout ca pour te dire que ca fait un moment que je te suis. Nous sommes dans le meme cas que vous, et avons ouvert le dossier pour une IAD egalement en septembre 2009. Mais contrairement a vous, nous avons pu bénéficier de la premiere IAD en septembre 2010. De te lire refait surgir bcps d’emotions, car nous attendons une petite fille pour dans max 14 jours suite à cette IAD!! Je viens de temps en temps prendre de tes nouvelles et je suis trés heureuse pour vous!
    je te souhaite de tout mon coeur que ca marche!!

  6. Yeahh la fille est en attente de LA pds, enfin !! Suis vraiment contente pour vous, je croise les doigts, et d’ores et déjà je t’adresse toutes mes félicitations pour ta glaire !!!

  7. Super récit ! J’ai bien rigolé j’adore comme tu tournes les choses à la dérision !
    Je croise bien fort les doigts pour que ça marche. Dis toi qu’il y a de bonnes chances quand même. Et pour les jours où tu te dis « je suis pas enceinte », dis toi que ce sera pour le prochain coup… En attendant, j’espère TRES TRES fort que celle-ci sera la bonne !

    Courage pour la seconde semaine, ne focalise pas sur les symptômes en prenant de l’utro ils ne veulent rien dire, dans un sens comme dans l’autre.

    Bises

  8. Ben tout est dans le titre, c’est « comme si on y était »!!!!!!!! Quand je pense que les gens qui vous ont côtoyé dans le métro ne savent pas à quoi ils ont échappé… j’en ai des frissons!
    Ils sont terriblement longs ces jours d’attente, c’est sûr. Plein de courage pour les supporter…!!

  9. Quelle aventure !
    Je pense très fort à vous. Les derniers jours sont très pénibles…
    Je croise les doigts de toutes mes forces pour que le résultat soit positif, et qu’il soit le début d’une nouvelle aventure.
    Bises

  10. Oh punaise !! Je suis passée aujourd’hui parce que je me disais : tiens ce sera pê pour aujourd’hui…. bah non, mais ça approche !!!! Je sais exactement ce qu’est cette attente, je l’ai tellement connue…. C’est chiant mais y’a rien à faire contre… (en tous cas, j’ai jamais trouvé) ! Et même enceinte, j’attends toujours. J’attends qu’il ne se passe rien, c’est pour dire !
    Bon, en attendant, je croise à fond…. Tous les espoirs sont permis ….. Avec une si jolie glaire en + ;-)) Vous allez nous le faire ce petiot !!!

  11. Quel périple ! Ton récit m’a tenue en haleine ! Je ne savais pas que les patients devaient se charger du transport du CECOS au labo puis chez Gygy ?
    Elle a raison d’être optimiste Dr B ! Je croise les doigts à fond !

  12. Pingback: La fille qui avait passé son premier contrôle « L'AMP pour les nuls

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